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I. SYSTÈME RELIGIEUX ET DISCIPLINAIRE DE L’AVESTA

Considérations générales.

C’est un fait bien étonnant et cependant bien réel, que la plus grande diversité d’opinions règne encore dans le monde éraniste relativement aux doctrines avestiques ou zoroastriennes. \j'Avesta est maintenant accessible à tous, chacun peut prendrq connaissance de son contenu, les points restés obscurs n’entravent point l’intelligence de l’ensemble, et pourtant les croyances mazdéennes sont appréciées des manières les plus différentes. Le lecteur non initié qui demanderait aux livres de la science éranienne ce qu’elle sait, ce qu’elle pense de XAvesta, de Zoroastre et de leurs doctrines, en recevrait trois ou quatre doctrines opposées, souvent même contradictoires, selon l’école à laquelle il s’adresserait. Autre serait l’opinion de Haug, autre celle de Spiegel, autre celle de Roth.

Donnons-en brièvement une idée.

Les opinions du savant et regretté professeur de Munich ont été exposées dans deux ouvrages célèbres, le Commentaire sur les Gâthâs et les Essais. No\c,\ comment il s’exprime dans le premier' de ces livres, au tome second, page 243 et suivantes. Nous nous bornerons ici à un résumé qui l’eproduit cependant les termes mêmes de l’auteur :

« Zoroastre fut un réformateur religieux de l’Éran, qui vécut vers l’an 2000 ou 2200 avant J.-C. Il était issu d’une famille sacerdotale qui exerçait en même temps les fonctions de juge en son pays. La Bactriane fut sa patrie. Ce fut là qu’il se déclara l’ennemi des faux dieux et qu’il résolut de réformer la religion éranienne. Il conserva de celle-ci la notion des bons génies et chercha à la spiritualiser et transforma tous les anciens dieux en mauvais esprits. Pour impressionner ses auditeurs il se donna comme un envoyé du ciel, favorisé des entretiens du Dieu suprême qui lui avait révélé la vraie doctrine. Ses enseignements sont le produit d’une profonde méditation, ce n’est pas proprement une religion mais une philosophie pure. Les fondements mathématiques de son système sont les nombres deux et trois. Tout ce qui se présente à l’observation de l’homme doit se rapporter à deux forces originaires qui, en qualité de non produites, sont opposées à tout le reste qui est produit, mais qui, au point de vue de l’activité, sont médiamétralement opposées l’une à l’autre. Ils sont l’être et le nonêtre, le commencement et la fin. L’être est la vie (ahu), la réalité, la vérité (asha) et le bien ; le non-être est la mort, la fausseté frfruMsj et le mal. De leur opération

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commune procèdent le monde matériel et le monde spirituel. Leur puissance s’étend non seulement sur les choses extérieures mais aussi sur la trilogie intellectuelle : pensée, parole, action. — Les adorateurs du feu et les agriculteurs appartiennent au bon principe parce qu’ils favorisent la vie, ils sont ashavanas c’est-à-dire possédant la vérité. Les adorateurs des faux dieux, au contraire, proviennent du mauvais principe dont ces dieux eux-mêmes procèdent avec leurs tromperies. Ils dregvantas, destruc-

teurs, parce qu’ils détruisent la vérité. Zoroastre s’en prit surtout aux dieux de l’Inde et eut à soutenir une lutte violente contre les populations aryaques de ce pays, aussi son nom est-il maudit dans les Védas. Zoroastre proclama un esprit bon, représentant la lumière, un esprit blanc, çpenta, et un esprit mauvais représentant les ténèbres, noir, aura. Mais il voulut conserver la notion d’un Dieu personnel ; c’est pourquoi des esprits bons et sages (ahuras mazdas) de l’antique croyance il fit un seul génie suprême Ahura Mazda. Toutefois, il n’évita pas toujours de parler de la divinité au pluriel ('), etc., etc.

Tels sont les principaux points de l’enseignement de Haug. Ecoutons maintenant le docteur Kossovicz, professeur à l’université de Saint-Pétersbourg :

« La religion de Zoroastre reconnait un Dieu unique, créateur de l’univers, créateur de toutes les choses de la nature et dans celle-ci, de l’esprit saint et bon, de Tincolumité qui n’est point autre chose que l’équité, la puissance divine présidant à la conservation et au développement de tout ce qui existe. L’homme est destiné, d’après Zoroastre, à prospérer en cette vie et à jouir du bonheur céleste dans l’autre. Tout est créé pour fournir à l’homme cette prospérité, mais il est laissé au pouvoir libre de l’homme d’acquérir la félicité de la vie future. Le mal provient du libre arbitre, du choix libre que l’homme fait de ce qui est mauvais, et constitue une faute. Le culte des démons est un des principaux crimes dont l’homme puisse se rendre coupable. Le mal a prévalu dans le monde; c’est pourquoi Zoroastre a reçu la mission de rappeler les hommes à la vraie foi et à la pratique du bien. Tout ce que l’on trouve dans les Gàthàs, relatif à deux esprits, l’un bon, l’autre mauvais, doit être entendu, non de deux génies, mais simplement de deux tendances différentes.

Zarathusthra vécut au temps même où furent composés les Gâthâs qui contiennent sa doctrine pure de tout alliage. Il arriva probablement par lui-même à la conception de l’unité divine. La Bactriane fut le théâtre de ses prédications mais il naquit probablement en Médie... » (^)

Fr. Spiegel, tient le milieu entre les opinions extrêmes. Son exposé ne diffère pas essentiellement de celui que nous avons présenté ailleurs (Voyez Avesta traduit, tome I. Introduction et Revue catholique, année 1875, tome 2).

Quant à la personne de Zoroastre, Spiegel se borne à dire que la nature même de

(') L’exposé des doctrines zoroastriennes fait dernièrement par M. Gardas Ayuso, élève de Haug, ferait croire que le chef de l’école de Munich avait légèrement modifié ses opinions dans le sens d’un monothéisme plus pur. Voy. Los pueblos iranios y Zoroastro por don F. G. Ayuso. Madrid, 1874.

(*) Voy. Kossowicz. Zarathustricae Gâthae très posteriores. Petropoli, 1871. pp. iii-xviu de la préface.

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la doctrine du mazdéisme et du livre sacré de l’Éran prouve qu’ils ont eu l’une et l’autre un auteur unique, quelque fût son nom ou son époque (^).

Les opinions que nous venons d’exposer sont déjà passablement discordantes. Mais si nous écoutons l’école védisante, tout change, tout est transformé. Pour bien comprendre le système de cette école, il faut se rappeler certaines notions de mythologie védique.

Les scènes naturelles qui avaient le plus vivement frappé l’imagination des pères de la race indo-aryaque étaient la succession de la lumière et des ténèbres et celle de la sécheresse et de l’orage. Leur poésie s’était constamment appliquée à représenter, sous des mythes divers, ces deux phénomènes de la nature physique, et spécialement le dernier. Pour leur sol brûlant, la sécheresse était l’annonce de la misère ; les nuages, une promesse de fécondité. Si ces derniers tardaient àreparaitre, ils les appelaient de leurs vœux et de leurs prières; l’orage qui les ramenait était aux yeux de ces peuples la lutte de deux forces, l’une hostile, l’autre favorable à l’homme. La poésie s’était emparée de ces faits et en avait fait un mythe que l’on retrouve dans plusieurs mythologies indo-européennes. Grâce au style figuré des chantres antiques les nuées étaient devenues des vaches aux mamelles abondantes, dont la pluie était le lait nourricier. Lorsque les ondes pluviales se faisaient trop longtemps attendre, c’est qu’un démon jaloux avait ravi les vaches célestes... Les dieux alors se mettaient à leur recherche et ne tardaient pas à découvrir la caverne ou la citadelle du ravisseur; aussitôt, ils lui déclaraient la guerre. C’était le signal de l’orage ; la lutte s’engageait entre le Dieu porte-foudre et le démon dont le nuage noir formait le corps ténébreux. La foudre éclatait; le démon écrasé devait lâcher sa proie; la pluie se répandait en abondance ; les vaches célestes étaient retrouvées et la terre sauvée.

Tout le monde ne comprendra pas peut-être comment ceci se rapporte à VAvesta ; on va le voir à l’instant. Pour l’école védisante tout est mythe ou plutôt tout n’est qu’un seul mythe, celui de l’orage. Il doit donc en être ici de même. Zoroastre n’est ni un personnage réel ni un être légendaire, c’est tout simplemeut le Dieu de l’orage, dont les Éraniens ont oublié la nature et qu’ils ont transformé en révélateur, en prophète de leur religion. De ce principe découle l’appréciation des doctrines zoroasti’iennes.

ATiura Mazda ou Ormuzd n’est point un Dieu spirituel, c’est le Dieu du ciel visible ou plutôt le ciel lui-même avec son corps de diamant; les nuées sont ses épouses, le feu son fils, produit par génération.

Le mauvais Anro Mainyxis (Ahrimaa) le démon de l’orage; ses luttes

contre l’esprit céleste et les fidèles mazdéens ne sont qu’une répétition continuelle de la lutte de l’orage. La résurrection est tout simplement la figure du retour du jour après la nuit, de la lumière après les ténèbres de l’orage.

Nous nous arrêterons ici, car toutes ces questions doivent être traitées plus loin en détail.

Cette diversité d’appréciation, si étonnante au premier coup d’œil s’explique aisément quand on en recherche la source. Il est bien difficile à l’homme de science lui-

(') Voy. Eranische Alter thumshunde. T. I, p. 710.

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même de se dépouiller de toute idée préconçue avant d’aborder l’étude d’un problème. Chacun a ses tendances, ses habitudes, un enseignement reçu ; plusieurs ont un système favori à faire prévaloir.

Le védisant, le mythologue par exemple, habitué d’appliquer à tout les données de la mythologie générale, voit partout mythes et mythes védiques. Aperçoit-il entre deux mots la plus légère ressemblance, non pas de sens, mais simplement de son, il croit aussitôt à l’identité des choses et comme pour lui l’explication de toute religion, de tout culte est dans la mythologie comparative, toute analogie apparente, quelque faible qu’elle soit lui suffit ; de la simple absence d’impossibilité il conclut à la réalité, comme si elle était prouvée. D’autres, au contraire, s’en tiennent exclusivement aux traditions, à l’enseignement reçu depuis des siècles. Mais nous reviendrons plus tard là-dessu8.

Une autre cause de ces divergences est que l’on s’est habitué à considérer VAvesfa comme l’œuvre d’un même temps, et d’un seul homme ou du moins d’un corps d’écrivains aux idées identiques. On méconnaît les origines m'iltiples et successives de ce livré, les opinions divergentes, parfois contraire de ses divers auteurs. On cherche à tout unifier et l’on prend pour fondement du système avestique celle des conceptions avestiques qui a le plus frappé.

Telle est du moins notre conviction. Cherchons donc à étudier l’Avesfa et sa littérature sans préoccupation d’aucune sorte. Nous aurons probablement à revenir ici sur des opinions émises dans d’autres travaux, principalement dans l’Introduction de la première édition de cet ouvrage. Nous nous étions fait alors le rapporteur des systèmes généralement admis; nous croyons pouvoir aujourd’hui exposer le fruit de nos investigations personnelles.

Il faut distinguer dans l’J.i’e5to, trois courants d’idées très différents qui s’entrecroisent et entre lesquels les rédacteurs de ces livres cherchent à établir une union souvent impossible. Ces trois systèmes ont des origines diverses et sont vernisse superposer à des dates très éloignées les unes des autres. On y trouve en effet des restes d’un polythéisme à peine déguisé, un dualisme très nettement caractérisé et un monothéisme qui cherche à dominer le tout et à le faire plier aux exigences de ses doctrines.

Membre de la famille indo-européenne et du groupe aryaque, le peuple éranien en partagea certainement à l’origine les idées religieuses et reçut ses mythes primitifs. On trouvera donc également chez lui la personnification des forces de la nature, leur déification même et le culte rendu aux génies qui représentent les forces, à Mitlira, par exemple, la lumière indépendante du soleil, à Hôma, la sève merveilleuse, et même aux astres, aux eaux et aux plantes. Ce culte des éléments ne consistait pas seulement en hommages religieux, en sacrifices et prières, mais il exigeait que l’on préservât de toute souillure naturelle ces substances produites pures. Il défendait entre autres choses de cracher dans un fleuve, d’y répandre des ordures, d’abattre sans raison des arbres séculaires, etc.(')

Cet état de la religion éranienne subsistait encore en Perse au temps d’Hérodote (*),

(') L’Inde n’était pas étrangère à ces idées. Les lois de Manou prescrivent les mêmes actes.

{’) Voyez les passages d’Hérodote et les vers du Sad-der cités plus haut.

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mais en Médie et en Parthie il avait déjà subi bien probablement une modification essentielle. L’influence d’un peuple ou d’un sacerdoce étranger y avait introduit le dualisme qui, en plaçant au-dessus de toutes les puissances naturelles, deux êtres éternels, l’un bon, l’autre mauvais, causes de tous les êtres contingents, mettait tous les anciens génies en sous ordre et posait une hiérarchie céleste transformée, en face d’une hiérarchie infernale créée par le nouveau système.

Toutefois, les docteurs du dualisme n’abolirent point l’ancienne religion de ces pays; ils se contentèrent de la combiner avec la nouvelle foi et laissèrent subsister le culte des génies qui ne contrariait pas le leur, dès que ceux-ci étaient traités en inférieurs des deux principes primordiaux. Mais cette combinaison n’alla point jusqu’à détruire toute contradiction. Les nouveaux docteurs n’eurent point le pouvoir, la volonté ou la sagesse d’établir un système parfaitement coordonné. Les génies de la nature se montrent encore de temps en temps avec leur puissance et leur indépendance primitives.

Mais pendant Tune et l’autre de ces deux périodes un troisième principe s’était fait jour. Le sentiment intime qui porte tout homme qui raisonne et qui croit en Dieu à en reconnaître l’unité avait produit une forte tendance, non point au monothéisme pur, mais à ce que Max Müller appelle très justement Vhénothéisme, c’est-à-dire à reconnaître au sein du monde un être supérieur à tous, les dominant par sa puissance, les formant ou les régissant, s’il ne les crée pas.

Cet hénothéisme qui avait peut-être produit déjà un Ahura unique pendant la première période, grandit naturellement lorsqu’il fut admis que le monde n’a que deux chefs suprêmes dont l’un est par sa nature de beaucoup supérieur à l’autre. Mais un jour il prit un nouvel aspect et se transforma au point de donner à certaines parties de VAvesta l’apparence d’un code de monothéisme à peu près exclusif.

Enfin, à une époque historiquement fixée, une influence nouvelle amena un retour vers le naturalisme antique et le culte des génies.

Nous allons donc trouver dans VAvesta le naturalisme polythéistiqne amoindri, primitif ou renouvelé, le dualisme et un monothéisme imparfait, tendant à absorber les autres doctrines. On ne devra pas s’étonner de rencontrer dans un même livre, dans un même chapitre des traits de systèmes opposés. Souvent, l’action du monothéisme ne se manifeste que par l’adjonction au nom d’un génie de l’épithète mazdadhâta (créé par Mazda), destiner à subordonner celui-ci à la puissance du maître suprême. Les tendances monothéistiques dominent dans les le dualisme dans

le Vendidâd', le naturalisme dans le Yaçna\ le culte des génies restauré, dans les Yeshts. Dans tous ces livres il est fait mention des légendes antiques de l’Éran ou même de la race aryaque.

Mais VAvesta n’est point un traité de religion; c’est encore moins un exposé complet de doctrines et de lois disciplinaires. Les principes et les faits s’y révèlent le plus souvent par leurs conséquences; très souvent aussi il n’y est fait qu’une simple allusion et l’on ne peut dire avec certitude à quelle croyance, à quelle légende certains textes se rapportent. De là des obscurités et des explications divergentes.

Deux moyens d’éclaircissement se présentent dans ces cas; les analogies que fournit la mythologie comparée et les souvenirs de la tradition. Souvent, ces deux

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sources se contredisent; c’est alors à la critique de discerner laquelle des deux doit prévaloir. L’on doit surtout se prémunir contre les assimilations hasardées et se défier des ressemblances fallacieuses. La mythologie comparée a rendu de très grands services et en rendra encore; mais pour qu’elle n’ait pas à regretter des faux pas nouveaux, elle doit s’attacher strictement aux principes scientifiques et éviter tout ce qui sent la fantaisie.

La tradition n’est pas non plus un guide toujours sûr. Elle a aussi ses défaillances. Les doctrines comme les mythes s’altèrent avec le temps; de nouveaux éléments viennent souvent s’y adjoindre et les transformer. Il faut savoir distinguer ce qui appartient à chaque période.

Naturellement la tradition méritera d’autant plus créance qu’elle sera plus ancienne et si elle a des appuis certains dans le texte on pourra généralement s’y fier. Par contre les explications basées sur des mythes, dont VAvesta ne porte aucune trace, ne peuvent être acceptées qu’à titre de conjecture et si, de plus, elles sont contredites par la tradition, elles ne pourront qu’être rejetées.

Lorsque l’on a recours à la mythologie védique pour l’explication de VAvesta, on ne doit pas perdre de vue les points suivants d’une très haute importance.

PLes Védas sont l’œuvre d’une longue période, de nombreuses générations, d’écoles multiples. Les conceptions les plus diverses s’y font jour. On y remarque une marche constante de la pensée, une modification incessante des idées et des mythes. Ainsi, au premier temps de la période védique, le naturalisme règne en général. « Agni est « l’être divin qui réside et agit dans le feu ; Sùrya est le Dieu qui habite et brille dans « le soleil ; Indra, le régent de l’atmosphère qui fend les nues des coups de sa foudre « et dispense la pluie ('). » Plus anciennement encore et collatéralement peut-être Varuna règne dans le firmament, forme et gouverne le monde. Après ces temps, les dieux se multiplient et se divisent en une foule d’êtres divins. Nous voyons alors naître Jâtavedas, Parjanya, Vlsh.nu, Savitar, Bhaga, Ança, Daxa, Prajâpaliei cent autres. La diversité des écoles engendre bientôt le particularisme, chaque poète adopte un de ces personnages comme son Dieu favori ; il l’élève au-dessus de tous et lui attribue le pouvoir souverain, la formation et la domination du monde. Le même poète parfois échange ses faveurs selon qu’il croit avoir été favorisé ou qu’il juge le changement utile à ses vues. Tour-à-tour alors Varuna, Indra, Sùrya, Agni, Vishnu, Sôma montent au sommet de l’Olympe.

Puis se manifeste une tendance au panthéisme. Les Dieux s’identifient les uns aux autres (Voy. Rig Véda I. 164. 46; V. 3. I. d. etc.) jusqu’à ce qu’on arrive à la conception de « VUn qui avant toute chose respirait sans souffle se supportant luimême et en dehors duquel il n’existait rien » ^ Anid avâtam,svadhayâ, tadEham, tasmâd anyanna para : Mncana âsa. » Rig Véda X. 129. 2. c. d. — D’autre part, pendant la première période purement védique les mythes se multiplient et s’enrichissent de mille traits. Il serait trop long d’énumérer tous ceux qui se sont formés alors.

Le Rig Véda IX. 114, nous fournit un exemple de mythe nouvellement créé. Citons également ceux des Ribhavas (I. 111. 1 ; 110. etc). d’Urvàçî et de Pururavas

C) Muir. Progress of the Vedic religion towards abstract conception of Deity, p. 2 et suivante.

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(X. 95) de la formation des classes et castes (X. 96). La même remarque s’applique à X Av esta. Là aussi, les mythes se sont développés, de nombreuses personnifications se sont formées dans la période exclusivement éranienne. Citons entre autres Haurvatàt, Ameretàt, Çraosha, Druâçpa, etc. On verra par la cosmogonie des deux peuples quel abîme s’est creusé entre eux.

2° Les deux livres abondent de conceptions exclusivement propres à l’un et dont on chercherait en vain l’équivalent dans l’autre. Tous les faits cités ci-dessus en sont autant d’exemples ; ajoutons, encore pour les Védas : VAditi ou universalité et immensité de la nature ; Indra régent du ciel et maître du tonnerre; Sôma, Dieu de la lune, époux de la fille du soleil ou des filles de Pûshan, et pour VAvesta, le monde infernal, Zoroastre, le monde futur, la résurrection.

3“ Les mêmes noms désignent des choses toutes différentes. Ainsi dans les Védas Aramati est la piété, Indra, Nâsatya sont des dieux, Kavi est le poète sacré, Uçÿ le sacrificateur zélé, Açvln le cavalier céleste ; dans VAresta, Armaiti est le génie de la sagesse et de la terre, Indra, Nâonhaithya, Kavi et Uçihhs sont des mauvais génies et Açpin est l’adjectif croissant ou chevalin. V Aryaman védique est une des formes du soleil, l’avestique est un envoyé d’Aliura Mazda, une sorte d’ange biblique comme Nairyoçanha.

En présence de tels faits on comprendra qu’une extrême prudence doit procéder aux assimilations et aux explications empruntées aux conceptions et légendes védiques et que l’on ne peut s’en départir sans courir le risque de commettre des erreurs semblables à celle qui fit prendre les grains croissants pour les Açvins crépusculaires.

Ces considérations, un peu longues peut-être, étaient nécessaires pour faire comprendre comment on doit étudier et apprécier les doctrines de VAvesta. Passons maintenant à l’exposé de ces doctrines. Nous devons nous mettre d’abord au point de vue du dualisme car c’est lui qui domine dans le livre. Nous l’envisagerons dans son état d’achèvement.

§ IL DOCTRINES AVESTIQUES.

Nous devons examiner séparément les théories spéculatives et les idées pratiques, c’est-à-dire les croyances d’un côté et de Tautre la morale et le culte.

A. — Théories philosophiques et religieuses de l’Avesta.

La conception de l’Univers et de son origine pourrait se résumer de la façon suivante : « Au commencement était l’espace immense, sans limite, subsistant par lui-même dans le temps infini et renfermant en soi comme dans deux hémisphères la lumière et les ténèbres éternelles. Dans ces deux régions extrêmes et éternelles existaient deux esprits primordiaux, incréés, dits jumeaux, parce qu’ils avaient une origine semblable, mais entièrement opposés de nature et de tendance. L’un était lumineux, bon, tendant

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au bien ; l’autre ténébreux, méchant, se plaisant au mal. Le premier, principe de vie; l’autre, principe de mort. Tous deux créèrent et produisirent les êtres contingents.

Mais le premier créa tous les êtres bons, utiles, purs ; le second produisit tous les êtres destructeurs et impurs, tous les maux, toutes les souillures. Le premier est appelé : Çpenta Mainyfis « resi>rit qui favorise la vie, la croissance, saint » et le second Anro Mainyus « l’esprit destructeur. » Les œuvres du bon esprit sont : la terre , l’atmosphère et les astres , les animaux utiles , l’homme et les bons génies.

Celles de l’esprit du mal ne comprennent que les animaux nuisibles et impurs, les maux qui affligent la terre et les hommes, les crimes, les maladies et la mort. Les mauvais esprits sont dits, parfois aussi, ses créatures.

L’opposition denature qui existe entre ces deux esprits les met dans un état d’hostilité continuelle. Anro Mainyus est l’adversaire né, irréconciliable de Çpenta Mainyus ; sans cesse il lutte pour nuire à ses créations, pour les détruire ou les souiller.

Ainsi le monde contingent est divisé en deux séries d’êtres et comme en deux camps. Celui du bien qui comprend tous les êtres créés par le bon esprit et restés dans son domaine; celui du mal renfermant tous les êtres mauvais et ceux aussi, qui, créés bons sont tombés au pouvoir du mal par le péché ou la souillure. Un même être, une même force peut se partager entre les deux adversaires. Le vent par exemple, en tant qu’utile à la terre appartient à Çpenta Mainyus, mais le souffle destructeur est à son rival.

La personnalité d’Anro Mainyus est cela et rien de plus, mais celle de Çpenta Mainyus est double par suite d’une circonstance étrangère au système dualistique. L’esprit vivifiant s’appelle aussi Mazda « le maître souverainement intelligent »

mais ces deux noms ne s’appliquent pas à une seule et même personnalité, les deux notions qu’elles impliquent ne se couvrent pas complètement. On trouve encore dans VAvesta des traces d'une distinction indéniable.

« Quelle est, ô Ahura Mazda, dit Zoroastre au Fargard XIII, quelle est la créature appartenant à Çpenta Mainyus, qui vient chaque matin au lever de l’aurore, terrible pour Anro Mainyus comme un guerrier redoutable? » Au Yaçna XLVI. I, le poète demande à Ahura Mazda la sainteté, l’immortalité par Çpenta Mainyus tout comme par les autres génies.

Les passages des chapitres XXX et XLIII du Yaçna qui parlent des deux esprits originaires ne mentionnent pas le nom d’Ahura Mazda. Il en est de même de ceux dans lesquels cette dualité est rappelée. Voy. Yesht XIII 76 ; Yaçna LVI, X'VII, etc.

D’un autre côté dans la majeure partie de VAvesta, Ahura Mazda se montre avec un éclat et une puissance qui l’élève bien au dessus du jumeau d’Anro Mainyus. Dans les Gàthâs ce dernier ne paraît que dans deux endroits qui font pour ainsi dire contraste avec le reste. Enfin, si l’on se rappelle l’Auramazda des inscriptions cunéiformes, on sera bien forcé d’admettre, que parallèlement au dualisme il s’était développé en Éran, la notion d’un Dieu suprême, créateur du ciel et de la terre, auquel on avait donné le nom de la plus haute personnalité divine de l’Olympe éranien et que l’on fondit ou confondit avec le génie du bien du dualisme. C’est pourquoi Ahura Mazda

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