III. — GÉNIES MAZDÉENS (^). CONCEPTIONS MORALES OU ABSTRAITES
Les Mages, en transformant les anciennes croyances de l’Éran pour les adapter au
(‘) Nous entendons par Mazdéen ce qui date de la nouvelle constitution de la religion éranienne attribuée à Zoroastre, à l’opposé des conceptions d’origine aryaque.
dualisme et en systématisant leurs doctrines et leurs lois religieuses, avaient introduit dans l’Olympe mazdéen, de nouveaux génies en relation avec les institutions nouvelles. Leur trait saillant est l'abstraction et le caractère moral ; la plupart se rapportent à la loi, à la sainteté. Ils symbolisent l’obéissance religieuse, la justice, la sainteté, la loi elle-même dans ses diverses parties. Ces génies sont :
1° Çmosha{'), génie de l’obéissance à la loi religieuse. Son nom parait déjà dans les Gàthàs (Y. XXVIII. 5) ; mais on ne peut certifier qu’il n’y soit point encore pris comme terme abstrait. Çraoslia est un de^ génies les plus importants et les plus vénérés de \'Avesta.Ce%l le saint par excellence (ashyo) ; il est bien fait (huraodha), fort et rapide {takiima). Il favorise le développement du monde (fràdatgaêtha), car l’accomplissement de la loi est la source de toute prospérité ; peut être même (\\i'ashyô rentre dans ce cercle d’idées et signifie « qui répand les bénédictions. » Ses titres principaux sont tanumàthra, dont la loi est le corps, incarnation de la loi, parce qu’il lui est entièrement soumis; et âhüirya, soumis, dévoué, appartenant à Atiura.
Représentant l’observation fidèle de la loi, il est naturellement l’antagoniste victorieux des Dévas ; armé d’une massue il les poursuit et les met en fuite. Ses principaux adversaires sont le chef des Dévas, d’abord, puis Aeshma, le démon de la violence et du trouble ; celui du mensonge et de l’erreur, la Draje ; celui de la mollesse et du sommeil, B ùshyançta, qui, entrainant les hommes à prolonger leur sommeil audelà de la durée légale, les empêche d’accomplir les prescriptions de la loi ; Kimda le démon de l’ivrognerie, tous ceux enfin qui contribuent le plus à rendre riiomme infidèle à ses devoirs religieux; les Kayadhas et tous les mauvais génies de l’infidélité (Yt. XI. 10-13). Instruit des prescriptions légales par Ahura lui-mème, Çraosha en est le docteur en titre (Yt. XL 14) ; le premier il a pratiqué les cérémonies du culte (Yaç. LVI. I-III. 4) ; il résume en soi le culte (Yt. XI. 18), il circule par toute la terre enseignant la loi (Yaç. LVI. X). Trois fois le jour, trois fois la nuit, il parcourt la partie habitée pour défaire et écraser les Dévas {id. XII). Çraosha est le gardien des hommes comme le chien l’est des troupeaux (Yt. XI. 7). Il veille constamment sur les créatures d’Ahura et ne dort plus depuis la création (Y. LVI, VIL 4, 5). Il protège ses fidèles contre les voleurs, les ennemis et contre la mort, contre Aeshma et le démon Vidhôtu le destructeur des corps {id. X).
Il est le compagnon des génies qui personnifient la loi, la sainteté. Injustice, la véracité, etc., {mât lira çpe nia, mazdayaçnem dâtem, Mithra, RasJmu, ArstAt, etc.) et à'Ashi la sainteté, la bénédiction personnifiée (Voy. Yt. XL 16-17 ; YaçnaXVII. 26- 40). Comme réveille-matin, l’oiseau parôdar^ (qui dresse ses ailes), le coq, lui est donné pour auxiliaire. Ses armes de victoire sont VAhuna v>airya (prière quotidienne du mazdéen) et le Yaçna, dans ses diverses parties, comme réglant le culte (Y. LVI, IV. 5). Çraosha est mis en scène au Vend. XVIII, dans un dialogue avec l’esprit de mensonge. Deux Yeshts lui sont consacrés ; l’un inséré au Yaçna (Voy. Hà LVI), l’autre réuni aux autres Yeshts. Tout cela semble assez récent. Ces chants lui donnent comme à Mithra, un palais brillant sur la montagne céleste, un char splendide trainé par des chevaux brillants, ardents, rapides, mais sages, au moyen duquel Çraosha
(') De çru (xXuw), écouter, obéir.
INTRODUCTION
atteint les deux extrémités de la terre (Y. LVI, XI. Cp. Yt. X. 49, 67), Le Y. LVI, VI, le peint comme un beau jeune homme, actif, entreprenant, réussissant toujours.
L’histoire de ce génie est très facile à faire. Çraosha, aux temps aryaques, désignait l’observance des Rites et des cérémonies. Il en était au Yaçna LVII, comme au Rig Véda I. 139. I, et au Çatapatha Bràlimana I. 5, 2, 16 ; IL 5, 2, 44, etc.
A Çraosha açtu de VAvesta correspondait le astic çrâushat sanscrit. Il y avait cependant une différence notable entre les sens des termes employés par les deux peuples aryaques tout comme entre la nature de leurs conceptions. Çrâushat était plutôt la récitation, le chant de l’hymne, l’audition, puisque Sàjana l’explique par çravanam. C’était une interjection employée au sacrifice. Voy. Comment. Pânini. VIII. 2, 91.
En Éran, Çraosha était l’observance, l’obéissance ; les Mages n’eurent qu’à la personnifier et à prêter au génie ainsi créé des attributs et des actes convenables.
2° Rashnu. Génie de Injustice. 11 est généralement appelé iîas/mu mzisfa (^), c’està-dire le très-droit, très-juste. C’est le compagnon ordinaire de Mithra, de Çraosha, d’Arstât (la droiture). Son Yesht, le douzième, le représente comme inspectant tout l’univers, y présidant; surveillant le monde céleste aussi bien que le monde terrestre, les étoiles, les astres, le paradis, la demeure d’Ahura même, aussi bien que la terre (Voy. Yt. XII. 9-38). Rashnu est juste, pur, saint; il voit, il discerne tout; il protège le juste, il frappe le voleur et l’homme de violence (Yt. XII, 7, 8).
Les livres mazdéens plus récents que VAvesta font de Rashnu et de Çraosha les juges des morts. Au Minokhired, l’on voit Rashnu peser les actes des morts, Çraosha faire passer au ciel les justes dignes de récompense et livrer les méchants au Déva Vizarsha (qui arrache). Cette croyance devait déjà exister, en quelque façon, pendant la période avestique, car un fragment conservé par une glose pehlvie au Vend. XVIII, dit que Rashnu est un des deux génies qui gardent l’entrée de l’autre monde {yayâo anyô Rashnu razista). Il est vrai que l’on pouvait encore écrire en zend au temps des Sassanides.
3® Arstât Ç). Génie de la droiture, compagnon de Mithra, de Çraosha et de Rashnu. L'Avesta ne fait que mentionner son nom en y ajoutant les épithètes « qui fait prospérer et croître les biens terrestres {frâdatgaètha, veredatgaétha), » car c’est là l’action naturelle de tout ce qui est pieux et soumis à la loi ; et aussi en vertu du même principe çavogaètha, qui procure de l’avantage au monde terrestre. On trouve en deux places (Y. LVI. 13, 15 et Yt. XI. 19) la forme arsff qui correspond probablement à arstât et représente la même idée ; mais arsti n’a pour qualicatif que Yazata. Le Yesht XVII porte le nom d’Arstât (ashtâd en pàrsi) mais ne contient pas même son nom.
4® Raçàçtât semble être une autre forme plus récente du nom du génie Arstât. La racine raç se rapproche du moderne raçidan. C’est aussi la droiture. Il est invoqué en cinq ou six endroits et toujours avec quatre autres êtres allégoriques : Erethé la
{>) Tous deux de la racine arj, raj, aller, être droit (Comp. regere, rectus).
(^) Arstât et Arsti, tous deux de arsh, rsh, s’élever. — Chez les Parses Arstât est devenu le génie de l’abondance.
INTRODUCTION
rectitude, cisti la sagesse (de cit, penser), çavô (l’utilité, la prospérité). Les trois premiers sont qualifiés de bons, saints (vafiuhyâo) ; çavô l’est uniquement de « créée par Mazda. « Le même passage leur adjoint, en en faisant comme un groupe, Ashivanuhi et Qarenô. Ashi tient le premier rang et Qarenô, sans qualificatif, l’avantdernier (Y. I. 43 ; III. 57, etc.).
5“ Ashi. Comme l’indique son nom, parallèle à Asha, Ashi est en soi le génie de la piété, delà sainteté ; mais elle a pris chez les mazdéens le caractère spécial de représentant de la bénédiction, de la félicité qui est la récompense de la vertu, de l’obéissance à la loi, aussi, Neriosengh l’indentifie avec Laxmi, déesse de la bonne fortune. Son qualificatif habituel, qui forme comme une partie intégrante de son nom, est Vanuhi la bonne, la sainte. Elle est pleine d’éclat (Yt. XIX. 54) ; elle a des remèdes pour tous les maux (Yt. XIII. 32). Le Y. IL 56 la qualifie de brillante, grande, forte, majestueuse, bienfaisante. VAvesta n’en dit rien de plus, mais les Yeshts y ajoutent des traits nombreux. Elle parait avec Parendi au Y. XIV. 2 et au Yt. X. 66 ; en cette dernière place à la suite de Mithra (Voy. ci-dessus page cviii). Elle fraie également la voie à Tistryapour qu’il répande ses dons (Yt. VIII. 38).
Le Yesht XVIII dit qu’elle donne l’éclat, la prospérité, la richesse aux demeures qu’elle favorise (§ 3-5).
Au Yesht XVII les titres les plus pompeux lui sont prodigués. Elle est brillante, élevée, puissante, majestueuse ; elle donne la prospérité, la splendeur, l’intelligence, la richesse. Elle favorise les guerriers, les grands, les jeunes filles et les fiancées, les chevaux et les chameaux (§ 1-14). Elle favorisa spécialement Zoroastre qui l’invoquait d’une voix harmonieuse (§ 17-22). Elle bénit les naissances.
Ce dont elle se plaint c’est tout ce qui empêche les mariages et l’engendrement, elle repousse de ses sacrifices tous ceux qui sont incapables d’engendrer et les jeunes filles (§ 53-62).
Les guerriers des temps antiques lui ont offert des sacrifices, et obtenu d’elles les faveurs demandées. Ceci, il estvrai, n’estqu’une imitation d’autres Yeshts (Cf. §§23-52).
Enfin, ce même Yesht, commue le XIIP au § 107, lui donne une forme humaine et la représente comme une jeune fille, belle, noble, montée sur un char (§§ 17-21). Ceci est une imitation du portrait d’Ardviçûra. Au § 21, Ashi prend Zoroastre dans ses bras.
Ailleurs, le Yesht en fait la fille d’Ahura Mazda, et d’Armaiti ; la sœur de Rashnu, Çraosha et Mithra (§ 16), et des Amesha-Çpentas. Evidemment il ne s’agit que d’une parenté mystique.
6® Màthra-Çpenta, Dâtem, Daêna. Ces trois mots désignent la loi mazdéenne; ils sont pris souvent comme noms communs et parfois aussi comme personnification de cette loi.
Daèna la loi en général et dans son ensemble; l’origine de ce mot n’est pas certaine. Fait très remarquable, il se trouve en arabe, en hébreu, en chaldéen, en samaritain, etc.
Dâtem (de dhâ) est la chose établie, fixée, le constitutum ; on le trouve aussi dans l’ancien persan. Ce mot désigne spécialement l’ensemble des dispositions disciplinaires et juridiques.
INTRODUCTION
Màthra-Çpenta (ou sentence, formule sainte, favorisant la croissance) est plutôt la formule conjuratoire, la j rière du culte et l’ensemble de ces prières. Au Vend. XXII elle parait comme un génie agissant et guérissant les maux. Au Yesht XIII. 146, elle est invoquée comme omnisciente, comme ministre antidévique d>Aliura, on l’appelle au secours du mazdéen en péril. Elle est l’âme du Fravashi d’Almra Mazda (Vend. XIX. 48; Yt. XIII. 81). Mais ceci est un trait récent; le Yaçna I. 40 la qualifie de « sainte, pure, efficace » le Y. II, 49 de « très-brillante. « La Daêna a son Yeslit, le XVP, très court et de peu d’importance. Elle y est confondue avec la sagesse; il semble même que le titulaire primitif du Yeslit était celle-ci.
Daêna y estqualiflée de » viatique excellent, bienveillante, pure, secourable, célèbre, à l’action puissante, etc. « Zarathustra l’invoque pour obtenir le bonheur, lui sacrifie trois fois et reçoit d’elle vertus, bien, vue perçante, etc. D’autres sacrifices lui sont offerts par Hvovi, l’Atharvan et les rois éraniens (Voir le Yeslit). La qualification générale de Daêna est vamüii daêna mazdayaçni « la bonne (sainte) loi mazdéenne, « et aussi Ahûiri Aliurique, venant d’Aluira, réglant sa foi et son culte.
Dàtem est souvent invoqué et vénéré mais ne semble pas personnifié. Ses titres sont dâtem vidoyûm « donnée contre les Dévas pour les expulser, « zarathustrl « zoroastrienne. «
Le Vendidâd, au cli. V. 69 et suiv. exalte sa grandeur; au cliap. IV in fine il fait connaitre la puissance et l’efficacité de la daêna mazdayaçni.
70 VAvesta honore spécialement les différentes parties des livres sacrés. Mais un honneur tout particulier est réservé aux cinq Gàthâs et à deux prières d’un usage fréquent YAiryania-ishya et VAhima-vairya.
Les<7 personnifiés ont été préposés aux cinq divisions du jour et qualifiés, comme tels, de ratuhhshathra « présidant aux temps. « (') (V. Vend. XIX. 127; Y. LIV. 2 ; LXX. 55, etc.) Ils sont fréquemment invoqués, le sacrifice leur est offert (Voy. Visp. I. 14-25).
La prière Airyama-ishya est objet de culte au Visp. 1. 27 ; XXVI. 2, etc. Au Yesht III, elle est l’arme d’Asha Vahista, qui abat les Dévas. VAhuna vairya ou Honover est la plus célèbre de toutes par son importance dans la liturgie mazdéenne et surtout par la méprise qui la fit considérer longtemps comme une sorte de verbe créateur et la fit même comparer au Xoyoç évangélique. En réalité, même dans VAvesta, l’Ahunavairya n’est qu’une prière douée de vertus merveilleuses mais sans personnification ni subsistance propre. VAvesta l’exalte au suprême point ; elle existait avant toute création ; celui qui la profère est assuré du salut ; elle est l’arme au moyen de laquelle Zoroastre a vaincu les Dévas. Mais en cette dernière qualité elle a pour compagnon d’égale puissance, le mortier du sacrifice, le Hôma, la prière Ashem Vohû, etc. (Voy. Vend. XIX. 30; Yt. XVII. 20). Pour le reste, il en sera -parlé au Yaçna XIX.
V Ashem Vohû, très courte prière que l’on trouvera au Yaçna, a son chapitre particulier au premier fragment du Hadhaokhta Naska. VAvesta invoque encore le Fshûsha Manthra (Manthra de prospérité) le Hadhaokhta, VAfriti (prière de bénédiction), la Ratu friti, (prière de bénédiction aux Ratus ou chefs du monde) et d’autres
(') D’où le nom de ses divisions, ratu, a été changé en Gâthâ qui est devenu Gâh en Pârsi.
INTRODUCTION
encore dont on trouvera l’explication en lieu convenable. La Ratu friti doit comprendre les premiers chapitres du Vispered et du Yaçna (V. I-III ; Y. I-VII).
Le livre sacré distingue aussi : 1“ Vahûiri Thaéslw ; le kaôsho ahurique {haèsha est la loi réglant les observances du culte (Visp. I. 30; IL 33) ou simplement une sentence renfermant une prescription) ; 2“ la dareglia iipaijana, dont la nature est incertaine. Le mot upayana ne peut signiiier application à l’étude comme en sanscrit puisqu’elle est partout citée entre la manthra, le dàtem et la daêna et leur est assimilée. Elle désigne donc une loi, une institution quelconque. DaregliagQvd signifier long ou qui dure longtemps; le second sens nous semble préférable, c’est l’institution établie pour la longue durée du temps ou l’accomplissement des prescriptions durant toute la durée du temps ; 3» hadhadâtem, terme également obscur. Le sens naturel est « donné, établi pour toujours » {hadha, sadâ = toujours). On ne peut pas dire exactement si ce mot est un qualificatif de dâtem ou un nom spécial désignant une partie de la loi, la hadà raansar par exemple. Le contexte indique plutôt un adjectif.
8° Çaolia. Le Vend. XXVI met en scène un génie du nom de Çaoka qui parait différent de celui qui a été signalé plus haut. Celui-ci serait le génie de l’utilité, de la prospérité et se confondrait avec Çavo. Elle est qualifiée de bonne, et d’abondantes holocaustes lui sont promises. Ce serait également celle-ci qui figurerait aux Yeshts XII. 4 ; XIII. 42. Le Çaoka du Sirozah I. 3 reste indéterminé.
9° Les Fravasfiis. Ces génies forment une classe toute si)éciale. Leur nature parait assez difficile à déterminer et les avis à ce sujet sont partagés parce qu’on ne remarque point que les Fravashis résument en eux deux genres de conceptions d’origine et de caractère tout différents ; l’un éranien, l’autre babylonien-accadien. Les Fravashis sont, sans aucun doute, les âmes des morts divinisées, comme les Mânes latins dans la célèbre formule « dis Manibus saeram; « comme les Pitaras védiques. De nombreux textes l’attestent. Ainsi nous lisons au Yaçna XVII. 41 et suivant : « Nous honorons les lumières éternelles du sein desquelles habitent les âmes des morts qui sont les Fravashis des Saints ; nou shonorons le Paradis des saints, « « anaghra raocâo qadhâtâo yazamaidè yâliu iristanàm urvâno shâyantè yâ ashaonâm fmvashayo. « Comp. Y. XVII. 43; XXIV. 11; XXVI. 21-34 ; Yt.XXII (Frag. XXXIX. ap. Spiegel), etc. Comme tels les Fravashis protègent spécialement leurs familles, leurs demeures ; ils y reviennent pour voir si on les honore, ce qu’on désire d’eux (Yt. XIII. 49, 65, 76).
Mais les mazdéens n’en sont point restés là. Nous voyons dans VAvesta nonseulement les morts, mais les vivants, les génies célestes, sans excepter Ahura Mazda, pourvus de Fravashis. En certains endroits il en est attribué même aux êtres matériels.
Voilà certes deux conditions bien différentes et peu conciliables. Mais avant de chercher à résoudre cette difficulté, voyons ce que VAvesta dit de ces génies.
Leur qualification ordinaire est « les saints, puissants, bons, Fravashis des purs (ou des saints) qui favorisent le monde et se précipitent (^) au secours des saints. » (Voy. (*)
(*) Y. IV. Il et XXIV. 28, expliquent ce que signifie aixoithûrâo-. c’est ce qui vient en hâte au secours.
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spéc, y. IV. 11 ; XXIV. 28 ; XXVI. 1). Déjà le Yaçna dit qu’ils soutiennent le ciel et la terre et préservent de tout mal l’enfant dans le sein de sa mère (V. Y. XXIII. 2). Ils apportent à la terre l’eau des fleuves, etc. (Y. LXIV. 23). Le Yaçna dans les chapitres où il parle des Fravashis en détail, ne cite que ceux des fidèles mazdéens, d’Ahura Mazda et des Amesha Çpentas. Il énumère outre ces derniers ceux du premier homme (Gayo-meretan) de Zarathustra, de son fils Içat vâçtra le chef des prêtres et de Vistâçpa, sous la rubrique des paoiryotkaêshas ou premiers croyants ; puis ceux des Nabânazdistas, de tous les saints vivants, morts ou non encore nés, des prêtres et des fidèles des deux sexes, de ceux qui habitent la terre mazdéenne et de ceux qui sont à l’étranger, de tous les fidèles enfin depuis le premier homme Jusqu’au dernier (Voy. Yaç. XXIII, XXIV, XXVI).
On voit déjà ici quelle extension a reçu la notion des Fravashis. Ce ne sont plus les âmes des morts, mais des génies qui sont donnés aux vivants, qui attendent les hommes non encore nés pour s’attacher à eux et qui se trouvent même là comme une sorte d’olnbre du Dieu créateur et des esprits supérieurs. Une phrase incidente du Y. XXIII. 3 accorde à tous des Yazatas célestes en général. Nous voilà certes, déjà bien éloignés de l’origine ; mais si l’on consulte le Yesht XIII on verra les Fravashis s’élever au-dessus du Créateur; et non point seulement le Fravashi du Dieu mazdéen, mais tous ces génies quels qu’ils soient. Ahura Mazda proclame leur gloire pour qu’ils lui donnent aide et secours (Yesht XIII. 1). C’est par eux qu’il soutient le ciel et la source céleste des eaux, la terre et ses fleuves et les enfants encore au sein de leur mère. Sans eux, point de création sainte, la puissance serait au démon (12-13). Ce sont eux qui donnent l’eau à la terre (43-44,53). C’est par eux que tout croit et vit sur la terre, que l’homme subsiste et pense (14-17, 55). Ce sont eux qui donnent la victoire au guerrier et tous les biens à l’homme ; ils sont brillants, puissants, sages ; ils guérissent tous les maux, abattent tous les ennemis (18-42). Ils sont les plus puissants, les plus actifs, les plus agiles des créatures des deux esprits (76). Ils sont les boucliers des fidèles contre les mauvais esprits (71). Les paragraphes 80-149 énumèrent les principaux Fravashis que le mazdéen doit invoquer. A côté de ceux que l’on connaît déjà nous voyons cités les Fravashis du feu Urvâzista, de Çraosha, de Nairyôçanha, de Raslinu, de Mithra, de la Manthra-Çpenta, du ciel, de l’eau, de la terre, de la plante.
Enfin, quelques passages isolés rattachent les Fravashis aux mythes antiques ou zoroastriques.
99999 Fravashis gardent le corps de Kereçâçpa en attendant la résurrection; 99999 autres gardent le semen de Zoroastre d’où doit naître le sauveur futur. Au §§ 136 et 137, les Fravashis d’anciens héros, de Kereçâçpa, d’Akhrûra, de Hôshyanha, de Fradâkhsti sont invoqués pour arrêter les invasions et les ravages, le démon de l’avarice, les Dévas et spécialement Aeshma; de même qu’aux §§ 130 et 131, les Fravashis de Yima et de Thraetaona pour combattre la sécheresse et le dépérissement, les maladies et les maux causés par Azhi.
En présence de ces énonciations disparates on se demande ce qu’il faut faire de l’ensemble et quelle importance on doit attribuer à ces diverses assertions.
Un fait que l’on ne peut contester, c’est que les Yeshts ne sont pas toujours un miroir fidèle du vrai mazdéisme. Leurs auteurs, semblables en cela aux Richis de
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l’Inde s’appliquent à exalter leurs héros de toutes les façons; à les peindre sous les couleurs les plus brillantes, à leur donner des attributs, une puissance qui élèvent chacun d’eux au-dessus des autres. Ce qui prouve qu’il faut accorder ici une large part à l’enthousiasme et à l’art du chantre des Fravashis c’est qu’il ne recule pas devant les contradictions. Ainsi, le commencement de l’hymne nous dit que c’est [grâce aux Fravashis qu’Ahura Mazda peut soutenir le ciel et la terre, le paragraphe parle des Fravashis du Dieu avestique et plus loin nous voyons que les Fravashis sont les créatures d’Ahura. Le Dieu ne peut donc soutenir le ciel sans ses propres créatures, sans le concours de la puissance qu’il leur a donnée ! Il s’est donc créé à lui-même un Fravashi ! Et pourquoi ? Et au § 63 il est dit que les Fravashis sont à la droite d’Ahura combattant pour lui quand il est satisfait.
D’une part, le maintien et la mise en mouvement des eaux arrêtées par la crainte des démons, sont attribués aux Fravashis (§57) et de l’autre, les mêmes actions sont déclarées exclusivement propres à Vohuraano et au feu.
On voit que l’auteur du Yesht s’est appliqué à multiplier les traits et à donner à son tableau les plus riches couleurs plutôt que de retracer fidèlement les croyances de ses corréligionnaires
Il est également à remarquer : 1» que Çraosha et Manthra Çpenta, sont doués d’un Fravashi, ainsi que plusieurs autres génies, dans l’énumération du § 85, mais qu’un peu plus loin (§ 145) ils ne semblent plus en avoir. Que les Fravashis nous viennent en aide, y est-il dit, par la faveur d’Ahura Mazda, de Çraosha et de Manthra Çpenta.
2® Que tous les Fravashis ne peuvent être mis sur le même pied. La désignation générale des Fravashis ne comprend que ceux des hommes nés ou à naître. Ceux des génies ne sont mentionnés que rarement ; celui d’Ahura l’est un peu plus souvent mais il n’occupe pas dans les énonciations générales la place qui lui aurait été donnée s’il eût appartenu à la conception primitive de ces génies. Il n’y est jamais cité spécialement et s’il y est contenu ce n’est qu’implicitement. Parmi les génies il n’y a que les Amesha-Çpentas qui en soient dotés régulièrement et même cette attribution n’est constatée que par trois ou quatre passages. Les seuls autres qui soient dits en avoir et cela une seule fois (Yesht XIII) sont Çraosha, Rashnu, Mithra et Nairyôçanha. L’attribution d’un Fravashi à la Manthra, à la terre, à l’eau, à la plante, à la bonne création ne peut être sérieuse, on ne peut la considérer que comme une création poétique, la manthra n’est point un être subsistant ; la plante, la création en général n’ont point d’existence réelle. Tout au moins doit-on reconnaître que les Fravashis de ces conceptions, comme ceux de la terre, du ciel et surtout celui de l’eau ont une notion propre qui les distingue de tous les autres.
3° L’introduction des Fravashis dans les mythes antiques aryaques mêmes, ne prouve pas du tout qu’ils étaient déjà connus lorsque ces mythes furent créés. Ceuxci, en effet, sont relatés en maint endroit de VAvesta sans qu’il soit jamais fait mention des Fravashis. Mais lorsque le chantre du Yesht XIII se prit à vénérer les Fravashis des morts illustres, il devait nécessairement donner une place dans ses vers aux héros légendaires de sa race. Implorant leurs Fravashis il ne pouvait manquer de leur demander d’être préservé de.s maux dont ces êtres merveilleux avaient délivré la terre.
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INTRODUCTION
Ainsi, il invoque le Fravashi de Yiina contre la sécheresse et la mort parce que Yiina a rendu les eaux et les plantes exemptes de sécheresse, les hommes et les animaux immortels ; il invoque celui de Thraetaona contre la maladie et les maux causés par Azhi (') parce que Thraetaona était célèbre pour avoir tué cet Azhi dont VA vesta dit qu’Anro Mainyus l’avait créé comme la plus puissante cause de destruction pour le monde.
De même les génies de Kereçâçpa et de Haoshyanha sont honorés contre les brigands et les Dévas mazaniens ou varéniens (136-137) parce que le premier a délivré le monde de plusieurs tyrans et monstres destructeurs, parce que le second est un des plus célèbres pourfendeurs de ces deux classes de Dévas.
Si maintenant on réunit tous ces renseignements pour se faire, par leur moyen, une idée générale de la nature des Fravashis on arrivera aux résultats suivants :
La conception la plus générale, paraissant le plus fréquemment est celle qui présente les Fravashis comme les mânes des morts. Ce doit être la plus ancienne car elle appartient au temps aryaque. Nous ferons toutefois une réserve plus tard.
Le développement le plus prochain de cette notion a étendu l’attribution des Fravashis aux hommes vivants ou à naître puis à quelques génies célestes enfin à des êtres abstraits ou conçus comme tels.
Evidemment, pour en venir là, les Fravashis ont dû changer complètement de nature; il ne peut y avoir rien de commun entre l’âme d’un homme mort et ces puissants et redoutables génies qui soutiennent le ciel et la terre, qui mettent le monde en mouvement et donnent le triomphe à leur gré, non plus qu’avec ces Fravashis des esprits célestes, du Dieu créateur ou de la terre, du ciel et de la plante qu’elle qu’en soit la nature.
Il est donc plus exact de dire que les Fravashis forment une conception toute nouvelle qui a absorbé celle des mânes. Mais cette conception qu’elle est-elle? On en a cherché l’explication dans les passages suivants, emprunté à des livres parses plus ou moins récents. « Dans la bonne loi des mazdéens, il est dit « que « dans l’homme cinq choses (principales) de nature spirituelle, existent. On « appelle l’une principe de vie (jân) \ on appelle l’autre conscience faMuJ, une autre se « nomme âme fruânj, une autre intellect une autre (enfin), Fravashis (fravhar). « Le Dieu très-haut a appliqué toutes ces (choses) dans le corps de l’homme à une « action et (chacune) a soin d’une chose. — L’action de l’intellect est de garder la « mémoire et l’intelligence et de leur faire remplir leurs fonctions.
« L’action du Fravhar (Fravashi) est ceci que le bôi fasse tourner à profit les ali- « ments et tout ce qu’on mange et qu’il rejette et écarte tout ce qui est pesant et indi- « geste. A la mort le principe vital se mêle au vent ; Vahhû à la substance céleste. « L’intellect, l’âme et le Fravashi restent et subissent le jugement ensemble. Ils se mê- « lent trois fois ensemble et rendent compte de leurs actes (-). » [Sadder-Boundehesh.]
Au Boundehesh on lit ce qui suit : « Avec l’intellect (Ahura) amena dans les hommes le Fravashi des hommes, la réflexion et l’esprit omniscient. Il dit lequel des deux
(') Azhi Karsta, Et non par le serpent ; c’est une simple allusion au mythe ordinaire.
(■>) Voirie texte. Spiegel. Traditionnulle Litteratur der Parsen. t. II. p. 172. 1. 17-21 et 173. 1. 17-18.
INTRODUCTION
VOUS paraît le plus avantageux; que je vous donne au monde en créant les corps pour que vous combattiez la Druje, que vous la chassiez et qu’à la fin je vous rende sains et saufs et immortels et que je vous renvoie dans le monde entièrement exempts de mort, de vieillesse, et que vous soyez sans adversaire; ou bien (que vous soyez dans une telle condition) qu’il faille perpétuellement vous donner protection contre un ennemi. « Les Fravasliis comprenant par l’Esprit omniscient l’indignité de l’intrusion de la Druje et d’Ahriman dans le monde créé et pour être exempts de tromperie et d’adversaire, et devenir à la résurrection, à tout jamais sains et saufs et immortels acceptèrent de venir dans le monde corporel.
Enfin le Minokliired s’exprime ainsi : «L’àme du juste est à la fin exempte de dépéri rissement, immortelle, exempte de maux, glorieuse, pleine de joie à tout jamais « avec les Yazatas, les Ameslia-Çpentas et les Fravasliis des justes (XL. 30). Ces « innombrables et innombrées étoiles qui sont visibles, sont appelées les Fravasliis des « mondes terrestres, car de toute créature et création qu’Ormazd a créée pour le « monde terrestre, qui est née ou non, pour chaque corps est son Fravashi, de « même nature (que lui) » XLIX. 22, 23.
“ ffôma le restaurateur des corps morts croit dans la mer 'Vourukasha... et 99,909 Fravasliis des saints sont chargés de sa garde. » LXII. 28-29.
« Tous les Fravasliis des restaurateurs du monde des hommes et des femmes justes « ont été formés du corps du premier homme. « (XXVII. 17.)
Résumant ces données nous arrivons aux conclusions suivantes ;
Selon le Boundehesh les Fravasliis sont des êtres existant avant l’homme, exposés aux maux et à la mort et devenus immortels par le sacrifice momentané qu’ils ont fait de leur indépendance.
Pour l’auteur du Sadder-Boundehesh, le Fravashi n’est qu’une des facultés de l’âme humaine, n’ayant d’autre fonction que d’assurer la digestion de l’estomac et soumis comme l’âme au jugement final et destiné comme elle, au bonheur ou au malheur éternel.
Certes, il serait difficile de retrouver dans les êtres imparfaits du premier de ces livres ou dans les minces et terrestres facultés du second, les puissants et redoutables génies sans qui Ahura Mazda ne peut soutenir te ciel, et qui abattent et écrasent à volonté le plus redoutable des Dévas.
Si même au chapitre VI. 6 du Boundehesh nous les voyons montés sur des chevaux de bataille la lance à la main autour du rempart céleste élevé par Ahura Mazda, leur action y est absolument nulle et ils ne sont là que pour la forme, c’est le mur seul qui arrête Anro Mainyus.
Les Fravashis issus du corps de Gayômart et qui sont, en même temps les étoiles innommées peuplant le firmament, ne répondent pas mieux aux indications du Yesht XIII ou du reste de VAvesta. Ces Fravashis âmes des morts, non plus que ceux d’Ahura Mazda ou des Yazatas ne sont certainement pas des étoiles ou des créatures issues du cadavre du premier homme.
Du reste, de toutes ces explications relatives à la nature des Fravashis il n’en est pas deux qui concordent. Les Fravashis du Boundehesh ne sont point ces simples facultés humaines, jugées et punies ou récompensées avec l’âme. Celles-ci n’ont rien
de commun non plus avec les Fravashis du Minoklured, et celui-ci, de son côté, se contredit de la manière la plus bizarre. Ici les Fravashis sont extraits des flancs d’un cadavre, là ce sont des étoiles; plus haut c’étaient des génies unis aux Amesha-Çpentas et aux Yazatas pour récompenser les bons. Et quelle singulière conception que celle du chap. XLIX de ce livre. Toutes les étoiles nommées sont des astres ordinaires ; les autres sont des Fravashis ; en outre, les constellations nommées ont elles-mêmes des Fravashis (XLIX. 4-23). Cette conception des Fravashis étoiles est d’ailleurs très nouvelle. Le Boundehesh qui range ses Fravashis autour du rempart olympien, comme des cavaliers armés, ne fait pas la moindre allusion à leur nature stellaire ; plus loin (ch. XVI) lorsqu’ils viennent au secours de Tistrya c’est en compagnie de Vohumanô et de Homa qui n’ont rien de cette nature. L’auteur du Minokhired ne semble pas d’ailleurs tenir beaucoup à cette idée car aussitôt après l’avoir énoncée il ajoute « car chaque être a un Fravashi de même nature que lui.« Or, sans aucun doute, tous les êtres ne sont pas de la même substance que les étoiles ('); cela devrait être cependant si les Fravashis n’étaient pas autre chose.
Remarquons enfin que les livres parses ne connaissent plus ni le Fravashi d’Ahura Mazda, ni ceux des autres génies célestes. Ne ressort-il pas, à l’évidence, de tous ces disparates, que l’on attache généralement trop d’importance aux affirmations isolées de l’un ou l’autre livre parse et que trop souvent les auteurs mazdéens se livrent à l’inspiration, à l’imagination du moment, plutôt qu’ils ne se préoccupent d’un système reçu ou de la vraie orthodoxie. Du moins ne doit-on pas reconnaitre que les systèmes ont souvent varié et qu’il est très dangereux d’affirmer que telle oeuvre plus moderne reproduit exactement les enseignements primitifs ?
Avant tout donc , en cette matière nous devons nous tenir à VAvesta. L’origine des Fravashis-mànes nous est connue; il ne reste à chercher que celle de ces génies en tant qu’appartenant aux hommes vivants ou à naitre et aux esprits célestes. En vain interrogeons-nous l’antiquité aryaque ou indo-germanique nous n’y trouvons point de conception analogue. On en serait encore réduit à des conjectures dépourvues de tout fondement sans les découvertes de la science assyriologique. Les textes accadiens ont heureusement donné la clef. Nous y voyons, en effet, que les antiques Assyriens attribuaient un esprit à la terre et au ciel et qu’ils les invoquaient séparément.
(') On croit trouver un indice de cette conception dans ce fait que l’union première des Fravashis et des corps humains est racontée dans un chapitre qui commence par l’exposé de, la création des étoiles. Mais ce chapitre est composé de deux parties distinctes. La première (VI. 4 à Vil. 9) traite en effet, des astres, mais la seconde n’y fait aucune allusion (VII. 9 ; VIII. 4) et celle-ci est amenée par la mention du saciûtice offert par Ahura Mazda (à qui? le livre ne le dit point). Cette mention est suivie de la réflexion suivante : Ainsi dans le sacrifice est constitué le moyen d’anéantir tout acte hostile (des Dévas); et tout le texte continue en racontant comment les Fravashis, en acceptant leur incorporation, ont assuré la défaite des adversaires de la bonne ci'éation. C’est donc la mention de cette opposition et de la lutte à soutenir contre elle et nullement celle des étoiles qui amène les Fravashis sur la scène. Si les astres y étaient pour quelque chose, ce serait uniquement parce que les derniers cités Tistrya, Çatavaêça, Vanant et Haptoiringa sont précisément ceux dont la garde est confiée aux Fravashis.
INTRODUCTION
CXXT
A chaque homme aussi ils donnaient un génie spécial, son type céleste et son protecteur ; soumis toutefois aux faiblesses de l’humanité et au pouvoir des incantations magiques, vivant dans le corps de l’homme et subissant l’empire des démons, cause des maladies. Ce génie était pour l’homme « son Dieu « et tout ce qu’on pouvait souhaiter de mieux au malade, à l’affligé, c’était « d’être replacé entre les mains de son Dieu. « (Voir entre autres Westeryx Asia [yxscriptions, IV. 22, 1).
Nous trouvons là en substance toute la doctrine des Fravashis avestiques et de ses variations ; on y voit d’abord les esprits d’Ahura ou des Amesha-Çpentas, de la terre, du ciel, etc. et les génies protecteurs des justes; puis ces Fravashis imparfaits, soumis aux vicissitudes des choses humaines que nous représentent le Boundehesh. Leur condition dans le corps de l’homme a pour analogue celle que leur assigne le Sadder- Boundehesh. Enfin, esprits des astres ou de certains astres, ils ont pu facilement être qualifiés d’étoiles par le Minokhired.
Ces conceptions que l’on retrouve en Finlande durent appartenir à la race touranienne. Les Éraniens les auront reçues des Mages de Médie tout en les appropriant à leurs propres doctrines et leur donnant une couleur locale.
Cette croyance, une fois introduite chez les Mazdéens, les deux classes d’esprits représentant l’homme, les mânes et les Fravashis, se fondirent en une seule et il ne resta plus que ces derniers, héritiers des qualités et des actes des dieux Mânes.
10’ Druâçpa. Ce génie est une création du mazdéisme provenant d’une conception relative à la création des êtres vivants. Les deux premières créatures vivantes d’Ahura Mazda furent un homme nommé Gaijo rneretan et un taureau. Tous deux furent tués par Anro Mainyus. L’âme du taureau, séparée du corps, s’éleva au ciel et y reçut la charge de veiller sur les troupeaux, c’est donc le génie protecteur des troupeaux. Cette conception doit être ancienne car nous la voyons figurer comme objet principal du Gâthâ II (Y. XXIX). Le Yesht IX lui est consacré. Elle y est qualifiée de puissante et pure, grasse, vigoureuse, salutaire et bienveillante. Son action consiste à maintenir en santé les hommes, les chevaux et les troupeaux qu’elle observe et garde de loin (§ 1-4). Le reste du Yesht est entièrement occupé par le récit des sacrifices que lui oflrirent les héros mythiques et des faveurs qu’ils obtinrent. C’est une simple répétition des autres Yeshts. Nous reviendrons sur cette singulière création lorsque nous parlerons de la cosmogonie mazdéenne. On trouve une imitation du Yesht XXIX dans le Vishxxou Pûrayia. La terre s’y plaint comme ici Druâçpa et reçoit la promesse de la naissance de Krshna.
Il® Dâynois upayxxayia. La nature de ce génie et le sens de son nom sont également douteux. Le sens parait être « le fond, ce qui est au fond de l’esprit. » La tradition y voit la malédiction proférée intérieurement. Spiegel préfère l’acception de serynexit, parce que la malédiction ne lui paraît pas pouvoir être invoquée comme partie de la bonne création. Cette objection ne doit'point arrêter. Le sens donné par la tradition est probablement le vrai, car au Vispered I. 26; IL 28 ; au Yaçna I. 44; IL 58; VIII. 2; au Sir. I. 30, Dâmois upamana suit la bénédiction, âfriti. La malédiction n’est point l’acte d’un mauvais génie quand elle a le mal pour objet. Ainsi, Hôma maudit celui qui ne le mange pas au sacrifice (Y. XI). Le fidèle maudit la création dévique (Y. VIII. 18). Ce génie a un caractère redoutable; il est souvent qualifié de Yazata puissant.
INTRODUCTION
fort; il suit Mithra sous la forme d’un sanglier redoutable, prêt à attaquer les méchants (Yt. X. 9, 66, 127).