‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 31 sur 686 · VI. — Monstres malfaisants · texte numérisé non relu

VI. — Monstres malfaisants

La Mythologie éranienne connaît aussi ces monstres fabuleux ou ces êtres malfaisants qui dévastent la terre et que des héros surhumains détruisent ou rendent impuissants. L’Avesia contient encore quelques légendes de ce genre communes aux Aryas ou propres aux seuls Éraniens; les unes semblent restées dans leur état premier, les autres ont été appropriées aux principes dualistiques. Nous y trouvons d’abord :

1° Az/ii Dahâha, le serpent aux trois têtes, aux six gueules, aux mille yeux qui désolait la terre et cherchait à faire périr le genre humain. Il semble qu’Azhi ait un rôle céleste et un rôle terrestre ; ce dernier se montre surtout aux Yeshts là où il est dit qu’il veut entièrement dépeupler la terre.

Azhi fut probablement à l’origine le démon de l’orage, le ravisseur des nuages qui dessèche la terre ; son vainqueur Thraetaona est le héros orageux qui de sa foudre écrase le démon et rend les ondes pluviales à la terre. VAvesta a fait du serpent une créature d’Anro Mainyus produite par ce dernier pour détruire la sainteté.

2“ Çruvara le serpent porte-cornes (ou griffes), de couleur jaunâtre, venimeux, sur le dos duquel coulait un poison verdâtre et qui dévorait les hommes et les chevaux (Y. IX. 34). raconte que le héros Kereçâçpa, le voyant accroupi,

ne sût pas que c’était un serpent et voulut cuire un breuvage sur son dos. Le monstre brûlé se redressa, renversa le feu et l’eau bouillante et Kereçâçpa recula épouvanté. Mais le commencement du paragraphe disait que Kereçâçpa tua Çruvara. Ce mythe représente quelque phénomène naturel ; peut-être un feu souterrain comme celui de Batou. Pour les oragistes, c’est nécessairement l’orage. Toute lutte est l’orage, tout festin est l’orage.

3° Le Gandarewa, monstre aquatique au talon doré qui habite les eaux célestes et en désole les rives et s’élança un jour la gueule béante pour détruire le monde pur; mais Kereçâçpa le tua. Yt. XX. 41; V. 38, 39. Une formule insérée au Yesht XV. 28 l’appelle le souverain des eaux(^).

4° Hitâçpa à la huppe d’or, que vainquit le même héros et qu’il força à s’atteler à son char, d’où son nom de Hitâçpa, le cheval attelé. On le prend pour identique au Gandarewa ci-dessus mentionné, mais c’est une erreur, le Yt. XIX. 41 les distingue nettement. Ce qui pourrait le faire croire c’est la fin du Yt. XV. 28, mais on voit aisément que la formule donnée ici en note ne peut s’appliquer à un mauvais génie.

5° Çnâvidhaha, Titan qui se proposait de faire du ciel un char, de la terre une roue et d’atteler à ce char les deux esprits primordiaux. Il frappait des ongles et des cornes et faisait périr le bétail. Kereçâçpa lui donna la mort.

Pour les oragistes, tout ceci est encore un démon de l’orage. Relativement au dernier, l’explication est si futile qu’elle ne mérite guère l’attention. L’^v^5(a cite encore deux rois criminels dont l’un, Kereçâni, y owlvA chasser tout Atharvan, tout prêtre du feu des contrées soumises à son pouvoir, et l’autre Vadhaghna abjura la foi zoroastrienne pour obtenir d’Anro Mainyus la puissance et la prospérité. Voy. Y. IX. 75 et

(1) Là il n’est point considéré comme un mauvais génie puisqu’il est appelé le gafyô paitis le chef des profondeurs ; gafyô âhuiris le (chef) de l’abîme ahurique.

INTRODUCTION

Vend. XIX. 23. De la fin du second il n’est point dit un mot, Kereçâni fut déposé par Hôma. On veut l’identifler avec le Kriçànu védique, gardien du Hôma. Il peut l’ètre autant que les deux contraires peuvent être identiques. Leurs faits et gestes n’ont d’ailleurs rien de commun. VAvesta parle encore des Kayadlias et des Kaqeredhas, hommes et femmes qu’il classe, semble t-il, parmi les êtres malfaisants. La tradition en fait les calomniateurs et les impudiques. On trouvera aux notes d’autres explications.

Tous les génies, tous les êtres bons ou mauvais que nous venons de passer en revue sont les acteurs de la scène du monde, il nous reste à en indiquer les actes.

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