V. — Génies inférieurs
Outre les Dévas et les Drujes, VAvesta cite et conjure des génies malfaisants qui ne semblent point appartenir à l’enfer mazdéen. Ce sont d’abord des esprits aériens qui rappellent les Lutins, les Djins et les Peris. Les uns sont du sexe masculin, ils s’appellent Yâtus, les autres sont femelles et ont pour nom Pairihas et Janis. Les Yàtus, quelle qu’ait pu être leur origine, sont dans VAvesta les esprits invoqués par les magiciens et les sorciers. Leur créateur ou plutôt le créateur de leurs pratiques coupables est AnroMainyus. Là où ils ont des disciples, se perpètrent des meurtres et de nombreux crimes. Tout esprit doué d’un pouvoir magique est censé en relations avec eux et qualifié de xjâtumat ; il en est surtout ainsi des Jahis qui ensorcèlent les cœurs de leurs adhérents, et des Pairikas. L’Avesta connaît aussi les Yàtus humains ou les sorciers terrestres qui se disent ou se croient en rapport avec les esprits de l’autre monde. Les Yàtus étaient déjà connus de l’Inde védique; les Yàtus et les Yàtudhànas sont dans les Védas des esprits sorciers et méchants qui cherchent à nuire aux hommes et à leurs biens et à troubler les sacrifices (Havirmathinas V. VIL 104, 21). Ce sont aussi des sorciers humains, comme le prouve entr’autres passages les strophes 15 et 16 du même hymne (^).
Les Pairihas semblent être les Yâtus femelles. Le Mazdéisme, tel que nous le connaissons, les considère comme des esprits méchants, se distinguant par leur beauté séductrice dont elles usent pour détourner les hommes de la piété et de la fidélité religieuse.
Le Yesht VIII. 8 semble ranger parmi elles les comètes, astres brillants et vagabonds ou les étoiles filantes. Les unes et les autres pouvaient paraître aux yeux des mazdéens des météores de mauvais présage tout comme les planètes, autres astres coureurs.
Deux Pairikas seulement ont un nom spécial. C’est d’abord la Khnàthaili dont le nom est expliqué par la tradition comme signifiant idolâtrie. Le premier chapitre du
(•) Cet hymne adressé à Indra, Soma et Agni implore leur secours contre les esprits mécliants et leurs satellites humains, qui se plaisent à nuire aux hommes, aux troupeaux, à tous les biens par attaque directe ou par tromperie (V. VII. 104, 9-12). Puis aux strophes 15 et IG viennent ces paroles;
« Je veux mourir aujourd’hui si je suis les pratiques des Yâtus (yâtudhâyia asmi) ou si je tour- « meute la vie d’un homme. Prive de tous ses amis celui qui dit mensongèrement j’exerce la magie « des Yâtus. Celui qui dit que moi, qui n’ai rien du Yâtu, exerce leur sorcellerie ou qui, l’exerçant « lui-même dit qu’il en est pur, qu’Indra le tue de sa puissante arme, qu’il tombe au dernier degré < des êtres » ; et à la strophe 24 ; « Tue, ô Indra, l’homme qui exerce la magie des Yâtus, et la « femme aussi qui triomphe par la magie; que les dieux insensés (les idoles) au cou contourné « disparaissent, qu’ils ne voient pas le soleil à sou (prochain) lever. »
Ici, la yâtuerie égale la magie, mâyâ. La mention des mürâ devû prouve que les magiciens pratiquaient leurs sorcelleries au moyen de petites idoles défigurées faisant des contorsions.
INTRODUCTION
Vendidàd nous la montre créée par Anro Mainyus en haine des œuvres d’Aliura (I. 35) et s’attachant au héros légendaire Kereçàçpa. Les traditions éraniennes rappellent (les faits de ce genre, d’entrainement à l’idolâtrie par des princesses séductrices.
Au Vend. XIX. 18 Zoroastre menace Anro Mainyus de tuer laNaçus et laKhnàthaiti pour que le prophète sauveur vienne régénérer le monde.
La seconde, Duzliyâirya (la mauvaise année, la mauvaise marche) a un tout autre caractère, c’est le démon de l’étiolement et de la sécheresse (Yt. VIII. 36).
Le molpairiha peut venir àepar, combattre, traverser, pénétrer; le faire dériver A'apsâra,c'est pousser la liberté d’étymologie un peu loin. C’est même, on peut le dire, retomber dans les errements des étymologistes du XVII® siècle si bien caractérisés par Voltaire.
Les Janis, de jan, frapper, sont des mauvais génies qui s’emparent des corps des hommes. Zarathustra les en chassa et dans leur fuite, les Dévas leur firent violence (Yt. XIX. 80).
Leur épithète habituelle est mairya, meurtrière et perverse druaiti. Elles cherchent à étouffer le Hôma plante (Y. X. 53). Spiegel les assimile aux Djinns arabes.
VAvesta cite aussi parmi les êtres méchants les Kavis, les Karapans et l’Uçij dont la nature est difficile à déterminer. Dans VAvesta proprement dit, ils figurent comme des mauvais génies et sont généralement cités après les Yàtus et les Pairikas. Dans les Gàthàs ils semblent être des ennemis humains de la loi mazdéenne. Le Y. XXXII. 10 dit que le Karapan est éloigné de la sainteté ou éloigne de la sainteté ; la strophe 12 annonce leur perte éternelle ainsi que celle des Kavis. Le Y. XLIII. 11 ajoute qu’ils se sont unis aux puissants pour faire périr les humains, que leurs âmes sont endurcies et qu’ils périront dans l’autre monde. La tradition voit en eux les hommes hostiles à la loi mazdéenne, ceux qui ne veulent pas l’embrasser ou lui sont infidèles. Leur mention au Y. XLIII suit celle des justes terrestres qui iront au ciel.
Il est impossible de méconnaître la ressemblance du Kavi et de l’Uçik avestique avec le kavi chantre et sage et VuciJ sacrificateur zélé des Védas. Le mot karapan pourrait être rapproché de kalpa, œuvre sacrée, rite. La coïncidence est étrange et l’on se demande s’il est sûr de rejeter toute opposition religieuse entre l’Éran et l’Inde védique.
Notons enfin, en terminant ce chapitre, deux noms dont la valeur est constestée ; ce sont et Les uns en font des noms de Drujes d’autres des
qualificatifs.
Paesis ne paraît qu’au Yt. XIX. 94, elle y est qualifiée de ducithra, d’origine mauvaise ou â l’éclat mauvais. Il y est dit que Çosliyant frappera ou verra (selon le texte) toutes les créatures Cela peut signifier déformé, de création mauvaise,
ou de forme â l’éclat mauvais (Comp. Yt. XIX. 94, note).
Mus semble être un nom propre parce qu’il est invariable comme les noms de Dévas et de. maladies. Dans les deux passages où ce mot figure (Y. XVII. 46 ; LXVII. 23), il ne désigne pas la Pairika car elle en est nettement distinguée. Le texte parle « pour résister à cette Mûs, à cette Pairika. « Si mûs était un adjectif il serait décliné et suivrait Pairika.