‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 28 sur 686 · I. — Anro Mainyus · texte numérisé non relu

I. — Anro Mainyus

Anro Mainyus est cet esprit primordial que lesGàthâs (HâXXX) nous représentent comme co-existant éternellement à Çpenta Mainyus ou Ahura Mazda, jumeau (?) de celui-ci et qui prit pour son partage la mort et le mal. D’après le Boundehesh qui semble bien reproduire la doctrine avestique, sa nature et son origine sont assez différentes. Anro Mainyus existait dans les ténèbres éternelles ignorant Ahura Mazda, sa lumière et ses œuvres.

INTRODUCTION

Le chef des mauvais esprits est appelé l’esprit méchant (dregvâo), très mauvais (acisia), le Déva des Dévas, le plus Déva des Dévas (daêvotema), le mauvais créateur ou le créateur des êtres mauvais {diizh.dâma), à l’intelligence perverse {duzhdâd), le meurtrier ou le criminel {mairya), l’auteur de nombreuses morts {pourumahrha) , l’homicide {mashi mârava).

Son nom principal Anro-Mainyus signifie « l’esprit qui abat, détruit, » ce que le pehlvi rend \)a.v Ganâhminûi, «l’esprit qui frappe. " vient deanh {as), renverser, abattre. On a prétendu le confondre avec le mot angra qui dérive de ang, resserrer, et cela pour en faire une opposition plus complète au titre çpento d’Aluira Mazda. Mais cela ne se peut. Anm équivaut à asra, comme danra à dasra, comme ahura par métathèse à svara, comme liazahra à sahasra. En outre, VAvesta distingue nettement ahra et angra « ahrô vâ, angrôvâ » dit le Yaçna XLII. 12. On ne peut raisonnablement supposer qu’un poète s’amuse à indiquer dans un vers important quant au sens et à la doctrine, la double orthographe d’un mot. De plus, les termes désignant les bons et les mauvais esprits ne sont point en opposition correlative. Aux Amesha Çpentas sont opposés les Druaiïta, les esprits qui se ruent sur le monde pour lui nuire ; aux Yazatas les Dévas, etc., ahra n’est donc point l’opposé de çpenta. On a prétendu que le chef des Dé vas était l’égal d’Ahura Mazda, mais il n’en est rien; on confond les Gâthâs avec VAvesta. Deux passages des Gâthâs semblent, il est vrai, les mettre sur le même jiied (III. 4; X. 2) et le dualisme y paraît dans sa pureté; mais partout ailleurs, Ahura Mazda est élevé fort au-dessus de son rival. Lui seul est omniscient et tout-puissant; Anro Mainyus ne sait point l’avenir, il ne connaît que ce qu’il voit, les conséquences de ses propres actes lui échappent tant qu’elles ne se sont pas produites. Dans les ténèbres éternelles, sa demeure originaire, il ne connaissait ni Ahura Mazda ni ses créations. Ahura Mazda a créé tout le monde visible, Anro Mainyus ne peut produire que les vices, les maux et quelques êtres malfaisants. Nulle part VAvesta ne lui attribue d’autre pouvoir. Il ne peut d’ailleurs créer le premier, il ne sait qu’imiter ou nuire. La puissance du mauvais esprit et sa force sont très bornées. Une simple prière, un sacrifice le rend impuissant et détruit ses créations. Il fuit, tremblant devant Asha Vahista (Yt. III. 13) et devant Zoroastre (Vend. XIX. 150; Yt. XVII. 19). Il a créé aussi les esprits mauvais, mais ceux-ci n’ont naturellement qu’une puissance subordonnée â la sienne.

Ahura Mazda habite un ciel de gloire et de délices; son adversaire, au contraire, a pour séjour un lieu horrible, des ténèbres affreuses (Vend. XIX. 150). Mais ce qui les distingue surtout, c’est la destinée finale de chacun d’eux. Après 8000 ans de lutte, Anro Mainyus doit succomber, il sera précipité en enfer et privé de toute puissance et n’en pourra jamais sortir. Certaine tradition annonce même son anéantissement complet. Avec lui seront frappés ou anéantis tous ses satellites et ses créatures.

Les Gâthâs égalent, il est vrai, les origines des deux esprits éternels, mais ils n’attribuent la science et la puissance créatrice qu’au seul esprit du bien. Lui seul est omniscient, lui seul crée et décide toute chose (Y. XXIX. 4). Lui seul régnera éternellement; l’enfer et ses châtiments sont le partage des Dévas et de leurs sectateurs.

INTRODUCTION

II, ~ Les Dévas,

Nous ne ferons point une section à part pour les Darvands ; le nom et le groupe sont d’invention postavestiqiie, il en sera dit quelques mots à la fin de cet article.

Les Dévas se comptent par milliers ; mais il n’en n’est qu’un certain nombre qui aient un nom spécial, les autres se confondent dans la masse. 'Li'A'cesta n’énumère point ceux qui portent un nom ; ils ne sont cités que selon les besoins du récit ou de la prière. Il y a dans ces mentions une grande variété ; il semble que certains chapitres en créent à plaisir. Presque tous les Dévas représentent des idées abstraites et morales. Les maladies semblent parfois personnifiées (Vend. XX. 19 et s.) mais ce n’est là bien proprement qu’une sorte spéciale de métaphore. Les Dévas sont fréquemment appelés mainyava, spirituels, invisibles, par opposition aux hommes sectateurs des Dévas. Les Dévas qui jouent un rôle plus ou moins important sont ;

1» Aeshma (de ish petere) le Déva de la colère et de la violence, l’artisan du mal (aghatasTia) par excellence, le Déva à l’éclat mauvais {dusgarenâo). C’est l’adversaire spécial àeÇraosha, le génie de l’obéissance à la loi. Il est l’iniquité incarnée {peshotanus) comme Çraosha est la loi incarnée {tanumanthra) ; sa course est furibonde (khriddru) comme celle de Çraosha est forte et ferme (darshidru). Il est naturellement le patron de tous les breuvages enivrants, causes de colères et de querelles; il coopère à la mort des humains (Y. 56; X. 7). C’est à lui que s’unissent les méchants pour parvenir à détruire le monde du bien (Y. XXX, 6). Cette dernière phrase cependant peut encore s’entendre métaphoriquement. « C’est en se livrant à la violence, etc. Au dernier jour du monde il disparaîtra devant les compagnons du prophète vainqueur. « Mithra et la majesté aryaque sont aussi ses adversaires triomphants (Voy. Yt. X. 97; XYIII. 2). Il est au nombre des Dévas qu’Anro Mainyus dépêcha pour s’emparer de l’éclat lumineux (Yt. XIX. 47). Les méchants sont appelés ses suppôts, ses aides (aeshmovnredha). La nuisance provient de lui (Yt. I. 27).

2° Bûiti, Déva qui cherche en vain à tenter Zoroastre et à lui faire abjurer la foi mazdéenne (Vend. XIX. 4). C’est tout ce qu’on en sait. Son origine est inconnue. On a comparé les mots spectres en sanscrit ; hutz, sorte de démon de la mythologie

germanique, biiddha, nom représentant le bouddhisme, etc.

3° Kunda, démon de l’ivrognerie dont VAvesta dit qu’il est ivre et ne s’enivre point ou peut-être n’est jamais désenivré {vi hanga).

4° Azi, démon de la luxure ou de la mollesse, spécialement qualifié de daevodâta créé par les Dévas. Il cherche la nuit à éteindre le feu pour interrompre le culte mazdéen (Vend. XVIII. 45)'; la majesté aryaque est son adversaire. On invoque contre lui les eaux et la sève (Y. XVII. 46 ; LXVII. 22 ; Yt. XVIII. I).

5® Açtovidhôtiis (le défaiseur des corps), démon du trépas; c’est lui et non le feu ou l’eau, qui donne la mort aux humains (Vend. V. 26, 32). Les Fravashis préservent le monde de ses atteintes (Yt. XIII. II).

6® Vizareshô (le tireur, l’entraineur) qui lie les âmes des méchants morts et les entraine en enfer (Vend. XIX. 94).

7® Driwis, la mendicité, TJaivw la tromperie, /lapuis la pusillanimité ou la calomnie

INTRODUCTION

sont cités comme Dévas au Vend. XIX. 142, ailleurs comme simples noms communs (Vend. IL 119; Y. IX. 18, etc).

8» Araçkô, la jalousie, est considéré par Spiegel comme un Déva ; mais dans les passages où il figure, ce mot parait plutôt pris comme nom commun (Voy. Y. IX. 18 ; Yt. XV. 16, etc). Il est aussi qualifié de « créature des Dévas. »

Parmi les Dévas appartenant au monde de la nature nous voyons :

1° Zemaha, le Déva de l’hiver, que frappe et réduit à la misère celui qui soigne bien son corps (Vend. IV. 147).

2® Vâtodaeva, le Déva du vent ; le maitre de cette partie qui n’appartient pas à Çpento Mainyus, mais qui sert à détruire les créations terrestres d’Ahura Mazda (Vend. X. 24 ; comp. Yt. XV, initio).

3° Çpenjaghra, le destructeur de la croissance que frappe le feu vâzista ou de la foudre (Voy. plus haut, p. cv).

4° Apaosha, l’éteigneur des rayons de Tistrya, Déva de la sécheresse, que nous avons vu, sous la forme d’un cheval noir, combattre l'astre pluvieux (Yt. VIII).

VAvesta cite simplement les noms suivants : 1“ parmi les Dévas qui souillent les biens terrestres Muidhi et Kapaçti, Buidhi, Khrui et leur progéniture Biiidhija et Khruighni (Vend. XI. 28) ; 2” parmi les maladies, les Dévas femelles Ayèhya et Kaquzhi (Vend. XXL 37); 3® comme adversaire de l’Amesha Çpenta Haurvatât, génie de l’inco" lumité et des eaux, Hashi, Basi, Çami et Bicji (Yt. IV. 2, 4).

Pour le peu que l’on en sait nous renvoyons aux passages où ils sont cités. Ayhôya est le seul qui ait un analogue apparent, aux Védas, dans l’Ayàsya surnom d’Indra et peut-être un Rishi. Enfin VAvesta cite encore six Dévas qui formèrent plus tard les Darvands et dont il reste à dire quelques mots.

Ce sont Aliomanô (le mauvais esprit) que Vohumanô vaincra à la fin des temps (Yt. XIX. 93), Andra, Çaurva, Nâohhaithya, Bauru et Zairi (ou Zairica).

De ces cinq derniers, ne donne que les noms; mais les hiérographes persans du moyen-âge s’appuyant probablement sur la mention du Yesht XIX qui concerne Ahomanô ont opposé les suivants aux autres Amesha-Çpentas et dans l’ordre de ceuxci. Ces Dévas sont devenus en quelque sorte des Amesha-Çpentas démoniaques, les premières créatures et le haut conseil d’Anro Mainyus. On leur a réservé le nom spécial de druant, darvant qui caractérise tous les méchants, selon le mazdéisme, et on leur a donné en même temps un domaine, un caractère propre. Voici leur ordre et leurs attributions :

Çaiiru, adversaire de Khshathra Vairya, excite aux actes tjmanniques et oppressifs.aux actes de violence, au vol, etc.

iV^doùùai^/if/a adversaire de Çpenta Armaiti, pousse à l’orgueil et à l’égoïsme qui méconnaissent les lois de la sagesse.

Tauru- Zairica couple adversaire d’Haurvatât et Ameretât, enlèvent le goût aux aliments, produisent la faim et la soif.

On voit que leurs fonctions ont été choisies en raison des Amesha Çpentas qu’ils combattent. Les deux derniers ont été identifiés avec les deux adversaires que Haurvatât et Ameretât abattent au Yesht XIX. 64. En réalité, Tauru {tar) doit être celui

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qui blesie, nuit à l’incolumité ; et Zairica (zairi,zar) le dépérissement opposé à l’immortalité.

Andra est généralement pris comme le correspondant éraiiien de l’Indra védique et cela parce que quelques manuscrits portent la variante /wcJm. Andra semble être le nom véritable puisque les langues persanes ont gardé la forme andar. L’assimilation des deux génies ne repose sur aucun fait, sur aucun indice, les fonctions d’Andra n’ont rien de commun avec celles d’Indra. La seule chose qu’on puisse admettre c’est que le mot Indra était déjà employé à l’époque d’union sans avoir encore été spécialisé. Çaurva a été assimilé a Çarva surnom de Çiva. Mais ce dernier est presque certainement un dieu anarien. Plus juste est le rapprochement avec çaru, démon meurtrier et çararu destructeur. Du reste le rapprochement même est assez inutile ; la racine çar, signifie percer, blesser ; elle peut avoir produit les deux mots d’une manière indépendante.

Le nom de Nâohhaithya est plus intéressant. Il n’est pas éranien, semble-t-il, car le zend n’admet pas cette fusion des mots {na-ahaiUnja) et il correspond exactement au védique nâsatya, qualificatif des Açvins crépusculaires et une fois de Rudra. Nâsatya formé de na et asatya signifie non faux, véritable. Ce devait être le qualificatif d’un dieu que les Éraniens ont appliqué à un démon.

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