‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 23 sur 686 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

INTRODUCTION

personnalisés ; ce ne sont point des génies. Ils ne forment pour ainsi dire que le théâtre du monde, la scène où se meuvent tous les êtres vivants ou agissants.

L’ensemble des êtres se divise au point de vue à la fois naturel et moral en ashavans ou bons, purs ei anashavans mauvais, impurs. Ce n’est point le lieu d’insister sur cette distinction ; on en trouvera plus loin l’explication étendue. Il suffît pour le moment de savoir que Yashavan est l’être bon de nature et d’origine, propre à développer la vie, ou créé par le bon Esprit et resté soumis à ses lois.

Anashavan est le mauvais esprit d’abord ; puis ses satellites, tout ce qu’ils ont créé et tout ce qui, pur d’origine, est tombé sous la puissance des démons par infidélité à la loi, crime ou souillure.

La division des êtres, la plus importante, est celle qui est faite au point de vue de leur subtance et qui partage l’univers en êtres maimjava spirituels, invisibles, célestes, '(de manyu, esprit, dérivé de penser) qX açtvanta, corporels, visibles, terrestres (de açt = ôa-reov, corps). C’est à celle-ci que nous devons nous arrêter car elle comprend toute la matière du sj^stème religieux. Tout, en effet, s’y divise en deux mondes, le monde des êtres corporels, visibles et le monde des génies invisibles, spirituels.

A. — Du Monde des Esprits.

§ I. DES BONS ESPRITS. — AHURA MAZDA

Le principe et le fondement des deux mondes est ce Dieu que nous avons déjà appris à connaître, qui est donc l’Ahura Mazda du zoroastrisme.

Sa pli3^sionomie est assez difficile à tracer car U résume en sa personne trois systèmes religieux très différents, l’hénothéisme éranien, le dualisme et un quasi-monothéisme.

Tel qu’il parait généralement dans YAvesla, il est le Dieu unique spirituel, tout puissant, omniscient, créateur. Ses caractères principaux sont l’activité, l’intelligence, la sainteté {ashem). Il s’appelle l’esprit saint et vivifiant, Çpento-Mainyiis, le maître sage, Ahura-Mazdâo ou simplement Ahura le maître; Mazdâo, le sage.

A lui sont attribuées toutes les perfections ; à lui, tous les biens. (Voyez Yaçna I et VII).

Ses créations sont généralement restreintes aux mondes corporels {gaèthânàm açtvaitinàm) mais dans beaucoup de passages il est reconnu comme le créateur des bons esprits de l’ordre le plus élevé des Amesha Çpentas (Voy. Yesht I. 37) de Mithra (Yt. X. I) de Verethraghna (Yt. XIV. I, etc.). Ces morceaux, il est vrai, sont probablement assez récents.

Tel est l’Aliura Mazda du monothéisme. Le dualisme restreint considérablement sa puissance et la rabaisse. Dieu de lumière il n’a point l’immensité ; les cieux, la lu-

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niière éternelle sont sa demeure ; il a une forme la plus belle de toutes, il est vrai, mais telle cependant qu'il n’est point d’une nature purement spirituelle {hehrpa çraèstà).

L’existence du génie du mal, éternel comme Aliura, met nécessairement des bornes à la puissance comme à l’étendue de l’être de son rival. Anro Mainyus n’a point été créé par lui, non plus que ses satellites et les esprits de ténèbres luttent constamment contre lui, entraventson action et détruisent ses œuvres ('). L’explication donnée par le mazdéisme à l’introduction du mal dans le monde restreint encore le pouvoir de l’esprit de lumière. On le verra plus loin.

Les souvenirs du culte antique des génies, renouvelé sous les derniers Achéménides tendirent encore à faire déchoir le Dieu avestique du rang suprême qui lui est parfois donné. Cette action se manifeste principalement de deux manières. D’un côté, les génies inférieurs sont élevés presqu’au niveau de leur chef ou gardent des attributs de leur grandeur première; ils produisent des merveilles d’une manière entièrement indépendante d’Aliura. Ainsi, le culte de Hôma et non celui du maître du ciel a valu à Pourushaçpa le bonheur d’être père de Zoroastre (Y. IX. 43). Mithra détruit à son gré les contrées qui lui déplaisent (Yt. X. 27, 62, 101, etc.).

Druàçpa, Ashi Vanuhi et d’autres génies confèrent par eux-mêmes les faveurs qu’on leur demande (Voy. Yt. V, IX, XVII, etc.).

Les vertus des éléments leur sont attribuées en propre, le naturalisme perce de tous côtés. Aussi Ahura Mazda est-il une fois donné simplement comme le plus grand des Yazatas, ou génie céleste.

D’autre part, les Yeshts le représentent comme sacrifiant aux génies inférieurs à lui (Voy. Yesht VIII. 25, etc.) ou implorant leur appui contre les maux que suscite son adversaire principal (Vendidàd XXII). Il semble compté parmi les esprits du premier ordre ou Amesha Çpentas au Yesht I. 4 et dans les passages où il est parlé de sept Amesha Çpentas. Ce dernier point cependant n’est rien moins que certain car dans l’énumération qui est faite de ces esprits, Ahura n’y est point cité (comp. Yt. IV. 1, 2 et 3) et malgré le nombre sept, il est toujours désigné en ces mêmes endroits comme le créateur du groupe (Voy. Yt. XIII) (^).

Enfin, quelques expressions isolées, semblent’ rappeler les conceptions religieuses anté-éraniennes. Ainsi, au Yaçna XXX. 5, Ahura Mazda est dit habiter les deux formés d’un élément solide, immuables; au Yaçna I le soleil est appelé l’œil d’Ahura Mazda.

Certains savants, s’appuyant sur ces derniers termes qu’ils prenaient* au sens propre et sur quelques autres du même genre, ont soutenu qu’Ahura Mazda avait été primitivement le ciel matériel même. Ils lui ont donné pour épouses les Genâs du Yaçna XXXVIII dont ils ont fait les eaux des nues; pour fille, l’eau céleste appelée Ahurâni et d’autres génies qualifiés de la sorte.

Mais la plupart de ces textes prouvent précisément le contraire de ce qu’on veut en déduire. Si Ahura Mazda habite les deux immuables il n’est donc pas le ciel même. Le feu est dit, et cela principalement, fils d’Ahura Mazda. Or, le feu n’est point per-

(') Comparez principalement Vendidàd I et XXII.

(*) Compai’ez Origines d'il zoroastrisme, p, 43 et suivantes.

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.sonnirié; ce n’est point un génie, c’est l’élément lui-même, il ne peut donc être question de génération semblable à celle des Dieux grecs ou romains. Les Genâs ne sont ni les eaux célestes, ni des épouses quelconques, ce sont, ou de simples femmes ou des personnages allégoriques représentant des vertus, la religion, le culte, etc. ('). Ahura Mazda n’a point d’épouse. Les expressions de père. Allé, employées pour désigner les relations de divers génies sont certainement métaphoriques. Ainsi, la sage.sse Armait! est dite fille d’Aluira au Y. XLIV. 4, mais le même chant termine par ces mots : « Ahura est le frère, le père du ministre de la loi. » (Voy. id. 11). Si au Yesht XVII. 2 il est dit qu’Ashi Vanuhi (la piété) est la fille d’Ahura Mazda, le même Yesht ajoute qu’elle est la sœur des Amesha Çpentas qui ne sont certainement pas les fils du Dieu (Voy. frf.) mais ses créatures et plus loin qu’Armaiti (précédemment fille d’Ahura) est sa mère, que ses frères sont Rashnu, Çraosha et Mithra et que la loi mazdéenne est sa sœur. Il n’y a donc dans tout cela que des allégories tout comme dans cette autre énonciation que Ahura Mazda est le père du bon esprit (Voy. Yt. XIII. 16, et Y. XLIV. 4). Cette parenté est purement spirituelle.

De plus, le personnage qui figure au-dessus de la figure de Darius, dans les basreliefs de Béhistoun, est tout simplement le Fravashi du roi. Rien n’autorise à en faire une représentation d’Aura Mazda. Ce serait en outre contredire toute l’histoire qui nous montre les rois Persans tels que Cambyse et Xerxès s’acharnant à détruire les images des dieux égyptiens et grecs.

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