III. — Scène des luttes héroïques
Les luttes des héros légendaires de l’Éran ont pour théâtre les régions connues des Aryas, des Touras et des Çairimas (Asie occidentale, Assyrie, etc.) ; et d’autres auxquelles on ne peut assigner aucune place probable. Ce sont celles des Qyaoniens et des Varedhakas (Voy. Yeshts IX. 31 ; XVII. 71) ; puis les contrées çâniques et dahiques mentionnées au Yesht XIII. 144 et dans lesquelles on croit retrouver le Thibet et la région des Aâoi, â l’ouest de la mer Caspienne.
Le pays des Qyaoniens et des Varedhakas doivent être des régions touraniennes du Turkestan ou du Caucase. VAvesta parle en plusieurs endroits (Yt. V. 54, 73; XIX. 41 ; XIII. 38) des Hunus et des Dânus touraniens. Ces noms sont peut-être exclusivement mythiques ou bien, mythiques â l’origine, ils ont pu être appliqués plus tard â des populations touraniennes ennemies (Comp. les Dânavas védiques, démons des nuées).
On trouve aussi cités, des fleuves, des mers, des montagnes comme théâtre des luttes ou lieu des sacrifices offerts par les héros. Ce sont les fleuves Dâitya et Frazdânu dans la région de Kava Vîstâçpa, le Varena ou les Varenas dont il est question au Vendidâd I, le Hukâirya, le Hara berezaiti avec sa pointe extrême, le Tara, le Haraiti et la mer Vourukasha, tous déjà connus. Ce sont en outre la Vîtanuhaiti qu’Ardvîçûra fit traverser â sec par Vistaurus (Yt. V. 75), la mer Paityanç, près de laquelle sacrifia Zairivairi, guerrier éranien, auxiliaire de Vistâçpa ; le mont Erezifya(aux vautours), la mer Caecaçta, choisis, l’un par Kava Uç, l’autre par Huçrava pour siège de leurs vastes hécatombes ; les fourrés épais, les forêts profondes où sacrifiait Arvaçara (Yt XV. 31) et la Ranha et le Pishananha, choisis â cet effet par Kereçâçpa.
Une localité est décrite avec certains détails, c’est Veshaka, siègedes Aurva Hunavas, adorateurs des Dévas et située près de la porte ou gorge Khshathrôçaoka (qui favorise la royauté), la plus avancée de la Kanha élevée et sainte. Ce serait perdre son temps que de disserter sur la nature et l’emplacement de ces eaux et montagnes. S’ils ne sont point entièrement mythiques, il est absolument impossible de leur assigner une place sur la carte de l’Asie, car on n’a lâ-dessus aucun renseignement. Les livres parses, il est vrai, en localisent quelques unes, mais dans leurs indications ils mêlent les lieux mythiques et terrestres de telle façon qu’on ne peut ajouter aucune foi à leurs aflIrmations.Le Boundehesh place la mer Caecaçta dans l’Aderbajan,la Frazdânu
INTRODUCTION
dans le Sédjestan. Le Dàitya est donné comme étant l’Araxès. Veshaka doit être en Turkestan.
Le fleuve Vîtanuhaiti coule à l’Est et se réunit à lamer dans l’Hindoustan. Il rappelle la Vitastâ ou Behat du Penjâb. La mer Pishananha doit être en Arachosie.
Les Parses n’ont pas seulement une géographie mythique et terrestre, ils en ont une troisième de pure fantaisie. Ainsi, de la Ranha ils disent qu’elle descend du Hara berezaiti, traverse le pays de Çur appelé aussi Ame (Syrie ?) et descend en Égypte où il est appelé Nil. Il est très possible qu’ils le croyaient ainsi et s’imaginaient que les mers occidentales étaient formées par l’Oxus qui descendait, sous le nom de Nil jusqu’au sud de la terre.
On peut encore se demander si ces lieux, fussent-ils même mythiques à l’origine, n’avaient point une position géographique aux yeux des auteurs de VAvesta. A cette question, il semble que l’on doive répondre affirmativement surtout en présence des détails qu'ils donnent sur Veshaha. Tout cela pouvait passer à leurs yeux pour des endroits ou des terres inconnues mais réelles, situées en dehors du rayon des explorations accomplies à leur époque.
Le premier Fargard cite seize localités éraniennes; l’explication en est donnée en cet endroit. Il en est de même de celles dont parle le Yesht X. 10. Quant aux montagnes énumérées au Yesht XIX. 1-7, il serait trop long et entièrement superflu de discuter ici leur nature plus ou moins probable. Cela doit faire l’objet d’un travail spécial, lequel du reste, ne peut aboutir à un résultat satisfaisant.