‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 13 sur 686 · CHAPITRE IX STYLE DE L’A VESTA · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX STYLE DE L’A VESTA

UAvesta est en général d’un style simple et sans art. Les légendes, les prières, les hymnes qu’il contient pourraient être, quand au fond, comparés aux chants sacrés de l’Inde aryaque ; mais au point de vue littéraire ils en diffèrent complètement. En vain chercherait-on dans YAvesta cette vivacité de sentiment, cette naïveté, cette richesse d’imagination, cet éclat des images, cette

INTRODUCTION

magnificence du langage, qui caractérisent le Rig-Véda; on n’y trouverait rien de semblable. L’auteur du Vendidâd, du Vispered, du Yaçna n’est point un aède chantant les splendeurs de la création qu’il contemple avec enthousiasme, ou célébrant les hauts faits des héros de sa race. C’est un prêtre écrivant pour les besoins du culte, c’est un réformateur qui s’applique à développer les principes d’une législation nouvelle. Les Yeshts cependant renferment quelques hymnes auxquels on ne peut refuser cette grandeur des images, celte élévation des pensées qui témoignent d’une vraie inspiration.

La plupart des chants et des prières de VAvesta manquent d’ensemble comme de poésie, ils sont dépourvus de vie et d’éclat ; on n’y trouve guère que des mythes décolorés, des personnages sans action. Certains morceaux, auxquels les beautés poétiques ne faisaient point défaut, ont été défigurés par des interpolations qui en détruisent l’unité et leur enlève leur caractère lyrique. Avant tout, l’auteur de VAvesta vise à être exact, précis et complet, à exposer sans omission tous les cas d’application de la loi qu’il promulgue, tous les attributs, tous les actes des génies qu’il invoque. Les qualités littéraires de son œuvre ne le préoccupent guère. Sacrifiant généralement tout à la précision et à la clarté, il emploie les mêmes termes pour exprimer une même idee, dussent-ils se représenter vingt fois de suite. Aussi VAvesta se distingue-t-il par ses répétitions indéfinies, ses énumérations comi)lètes et parfaitement graduées ; ce sont là, pense-t-on, des traits caractéristiques des plus anciennes parties de l’ouvrage.

Il serait cependant injuste de dénier tout mérite littéraire aux livres mazdéens autres que les Gâthâs. Le Vendidâd lui-même n’est pas dépourvu de conceptions poétiques, d’images brillantes ou gracieuses, de peintures vives et frappantes. Nous pourrions citer comme exemple, la tentation de Zoroastre au commencement du XIX® Fargard, la description du printemps au Farg. V. 43-44 ; celle de laDruje, VII. 3; les §§ 57-63 du V® Fargard et d’autres endroits semblables. Malheureusement, bien des passages qu’anime le souffle poétique so dérobent à la critique, parce qu’ils n’ont point encore été complètement élucidés. Tels sont les §§ 99-110 du III® chapitre, les §§ 46-60 du II® et bien d’autres encore . Nous no pourrions entrer dans l’examen de ces morceaux sans dépasser les limites que nous nous sommes assignées. Nous nous arrêterons donc ici et nous nous bornerons pour le moment à poser en parallèle deux morceaux du même genre appartenant l’un au Rig- Véda, l’autre au Khorda-Avesta. Ce sont deux hymnes adressés au soleil ; leur comparaison permettra d’apprécier la distance qui sépare la littérature védique de la littérature éranienne. L’hymme de VAvesta est certainement un des plus beaux que contienne ce livre.

La traduction que na-is présentons ici est celle de M. Eichhoff. Nous l’avons choisie à dessein pour qu’on ne pût l’accuser de rester en-dessous de l’original ; peut-être pourrait-on lui repro''her d’ajouter aux beautés de son modèle.

HYMNE AU SOLEIL (Rig-Véda. Mand. 1. 9. 7. 1-10).

1. Déjà vers les hauteurs du ciel les rayons annoncent le soleil, voyant tout, visible à tous.

2. Au loin, semblables aux voleurs, les astres fuient ses regards lumineux.

3. Ses rayons qui jaillissent éclairent les créatures, en resplendissant comme des flammes.

4. Pénétrant, accessible à tous, tu crées la lumière, ô soleil 1 et tu l’étends sur l’atmosphère immense ;

5. Tu te lèves devant la foule des dieux, devant les hommes, à la face du ciel.

6. De ces regards de feu que tu lances sur la terre qu’habitent les humains, ô Dieu protecteur !

7. Tu produis dans le ciel et le jour et la nuit, toi qui connais les êtres !

8. Sept cavales fauves te portent sur ton char, Dieu à la chevelure rayonnante, aux regards flamboyants.

9. Tu attèles tes sept cavales de couleur pure et sous tes rênes elles font voler ton char (’).

10. Nous qui voyons la lumière toujours supérieure aux ténèbres, nous invoquons le soleil étincelant, la lumière divine par excellence...

YESHT DU SOLEIL {Khorda-Avesta. Yesht 6.) (2).

1. Nous célébrons le soleil immortel, étincelant, aux coursiers rapides. Quand le soleil brillant illumine, lorsque l’éclat du soleil illumine, alors les Yazatas célestes sont là par centaines, par milliers, ils supportent cette lumière, ils distribuent cette lumière, ils répandent cette lumière sur la terre créée par Ahura-Mazda pour la prospérité des mondes purs, pour celle du corps pur, pour celle du soleil étincelant, immortel, aux coursiers rapides.

2. A mesure que le soleil grandit, il purifie la terre créée par Ahura, il purifie les eaux courantes, il purifie les eaux de source, il purifie les eaux des mers ; il purifie les eaux stagnantes. Il purifie toutes les créations pures qui appartiennent à Çpenta- Mainyus.

3. Mais quand le soleil ne se lève pas, les Dévas tuent tout ce qui habite les sept régions, et aucun Yazata céleste dans le monde corporel n’a le moyen de les arrêter ni de leur résister.

4. Quiconque sacrifie au soleil immortel, étincelant, aux chevaux rapides, afin de résister aux ténèbres, afin de résister aux Dévas ténébreux, de résister aux voleurs et aux brigands, de résister aux Yâtus et aux Pairikas, de résister à l’esprit destructeur, meurtrier, celui-là sacrifie à Ahura-Mazda, il sacrifie aux Amesha-Çpenias, il sacrifie à sa propre àme.

5. Il satisfait tous les Yazatas célestes et terrestres celui qui sacrifie au soleil immortel, étincelant, aux coursiers rapides.

Ajoutons pour être juste que les Yeshts les plus récents tels que ceux de Mithra et d’Anâhita ont des passages d’une vraie poésie.

(') Nous citons textuellement la traduction, bien qu’ici elle s’écarte un peu trop du texte. (Voy. Poésie héroïque des Indiens, par Eichhoflf, pp. 29 et 30.)

(2) Fragment traduit par Eichhoff (Voy. Bibliothèque orientale, t. II, p. 128, col. 2) quelques termes ont été changés parce qu'ils étaient inexacts.

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