‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 22 sur 686 · L XXXVI · texte numérisé non relu

L XXXVI

INTRODUCTION

est seul et n’a point d’opposé comme Çpenta Mainyus, Duzhdâo qualificatif ordinaire du mauvais esprit est le contraire de liudliào et non deMazdâo (').

Aussi, Anro Mainyus n’est point dans sa sphère l’égal du dieu zoroastrien, il n’est point omniscient ni sage; sa puissance créatrice est très limitée. Il peut bien lutter contre Aliura, nuire à ses œuvres et les accabler de maux mais il ne peut le vaincre et sa destinée est de succomber dans la lutte. Une simple prière le met en fuite; la parole du ministre de la loi paralyse sa puissance.

Le dualisme n’est donc plus complet et pur si ce n’est dans quelques passages peu nombreux et là ce n’est point Ahura Mazda qui figure, c’est Çpenta Mainyus.

Pour expliquer cette distinction, Haug imagine en Ahura Mazda deux esprits à lui appartenant dont aucun n’est mauvais mais dont la diflérence consiste en ce que l’un donne la vie, l’autre la mort; produisant et limitant les êtres de manière à constituer le monde contingent. Il s’appuie sur le verset 21 du Hà XIX et sur la strophe 4 du Hà XXX. Le verset 21 porte : frâ mè çpanyâo mainivâo vavaca, ce que Haug traduit « le plus vivifiant de mes deux esprits m’a dit » et il met ces paroles dans la bouche d’Ahura Mazda. Tout cela est impossible, /"m mè... vavaca, comme au §38 frâmê vaocat, signifie : il m’a annoncé, proclamé; en outre, çpayiyâo a le sens d’un simple positif qui n’est pas en usage et il est impossible d’attribuer ces paroles au dieu avestique. Le faire, ce serait supposer qu’ Ahura Mazda apprend quelque chose de Çpenta Mainyus, ce qui est inadmissible.

Le Hà XXX. 4 dit bien que les deux esprits se rencontrèrent pour créer la vie et la mort mais les paragraphes précédents et suivants nous avertissent que l’autre esprit est mauvais {akem), qu’il s’est attaché au mal et qu’il répand la désolation dans le monde. Or, ce sont là des qualités et des actes qui ne peuvent appartenir à un esprit provenant de Mazda. Le § 6 ajoute même que ce sont les adorateurs des Dévas qui se sont attachés à cet esprit et à sa fourberie et qui accablent le monde de leurs coups. Nous ne voyons donc pas d’autre explication possible que celle donnée ci-dessus ; elle est d’ailleurs conforme au texte aussi bien qu’à l’histoire.

Les deux esprits originaires ont autour d’eux, chacun un groupe de génies qui leur sont subordonnés, qui les aident à accomplir leurs actes propres et les servent dans la lutte contre leur rival. Il en sera parlé plus loin en détail.

L’ensemble de l’univers se partage en êtres qadhâta « qui ont leur loi en eux-mêmes, indépendants, incrées *> et çtidhâta « soumis à la loi de la création, produits par création, créés contingents. »

Les premiers sont l’espace, le firmament, le temps et la lumière.

De ce nombre doivent être également les deux esprits primordiaux, mais VAvesta ne leur donne point ce titre; ils semblent être en dehors de ces notions, et la division n’atteint point les deux créateurs. Elle a seulement pour but de distinguer ce qui n’a point été créé par eux et ce qui l’a été.

La lumière, comme sa cause, le feu, est le mode de manifestation et d’existence de la divinité ; les esprits existent dans l’espace et le temps; donc, ceux-ci sont indé-

(') Duzhdâo de dus dâ, mauvais créateur ou d’intelligence perverse; hu est opposé h dus comme tu à 8ùç. — Maz s’il forme une racine, signifie grand.

INTRODUCTION

pendants et n’ont pu être produits. Tels sont les principes sur lesquels reposent ces conceptions et cette distinction. Le terme qadhâta a fini par signifier simplement souverain, maître indépendant et dans le persan moyen et moderne il désigne spécialement la divinité. Le temps est qualifié d’infini {aharana, sans extrémité).

C’est dans le temps infini qu’Aliura Mazda crée, mais ce temps n’est point sa créature. Il est invoqué comme génie au Vendidàd XIX. 33, 44; Nyâyislin I. 8; Sirozah 21, mais sans autre mention ; il ne l’est point dans les morceaux anciens. Spiegel pense que c’était, aux yeux des Éraniens le représentant du destin, fixant la durée de la vie humaine ; il cite en preuve quatre passages du Shalmâmeh. Mais on ne doit point oublier que l’auteur de ce poème était musulman et qu’il a probablement introduit dans ces vers, ses propres idées. Partout le destin bakhta, hahht, est distingué du temps infini (Voy. Vendidàd V. 29, 34 ; Minokliired VIII. 15). Au temps des Sassanides, le zarvan akaranem était devenu pour une fraction des Mazdéens, le Dieu suprême, dominant Ahura Mazda aussi bien qu’Anro Mainyus (^).

L’espace infini est appelé thwâshem. C’est la voûte immense des cieux roulant avec rapidité et entraînant les astres, les constellations, les planètes. C’est probablement le xuxXoç TOU oùpavoïï qu’Hérodote dit être le Çeûç des Perses, et le totioç d’Eudemus. Dans VAvesta, il est invoqué avec le temps infini et avant lui. Le thwâshem enveloppe la terre et le ciel {açman) et contient probablement les lumières et les ténèbres éternelles.

La lumière éternelle ou plutôt sans commencement ( anaghra rqocâo) forme le vêtement et la demeure d’Aliura Mazda; elle est son mode d’existence et de manifestation mais son principe ne dépend pas du créateur. Elle occupe une partie de l’espace; elle forme le séjour, non-seulement du Dieu suprême, mais aussi des autres bons génies et même des justes morts. Comme telle elle alterne avec le Garônmâna qui semble placé au sein (^) de l’élément lumineux. Les ténèbres éternelles ne figurent comme point de l’espace que dans des morceaux récents (Yeshts XXII et XXIV).

Les ténèbres en elles-mêmes sont en beaucoup d’endroits, données comme la demeure des esprits mauvais et des méchants {anhu temanha) et comme le principe d’existence de ces esprits et de toute méchanceté. Voy. Vend. VIII. 250; Yt. VI, L. etc.

Il ne semble pas que VAvesta connaisse le destin antique. Le mot hahhta qui pourrait correspondre au fatum ne se trouve employé qu’en un seul endroit et là il désigne uniquement le hasard qui emporte ça ou là un corps déjà mort; il n’a aucune influence sur la mort elle-même. Les passages de Firdousi qui parlent de destin ert de mauvais jour (rôz-i-bad) sont inspirés par des idées postavestiques.

Le temps, l’espace et la lumière, sont, il est vrai, invoqués par les Parses, parce qu’ils invoquent tout ce qu’ils conçoivent comme existant et bon, mais ils ne sont point

(') Voyez Elisée. Guerre de Vartan, chap. II. Damasc., de 'primis principiis, p. 384, cite un passage d’Eudemus disant : Màyot 8È xal Ttav to SpEiov yÉvoç, oî [xèv to't:ov ot 8à xpovov xaXoïïoi to voy)tov xal To Y)vwp.evov.

(*) Certains passages l’abaissent au point de la représenter comme purifiée par la prière (Voy. Vend. XI. 3) et mise en mouvement par les Fravashis (Yt. XIII. 57); mais ce n’est plus alors qu’une dénomination des étoiles fixes.

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