‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 32 sur 686 · V. — HISTOIRE DU MONDE SELON LE ZOROASTRISME · texte numérisé non relu

V. — HISTOIRE DU MONDE SELON LE ZOROASTRISME

Ce qui nous reste de VAvesia n’étant qu’un ensemble de morceaux détachés, de prières liturgiques, en grande partie indépendantes les unes des autres, on conçoit aisément qu’il ne contient aucun exposé des doctrines de ses auteurs. Quelques mentions amenées par les circonstances sont tout ce que l'on peut y glaner.

Mais les livres mazdéens, plus récents, suppléent à ce défaut et permettent de reconstruire dans une certaine mesure le système avestique. Toutefois, on doit user de grandes précautions pour ne point tomber dans l’anachronisme et présenter comme ancien ce qui est relativement récent. Nous laisserons donc de côté tout ce qui n’a pas de point d’appui dans VAvesta. Les origines du monde, que relate.le commencement du Boundehesh, trouvent leur continuation dans une phrase avestique insérée dans une glose pehlvie.

Passons à l’exposé, nous serons très brefs pour ne pas errer.

Au commencement était la lumière et les ténèbres, le temps et l’espace sans fin. Dans la lumière habitait le bon esprit, Ahura Mazda, tout puissant, omniscient; dans les ténèbres, le mauvais esprit Anro Mainyus, d’un pouvoir, d’une science bien inférieure. Ahura Mazda connaissait Anro Mainyus, mais Anro Mainyus ignorait le Dieu de lumière. Un espace mitoyen les séparait. Ahura Mazda savait que l’esprit du mal serait son adversaire comme celui de ses créatures ; il créa des êtres d’une manière invisible. Un jour, Anro Mainyus sortit de son repaire et vit les créatures brillantes, puissantes d’Ahura Mazda; il résolut de les détruire. Il créa des Dévas, des Drujes et d’autres êtres malfaisants, atfreux, dégoûtants. Ahura Mazda proposa la paix au génie du mal. Celui-ci la rejeta. Alors, le Dieu puissant, connaissant l’avenir, offrit au Déva de fixer un laps de 9000 ans, pendant lequel le bien et le mal pourraient se mêler dans le monde. Ahura savait que par cet arrangement, toute chose irait selon sa volonté pendant les trois premiers milliers d’années ; que pendant les trois suivants le bien et le mal se contrebalanceraient et que les derniers verraient la puissance du mal diminuer successivement et disparaître. Il découvrit alors l’avenir à son rival qui tomba dans une sorte de faiblesse et y resta 3000 ans. Ahura profita de cet état d’Anro Mainyus pour créer les Amesha Çpentas et Vohumanô le premier, puis le ciel

INTRODUCTION

et les astres, la lumière terrestre ; après cela il fit successivement le ciel visible, l’eau, la terre, les plantes, les animaux et les hommes, le tout en 365 jours et eu six époques. Anro Mainyus créa les Darvands puis se résolut à attaquer la création; les Dévas et spécialement la Jalii impure l’y excitaient. Sur le sol terrestre, Ahura d’abord créa un homme pur et saint qui s’appelait Qayo meretan (la vie mortelle) et un taureau unique encore, pur et laborieux {varcâh).

Anro Mainyus voulut pénétrer le ciel mais il en fut repoussé; il voulut pénétrer la terre, le feu et Vohumanô le repoussèrent. Il parcourut alors la terre frappant d’étiolement et de maux divers tout ce qu’il rencontrait. Il couvrit la terre de serpents, de scorpions, de tortues et d’autres animaux impurs et nuisibles et fit sécher les végétaux. Il accabla les corps de Gayo meretan et du taureau, d’anxiétés, de douleurs, de maladies et amena contre eux la méchante Bûshyançta. Le taureau expira en disant : les troupeaux doivent maintenant être créés, ils rempliront leurs fonctions, il faudra les protéger.

Gayo meretan résista trente ans pour périr sous les coups du démon. L’âme du taureau sortant de son corps alla se plaindre à Ahura et à Asha du sort qu’elle avait subie. Alors le Dieu lui prédit la venue de Zoroastre qui abattrait la puissance d’Anro Mainyus. Là-dessus l’âme du taureau se remit et accepta la garde tutélaire du bétail. Elle devint le génie Druûçpa (aux chevaux sains) qu’invoque VAvesta.

De son corps sortirent les différentes espèces déplantés; son germe seminal s’éleva jusqu’à la lune et là purifié se développa en deux nouveaux corps de boeufs l’un mâle l’autre femelle. De- ces deux nouveaux-nés provient toute la race bovine.

Cependant, Anro Mainyus avait de nouveau attaqué le ciel et en avait été repoussé. Il en tomba épouvanté et perça la terre pour y pénétrer. Cette intrusion du mauvais esprit fit surgir la première montagne le Hara harezaüi sur laquelle le soleil se montre au lever du jour, ou trône Mithra, car il n’y a ni nuit, ni jour, ni vent, ni froid, ni maux d’aucune sorte. Du pied du ^am s’élevèrent successivement toutes les autres montagnes dans leur ordre terrestre. VAvesta en compte deux mille doux-centquarante-quatre (Yt. XIX. 7). Le chef des Dévas voulut ensuite dessécher les plantes. Ameretàt l’Amesha-Çpenta en enleva une de chaque espèce probablement et les porta dans l’eau de Tistrya et les y plongea. Tistrya fit ensuite pleuvoir sur la terre et sur celle-ci alors poussèrent 10,000 espèces de végétaux dont chacune était propre à guérir l’une des 10,000 maladies causées par Anro-Mainyus. De ces 10,000 plantes en naquirent 120,000 autres et par toutes les semences réunies fut formé un arbre appelé « de toutes les semences » ou « chasse-maux (^)« qui s’éleva au sein d'une mer céleste, réservoir des eaux, ayant nom Vouruhasha (au large sein). Près de l’arbre chassemaux poussa le Gaoherena qui donne l’immortalité et opérera la résurrection. Anro- Mainyus créa une immense tortue pour le détruire et Ahura Mazda l’immense poisson Karo pour le garder. La pluie envoyée par Tistrya couvrit d’eau la moitié de la terre et forma les mers. La terre fut alors divisée en sept parties appelées Kashvars ou sillons, divisions. Il s’en trouva un au. milieu, aussi grand que les autres ensemble. Les six autres l’entourent séparés de lui par un bras de lamerVourukasha; une haute

(h Harvisp tôkhm (tukhma) ou yadbêsh. Voyez Minokhired LXVII. 37, 61.

INTRODUCTION

montagne forme obstacle au passage de l’un à l’autre. Le Karshvar du centre est appelé Qaniratha bâmya, (au char brillant ou retentissant, lumineux). Des autres il sera question plus loin.

Le Ilara berezaiti entoure toute la terre et s’élève jusqu’au ciel ; sur le pic appelé Taera se lèvent les astres. Sur un autre wommë Hukâirya est formée Y emn Ardviçûra la source céleste qui fournit à la terre toutes les eaux. Au centre de la terre est un mont nommé Cinvat, haut comme cent hommes, et par lequel les âmes s’en vont dans l’autre monde ; un pont y relie les deux mondes. A l’extrémité occidentale est une montagne désolée, affreuse, qui sert de porte à l’enfer, YArezûra. Les Dévas en sortent par là pour se répandre sur la terre.

Au pied du Hara, du côté méridional, se trouve la vaste mer nommée VouruUasha\ elle a mille bassins plus ou moins grands; les moyens ont 1700 parasanges d’étendue. C’est l’eau Ardviçùra qui les remplit. Elle coule constamment et se répand sur la terre par cent mille canaux d’or. A côté de la mer Vourukasha est une autre mer nommée Pùitiha (fétide) dans laquelle vont se déverser toutes les eaux corrompues sur la terre. Elles s’y purifient et de là retournent à la Vourukasha.

Gayo meretan en mourant avait émis du semen. Nairyo Çanha en prit une partie et Çpenta Armaiti (la terre) reçut l’autre. De celle-ci, quarante ans après, naquit le premier couple humain de qui tous les autres hommes sont issus (Voy. Boundehesh ch. XV. c. init). Ce livre donne aux premiers pères de la race humaine les noms de Mashya, Mashyâna c’est-à-dire homme et femme ; cependant, le chapitre XXXII contient une autre tradition selon laquelle les premiers humains seraient Yima et sa sœur Yimà.

Ainsi les deux créations étaient constituées; bien différentes l’une de l’autre par leur nature, on l’a vu précédemment; bien différentes aussi par leur fin. Les créations d’Ahura-Mazda ont pour but la production, le développement du bien et la gloire du Dieu de lumière, elles tendent au bien, à la vie ; elles triompheront du mal et des maux dont elles ont été momentanément accablées, se rétabliront dans un état parfait et dureront en cet état à jamais, àjamais.

Les créations d’Anro Mainyus au contraire ne sont que des œuvres secondaires, sans but intrinsèque, sans autre fin que celle de nuire au bien; elles périront un jour pour jamais. Elles se composent, comme on l’a vu, des mauvais esprits, des maux corporels, des vices, des fautes morales et des animaux réputés impurs et nuisibles.

Ceux-ci portent le nom générique et inexpliqué de Khrafçtra, qui, dans les Gàthàs désigne également les méchants de la race humaine. Le Vendidàd signale, parmi les créations animées du génie infernal, \e zairimyanura (Vend. XllI. 15), les serpents, les scorpions, les lézards, les grenouilles, les fourmis et les loups (Vend. XIV. 9); à cette création primitive et essentielle viennent se joindre les hommes qui honorent les Dévas par un faux culte ou par des crimes. Les morts, en outre, tombent sous le pouvoir des Dévas.

Le premier chapitre du Vendidàd nous présente une scène de création qui jette un certain jour sur la manière dont le mazdéisme en comprenait la nature et l’exécution. Il y est dit qu’Ahura Mazda créa d’abord l’espace terrestre {dadhât âçd), puis forma successivement les localités qui se distinguent par une excellence supérieure, tant

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