V. ~ Animaux mythiques
Les légendes avestiques comptent aussi bon nombre d’animaux parmi leurs acteurs. De la plupart, le nom seul nous est donné et ce n’est que par le Boundehesh qu’on peut avoir une idée de la conception qu’ils représentaient aux yeux des Éraniens. Malheureusement, les détails donnés par le livre pehlvi ne sont souvent que des inventions récentes, faites à plaisir pour expliquer les points obscurs de VAvesta.
1» L’oiseau Karshipta (chef des sillons ou réunions ?) qui promulgua la loi de Zoroastre dans le Var de Yima. Il sait parler, dit le Boundehesh, qui le qualifie de chef des oiseaux (Visp. I. 1). Il s’appelle aussi en pehlvi cahra (canard). Le Boundehesh, au chap. XIV le donne comme une simple espèce de vautour.
2» L’oiseau Ashôzuçta (qui se plaît en la sainteté), auquel on doit livrer les déchets d’ongles ou de cheveux coupés afin que les Dévas mazaniens ne s’en servent pas comme d’armes pour attaquer le monde. Ashôzuçta mange ces débris et récite VAvesta. Selon les Rivâiets c’est le hibou (Voy. Vend. XVII. 29, note).
S” L’oiseau Vâraghna, sous la forme duquel Verethraghna apparaît au Yt. XIV. 19 et la majesté royale s’enfuit de Yima, au Yt. XIX. 35 et suivants. Le premier passage indique qu’il figure les premiers feux rouges du soleil avant son lever. Ce peut être, au sens propre, l’aigle ou le vautour ; son nom signifie « qui frappe avec la queue. >*
40 L’oiseau Çaèna (sanscrit çyêna, faucon ?). Ce doit être l’aigle. Certaines montagnes sont appelées upalriçaêna, c’est-à-dire « sur lesquelles nichent les aigles » ou bien « s’élevant plus haut que le vol des aigles .» Figurément c’est un représentant des feux célestes illuminant les nuages. Le Boundehesh (XLIII. 17) parle d’un oiseau cin comme d’un oiseau nocturne dont il existe un couple occupant les deux extrémités du monde.
INTRODUCTION
5'’ 6» et 1° La Vâçi pancaçadhvara, le poisson Kara et VAne pur. Nous les réunissons parce que le Boundehesli les place tous trois dans la nier Vourukaslia. Du jiremier, VAvesta^xh, que le nom (Y. XLI. 27).
Le Boundehesli en faille roi des poissons, un habitant de la mer Vourukaslia ; il a l’air de le confondre avec le suivant.
Le Kara, poisson immense habite la Ranha ; il y surveille le mouvement des eaux et voit, à l’épaisseur d’un cheveu près, si elles montent ou descendent (Voy. Yt. XVI. 7). Le Boundehesh l’a transporté dans la mer Vourukaslia; de plus il lui a adjoint neuf compagnons dont il est le chef et qui sont sans cesse occupés à tenir tête à une tortue immense qu’Anro Mainyus a créée pour détruire le Hôma céleste (Voyez cliaj). XVIII). Le Pancaçadhvara parait être le Kara principal. Le chap. XXIV, le représente avec une corne sur la tète(Comp. Yt. XIV. 29).
Pancaçadhvara signifie « aux cinquante enceintes ou réservoirs ou portes.» L’origine de cette conception semble être d’abord le besoin d’importer partout la lutte des deux esprits. Le Hôma blanc qui rend immortel doit avoir un ennemi suscité par Anro Mainyus et un défenseur opposé à l’adversaire par Ahura Mazda. C’est ensuite le désir d’expliquer le maintien d’une quantité normale d’eau distribuée à la terre.
L'âne pur est le seul des trois (\nQ\'Avesta place dans la mer céleste (Y. XLI. 28). Le livre sacré n’en dit que cela; le Boundehesh lui donne six yeux (deux sur la tête, deux au dos), neuf gueules (trois à la tête, trois au dos, trois aux hanches) et une corne. Il est blanc et se nourrit d'aliments célestes. De sa corne dorée naissent cent autres cornes, grandes comme un chameau ou un cheval, ou un âne ; il s’en sert pour tuer les animaux nuisibles. Il a trois pieds dont chacun occupe la place de mille brebis réunies. Ses oreilles couvrent tout le Mazanderàn. Lorsqu’il plonge la tête dans l’eau, la mer Vourukaslia se soulève et déborde, lorsqu’il brait, toutes les femelles aquatiques sont enceintes ; s’il urine, toutes les mers des sept Kashvars terrestres retentissent d’un bruit formidable. S’il n’existait point, les poissons d’Anro Mainyus empesteraient toutes les eaux et toutes les créatures d’Ahura y périraient. Le Boundehesh ajoute « L’ane à trois pieds doit avoir un anus car il doit pouvoir rejeter le trop plein d’aliments célestes qu’il consomme. »
Cette bizarre conception représente aux yeux des oragistcs le dieu orage. Nous leur laissons le bénéfice de cette invention. Il est bien plus naturel d’y voir le représentant de la force naturelle qui meut les eaux célestes nuageuses, pluvieuses ou orageuses, ou même peut-être un récif à l’aspect fantastique dans l’une des mers de l’Éran ou de l’Atropaténe,un phénomène naturel, transformé par une imagination ignorante en être actif.
Le Parodars ou coq est donné comme l’auxiliaire du génie de l’obéissance à la loi, Çraosha ; parce qu’éveillant l’homme de bon matin il l’empêche de se livrer à un sommeil intempestif et de négliger les devoirs religieux. Il est défendu de le manger ; en propager l’espèce est une œuvre de haut mérite (Vend. XVIII. 33 et suiv.). Il a été créé pour chasser Dévas et sorciers (Boundehesh, XLVIII. 15 et suiv.).
Le Vanhâpara, èxLo; de Plutarque, l’ennemi juré des Dévas dont il est parlé
au Vend. XIII. On pourra voir à l’Introduction et au commencement de ce Fargard tout ce qui concerne cet animal.
L'Udra upâpa, la loutre, dont le meurtre est puni si sévèrement au Vendidâd XIV
INTRODUCTION
(Voyez ce chapitre). Deux ûdras aquatiques (upâpa) habitent le fond des eaux et y reçoivent les âmes des chiens dans ce paradis ad hocÇVenà. XIII. 167). Voir la note finale.
Le Kahrhâça ou vautour, épervier, etc., sert à 'Ihraetaona pour se transformer quand il appelle Vafra navâza (Voy. Yt. V. 61). Les cadavres des mazdéens leur sont abandonnés (Vend. III. 66 ; IX. 181).
Les Yeshts XIV. 33 et XVI. 13 parlent d’un Kahrhâça zarenumainis, dont la vue perçante aperçoit du haut du ciel un morceau de chair crue grosse comme une aiguille ou un charbon. Zarenumaini est traduit généralement « doré, » mais la traduction et l’explication du Boundehesh montrent qu’il faut comprendre faucon de l’âge, de la vieillesse (pehlvi zarmân). Le Boundehesh porte « que le Kahrkâç i zarmân est créé pour dévorer les cadavres et en débarrasser la terre.
Le chien occupe dans les lois mazdéennes une place des plus importantes. Son cadavre, au point de vue des souillures, est traité comme celui de l’homme ; il est défendu de le maltraiter tout comme l’homme et les peines qui frappent l’homicide ne sont pas plus grandes que celles prononcées contre le meurtrier d’un chien de garde. VAvestaeile Boundehesh nous en donnent le motif; c’est que le chien est le principal agent de la sécurité de l’homme et de sa demeure. C’est ce que disent en propres termes le Vendidâd XIII. 165 et le Boundehesh XLVIII. 15 â XLIX. 9. Lorsqu’un chien meurt, son âme va au fond des eaux (Vend. XIII. 166 et suiv.).
Le Boundehesh parle encore d’autres animaux mythiques ou d’un rôle surnaturel. Leur caractère général c’est de servir à la destruction des Khrafçtras ou animaux créés par Ahura Mazda. C’est le principe dualistique appliqué à la création animale. Parmi les Khrafçtras énumérés dans VAvesta, un seul a un caractère merveilleux ; c’est le Zairimyanuhra du Vendidâd XIII. On verra ce que c’est par l’Introduction et les notes de ce chapitre.