CHAPITRE XII MORALE DE L’AVESTA
La religion mazdéenne se distingue de toutes les autres religions antiques en ce qu’elle a une morale systématisée et fondée sur des principes philosophiques. Et cette morale est certainement la plus pure, la plus saine qui ait été produite en dehors du judaïsme. Elle repose principalement sur les principes du dualisme tendant au monothéisme; mais on y retrouve fréquemment aussi lés traces du naturalisme primitif.
Le dualisme fait appliquer les notions de vertu et de crime jusqu’aux actes purement physiques; le naturalisme produit le culte des génies, des éléments et l’observation de certaines pratiques d’origine indo-germanique.
La morale mazdéenne a pour règle la loi qu’Ahura Mazda a révélée à Zoroastre.
La notion de la vertu morale se résume dans celle de Vasha. Le fidèle mazdéen juste et saint est ashavan ; l’infidèle, le prévaricateur est anashavan. Cette qualification s’applique spécialement au sectaire.
INTRODUCTION
Qu’est-ce que l’asha? On a prétendu que c’était soit l’ordre cosmique, soit la simple vertu sacrificielle ; l’observance des rites, des cérémonies; la récitation exacte des prières prescrites. Rien n’est plus faux. On pourra facilement s’en convaincre en lisant les pages 5-15 et 74-93 des Origines du Zoroastrisme.
En vertu du principe dualistique, l’asha n’est pas simplement une vertu morale, telle que nous entendons cette expression ; elle se rapporte également à l’ordre physique. L’aslia est l’appartenance au monde d’Aliura Mazda, à la bonne création par origine et par nature ; et pour l’être intelligent, par l’observation de la loi mazdéenne, tant dans sa partie purement morale que dans ses prescriptions disciplinaires et liturgiques. L’homme ashavan par nature, peut cesser de l’être par infidélité ou crime et peut aussi le redevenir par la pénitence. Ashavan a aussi pour opposé druat, méchant. Le motrt^/îrt a été généralement rendu avec assez de justesse par le moi pureté qui indique non pas seulement la pureté des mœurs mais l’absence de toute souillure provenant des fautes ou de l’infiuence du contact des mauvais esprits ; une nature dans laquelle la création du génie du mal n’a aucune part.
h'Avesta divise les actes humains au point de vue des pensées, des paroles et des actions. Le fidèle mazdéen doit honorer et pratiquer toutes les bonnes, bannir et éviter toutes les mauvaises (Voy. Y. X. 46-50; Y. XII. 1-3; Fragment III, etc., etc.).
Cette distinction est déjà fréquemment mentionnée dans les Gâthàs (Voy. Gâthâs 12, 1 ; 16, 3, etc.)
La conception de la vertu mazdéenne se base sur les attributs du Dieu suprême, esprit du bien et sur la notion de la spiritualité de l’àme. Ahura Mazda est souverainement saint et pur, il est lumière, vérité et sagesse, il a en horreur le mensonge et la duplicité. Il est le père et l’ami de ceux qui l’honorent, il a fait en leur faveur tous les êtres utiles; de lui procèdent l’autorité et la majesté royale. Il a créé le monde visible pour sa gloire ; les Dévas y portent atteinte en nuisant à ses créatures ou en corrompant l’homme.
En conséquence, la loi de Zoroastre prescrit la pureté, la sainteté, l’horreur du mensonge, la fidélité à sa parole, la charité, la bienveillance, le respect des autorités ; elle défend l’impureté, la tromperie, le vol, les actes nuisibles aux hommes.
Les principaux devoirs de ses disciples sont (^) :
1° D’adorer Ahura Mazda, de l’invoquer et de le remercier de ses bienfaits; d’obéir à sa loi et de la propager, de conserver intactes la pureté de l’âme et celle du corps, d’observer les cérémonies prescrites et de pratiquer les purifications corporelles, symboles de la pureté intérieure.
2“ De respecter les esprits créés par Ahura Mazda, chargés par lui de gouverner le monde, de leur adresser également des invocations et de leur témoigner leur reconnaissance.
30 D’honorer Ahura Mazda dans ses œuvres et d’étendre sa gloire ; conséquemment, de haïr Anro Mainyus et ses génies, de travailler à détruire leurs créations et à rétablir la gloire du Dieu suprême et sa puissance partout où ses ennemis sont parvenus à y porter atteinte.
(') C’est ainsi que les Parses eux-mêmes résument leur code moral.
INTRODUCTION
Au point de vue des pensées, la loi mazdéenne ordonne de respecter et d’aimer Aliura Mazda, de lui attribuer tout bien, de soumettre son intelligence à ses révélations, de l’interroger intérieurement pour être éclairé relativement aux lois de la conscience (Voy, Y. XVII. 2 et suiv. ; Vend. IV. 132; XVIII. 15).
Elle défend l’orgueil, l’incrédulité, l’envie.
Relativement aux paroles, la loi mazdéenne prescrit la récitation exacte et attentive des prières prescrites.
Elle prohibe les querelles, les injures, les médisances et calomnies, les mensonges et toute tromperie.
En ce qui concerne les actions, elle commande ou défend naturellement tous les actes relatifs aux vertus et aux vices ci-dessus mentionnés et à chacun selon son genre. Elle ordonne en outre l’accomplissement de toutes les prescriptions du culte, prières, cérémonies, offrandes, sacrifices en l’honneur d’Ahura mazda, des esprits célestes ainsi que de tous les êti’es créés par Ahura et restés bons et purs. Le mazdéen doit offrir et prier non-seulement pour lui-même, mais aussi en faveur des autres mazdéens vivants et morts (Voy. Yaçna XXXIX, XXIII, etc.). Il doit exercer les œuvres de bienfaisance envers ses corréligionnaires. Donner des habillements au pauvre qui sollicite est un devoir rigoureux ; y manquer est une faute mortelle (Voy. Vend. XVIII. 79 et suiv.), mais peut-être s’agit-il là exclusivement des prêtres. Travailler pour un fidèle est une œuvre d’un haut mérite (V. III. II8).
La morale avestique flétrit l’impureté sous toutes ses formes, inconduite, séduction, fréquentation des courtisanes, avortement, pédérastie, pollution (I. 44 ; VIII. lOI ; XVIII. etc.).
Elle condamne également les pratiques de la magie (Y. LXIV. 30) et tous les actes de violence ou d’injustice pouvant nuire aux corps ou aux biens; les coups et blessures, le meurtre, le vol, le brigandage, tous les actes oppressifs (Voy. Vend. IV. 54 et suiv. ; Y. LXIV. 24-32, etc., etc.).
Un trait bien connu et commun du reste à tous les Éraniens est le respect des mazdéens pour la vérité et la foi jurée.
Les auteurs grecs avaient déjà signalé l’horreur des Perses pour le mensonge. Diodore comme Xénophon et Hérodote avait vanté la fidélité à la parole donnée qui distinguait ces peuples. Chez les Perses, dit Diodore (XVI. 33; — Hér. I. 136), le serrement demains (^) de deux contractants est le gage le plus sûr qui puisse être exigé. Mithra, le dieu de lumière, était le gardien de la parole jurée ; y manquer c’était offenser gravement ce puissant génie et s’attirer sa colère. Les prières qui sont adressées à ce Yazata redisent constamment son amour pour la vérité, la haine qu’il porte aux hypocrites, aux fourbes, aux menteurs même, les châtiments dont il les frappe (Yt. X).
VAvesta insiste spécialement sur ce point. La vérité est compagne inséparable de la pureté, de la lumière ; le mensonge est une œuvre de ténèbres et par conséquent l’œuvre des Dévas ; VAvesta exige donc la vérité en pensée, en parole et en action. Le Vendidâd énumère les châtiments que doivent subir les violateurs des contrats et
(') Zastâmarstô, Vend. IV. 26, 39.
INTRODUCTION
des promesses acceptées, les malédici ions qu’ils attirent sur leur tête; il s’étend longuement sur la culpabilité de celui qui commet quelque tromiierie ou qui ne satisfait pas à ses dettes ('). C’était même, comme l’atteste Hérodote, une chose honteuse aux yeux des Éraniens que de contracter une dette quelconque ; le motif de cette réprobation était (lue l’homme mis en i)OSsession de la chose d’autrui, est exposé à des tentations de mensonge et de tromperie. Quelques traits épars nous font connaître clairement l’aversion et le mépris (|ue l’auteur de VAvesta cherche à inspirer pour la médisance et la calomnie (Voyez Vend. XIII. 3; XVIII. 35). II Ilétrii également le manque d’hospitalité et de bienveillance (Vend. XIII. (H, 02). Pour lui le voleur est un ministre des Dévas, semblable au chien méchant et vagabond qui erre dans les ténèbres et ne se nourrit que d'aliments de rebut (XIII. 150-152, 143, etc.). Tout ceci appartient à la morale naturelle et universelle ; le dualisme a inspiré certains préceptes qui donnent à la loi mazdéenne un caractère spécial et exceptionnel amiuel le naturalisme n’est pas étranger.
La nature visible étant l’(euvre d’Almra-Mazda destinée à sa gloire et le caractère proi>re de ce Dieu étant de donner aux êtres leur développement, il en résulte (pie l’on coopère à cette œuvre en travaillant à maintenir la nature en force et prospérité et en la préservant des atteintes des Dévas. Le Mazdéen doit, comme le dit le Sad-der, conserver les éh-ments, le feu, la terre, l’air et reau(-) en état de pureté constante et éviter tout ce qui iieut les souiller ; il doit surtout éviter de se souiller lui-même. Tout objet devenu impur doit être purifié. La principale cause de souillure est le contact des cadavres. Il sera parlé plus loin de ces contaminations et des moyens de puriliçation.
C’est aussi une œuvre sainte et prescrite que de cultiver la terre et de dévelopiier la croissance des grains, de dessécher le sol humide et d’arroser les terres arides, comme aussi d’élever du bétail (Voy. Vend. III. 1-20, 75-121). Il est contraire aux principes mazdéens de faire des abattis d’arbres sans motifs sutlîsants ; les végétaux, œuvres du créateur doivent être respectés (Yt. XXII. 13).
Il est un trait vraiment extraordinaire de cette antique législation ; nous voulons parler de l’espèce de vénération dont VAvesta entoure le chien. Le chien est en réalité doué de qualités merveilleuses. Sa fidélité, sa sagacité, son odorat (jui le met sur la trace de l’ennemi, sa patience, son attachement, tout en lui démontre l’être fait i)our être le compagnon, l'ami, le défenseur de l’homme. De telles (pialités, une telle destinée le font passer aux yeux du mazdéen pour une créature privilégiée, chérie du ciel, produite expressément pour protéger les œuvres du Créateur. Le chien est donc en quelque sorte le ministre d’Ahura Mazda; veiller à sa conservation, à son entretien c’est une œuvre pieuse ; y manquer, bien plus, nuire à cet être précieux, c’est aider les Dévas qui le redoutent, c'est favoriser leurs entreprises criminelles. Nous verrons au chap. XIII du Vendidàd, jusqu’à quel point le mazdéisme a poussé l’application de ce principe. On a prétendu expliquer ce fait par le rôle que joue le chien dans certain mythe védique. Mais ce mythe est étranger à VAvesta et d’ailleurs ne saurait ex]jli(iuer
(') Vendidàd IV.
(2) Ti-anspoctec de l’eau la nuit est une faute ; car elle peut se répandre et tomber, sans qu’on le voie, sur des olijets souillés. Cette faute fait perdre tout le mérite dos bonne, s miivres (Vend. 'VU. 194).
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une législation de ce genre, des peines aussi sévères. VAvesta, du reste, en donne clairement la raison (Voy. Vend. XIII. 165). Voyez aussi notes finales.
Ce qui parait plus extraordinaire encore, c’est la protection dont il entoure la loutre. La peine la plus forte que prononce VAiiesta est celle qui est portée au chapitre XIV, contre l’homme qui blesse cet animal ('). En revanche, le livre sacré voue naturellement à l’extermination les bêtes auxquelles Anro Mainyus a donné l’existence (^). Hérodote, Plutarque, Agathias, signalent cette coutume des Perses de détruire les serpents, les rats, les fourmis comme les bêtes féroces et de les porter aux Mages, en signe de leur zèle religieux. Le !?74 du chap. Ill, du Vendidâd, exhorte à détruire leur repaire.
VAvesta érige cet usage en préceptes : c’est en tout ou en partie au moyen de semblables immolations que les fautes s’expient et que le pardon s’obtient du Dieu suprême! (Voy. Vend. XIV.) Bien plus, le prêtre doit toujours être armé de certains instruments dont le but est, comme leur nom l’atteste, de frapper les reptiles qu’il rencontre.
Une dernière conséquence de ce partage des créatures et de cette double appréciation de leur essence, c’est que le coi*ps de l’homme doit être traité de manière à favoriser son développement. Il est en effet, aussi longtemps qu’il vit, l’une des créatures les plus parfaites d’Ahura Mazda. Il ne peut donc être ici question des pénitences que la loi brahmanique impose à ses ministres. Lemazdéen doit au contraire traiter son corps avec une certaine indulgence et veiller à son bien-être (Voy. Vend. IV. 142 et suiv.).
La conséquence des fautes morales est de transformer le fidèle en suppôt des Dévas, en Déva même (Vend. VIII. lOI). L’inobservance de la loi fait dépérir les biens terrestres, répand la désolation et la stérilité (Vend. IX. in fine). Les grandes fautes rendent Peshotanus ou Peretotanus c’est-à-dire « dont le corps est pénétré, rempli au comble d’iniquité » ou « dont le corps a moralement péri ; « cela équivaut à « digne de la peine capitale. « Le Vendidâd, chap. XV initio indique quelles sont les principales de ces fautes (^). Le fidèle qui voit commettre de graves violations de la loi doit compenser l’offense faite au créateur et à la création en chantant des hymnes pieux, en récitant des prières et en pratiquant la charité à l’égard de quelque fidèle (Yt. XXII. 13).
Parmi les péchés graves indiqués au Vendidâd XVIII. 89-92, on en trouvera un assez singulier, mais que l’Inde considérait aussi comme tel ; les lois de Manou le flétrissent également.
L’esi>rit de secte, l’adoption de pratiques du culte non approuvées, l’hérésie sont
(>) On a égalf-ment cherché ici une explication mythique, mais elle est entièrement fausse. On a dit que le Dieu de l’orage, chez les Aryas, paraissait transformé en castor. Croirait-on que des savants puissent admettre qu’un image poétique employée mille ans et plus auparavant et entièrement perdue soit le motif suffisant d’une législation ultra rigoureuse ! Voy. les notes finales.
(■^) En tuer une, quelque petite qu’elle soit, mérite une récompense dans le ciel. Tuer un serpent est une œuvre supérieure aux œuvres de l’cligion, à la célébration du Yaçna, etc. (V, Rivâyets, Cod. XV, f. 137 r. — Ibid., LVIII).
(3) Comp. page ci.xvn.
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aussi (le grands crimes, qui font dépérir le monde et rendent ceux qui s’en rendent coupables, impurs au souverain point. Le sectaire doit avoir le corps déchiré avec des couteaux et être jeté dans un précipice (Vend. IV. 152, etc.). En d’autres cas on doit lui trancher la tète après l’avoir lié et dépouillé de ses vêtements (Vend. IX. 177). Mais le supplice le plus horrible est celui de l’homme qui a eu le malheur de porter seul un cadavre; ce qui le livre irrémissiblement aux Dévas. Il doit être conduit dans un lieu isolé et rester là seul, vêtu et nourri misérablement jusqu’à ce qu’il soit devenu vieux et impuissant. Alors on doit le conduire sur une montagne et lui trancher la tête ; peut-être même le scalper (Vend. III. 49 et ss.). Les relations des auteurs grecs nous aiiprennent que cette loi n’était pas une vaine formule mais s’exécutait rigoureusement (Voy. Strabon XL p. 517 et Agathias IL 23).
Il ne semble pas que les mazdéens eussent aucun devoir à remplir envers les idolâtres qui les entouraient, les daevayaçnas (adorateurs des Dévas). L’apprenti médecin pouvait s’exercer sur leur corps au risque de les faire mourir (Vend. VIL 94 et suiv.). Peut-être cependant devait-on observer le contrat conclu avec l’un d’eux (Voy. Yesht X. 2 où le sens du mot druat n’est pas délimité). Les guerriers éraniens demandent au ciel de pouvoir en tuer le plus possible. Un fragment inséré dans la glose pehlvie du Vend. III. 136 annonce le salut à celui qui frappe ou tue (janat)\e pédéraste et l’infidèle.
Nous finirons ici cet exposé déjé trop long peut-être dans une introduction à VAvesla. On verra encore d’autres fruits au chapitre du culte et de la vie religieuse des mazdéens.
La morale desGàthâsest essentiellement la même que celle du reste de VAvesta. Elle prescrit les mêmes devoirs relativement à Ahura-Mazda et à son culte comme envers les autres fidèles ; mais tout le C()té naturaliste et dualiste y disparait complètement. Le culte des génies n’y figure pas davantage ; des impuretés pas un mot. Est-ce un effet du choix accidentel des sujets ; est-ce le résultat d’opinions différentes et plus monothéistiques ? C’est ce qu’il est difficile de dire. La seconde supposition parait la véritable, car le culte des génies y trouvait naturellement sa place. La volonté seule des auteurs pouvait l’en écarter.
Le chapitre XXIX (Gàthà2) fait seul exception. On le verra plus loin.
Conséquente avec elle-même, la morale mazdéenne a pour sanction celle que proclame tout système spiritualiste.
Elle reconnaît en effet la doctrine des peines et des récompenses futures, de la rétribution de râme en raison de ses actes et de ses mérites. UAvesla présente pour cette question deux solutions, identiques au fond, différant seulement par les détails. Dans l’une comme dans l’autre l’àme erre pendant les trois jours |qui suivent la mort. A la quatrième aurore, l’état de sa conscience, sa propre nature telle qu’elle se l’est faite elle-même sur la terre par ses actes, lui apparaît sous forme d’une jeune fille, belle ou hideuse selon sa vie, et aussitôt après, l’âme est entraînée soit vers le Paradis destiné aux justes soit dans l’enfer séjour des Dévas et des méchants. Voici les détails qui différencient les deux tableaux. Dans le premier (Vend. XIX. 89-112), l’àme juste, pendant les trois premiers jours, subit une attaque des Dévas. Au quatrième jour elle arrive au pont Cinvat qui conduit de cette terre au monde invisible. Le Déva Vizaresha entraîne le méchant lié jusqu’en enfer.
INTRODUCTION
La conscience cln juste l’élève au sommet du mont Hara berezaiti et de là au Garônmàna par la voie des Yazatas célestes. Elle se trouve au Garônmàna i)rés des Amesha Çpentas et d’Aliura Mazda lui-même ; sur son passage les Dévas tremblent ; Vohumanô, Nairyoçanha et tous les justes accourent à elle.
lie Vendidàd au chap. VIL 132 parle aussi de la lutte des deux esprits au sujet de l’àme juste qui va de la terre au ciel.
Au second tableau (Yeslit XXII. 2-36) nous voyons l’ànie pendant les trois premiers jours, errer autour du cadavre, pleine de joie ou de douleur selon qu’elle est sainte ou coupable. Pour se rendre au ciel, elle fait quatre pas, les trois premiers sont posés dans trois parvis appelés Immala, hxChhta, huvnrsta (bonne pensée, bonne parole, bonne action); le quatrième l’amène dans les lumières éternelles ou elle goûte une joie sans limite ni fin, où elle reçoit l’huile dorée pour aliment. L’àme du méchant arrive dans les ténèbres éternelles où elle tombe dans un malheur sans terme ni borne et reçoit des aliments empoisonnés.
Un juste dans la lumière, un méchant dans les ténèbres, accourent au-devant de l’àme et l’interrogent sur le motif de sa venue. Ahura Mazda, au ]>remier cas,; Anro Mainyus, au second, imposent silence à l’interrogateur.
Notons enfin que le quatrième jour s’annonce par l’arrivée d’un vent odoriférant ou fétide qui amène à l’àme la personnification de sa nature.
On voit aisément que dans le Vendidàd comme au Yeslit les circonstances spéciales sont des créations indépendantes destinées à expliquer une croyance admise uniformément mais connue seulement dans ses principes généraux.
Les livres mazdéens postavestiques les ont encore développées considérablement. Le livre d’Ardà-i-Viràf détermine les conditions d’admission au ciel ; il faut pour cela que les mérites pesés l’emportent quelque peu sur les démérites. On a de plus imaginé un lieu spécial pour la rétribution de ceux dont les actes vertueux et les fautes se contrebalancent exactement. C’est le Hamestagân (de Iiamaçta), ou lieu de station égale. L’àme y reste jusqu’à la résurrection subissant encore le froid et le' chaud des saisons mais aucun autre mal (Ardà-i-ViràfNàmeh. VI).
VAvesta ne connaît que la rétribution ; les docteurs du IV® siecle de J. C. y ont ajouté le jugement après la mort. D’après le livre d’Ardà, Rashnu seul juge et pèse les actes dans sa balance (chap. V. 5). L’auteur du Minokhired introduit dans la scène Milhra et Çraoslia. Mithra assiste simplement, Çraosha repousse les méchants et assiste les bons dans le terrible passage. Les Rivàiets prescrivent de prier ardemment Çraosha pendant les trois jours d’épreuve pour qu’il jiréserve l’àme du défunt des atteintes des Dévas. Tout cela n’a rien de primitif.
Au chai)itre XIII. 25 du Vendidàd il semble être question de deux chiens gardant le passage de ce monde à l’autre. C’est le mythe antique qui a fait place à une conception rationnelle dans les passages indiqués ; déjà ces chiens avaient cédé la place à des génies, s’il faut en croire un fragment en langue avestique inséré dans la glose pehlvie « desquels deux Rashnu est l’autre. ” La glose elle-même dit que ces chiens aident à passer le pont; elle a tout à fait l’air de ne plus savoir ce que c’est. L’Ardà-i-Vîraf Nàmeh pas plus que le Minokhired qui le copie ne connaît plus ces gardiens fabuleux. Voici ses termes : « là, j’arrivai au pont Cinvat très large, fort, créé par Aharmazd...
INTRODUCTION
Après cela la largeur du pont Cinvat devint de neuf javelots. Aidé de Çraoslia le saint, du Yazata du feu, je passai heureusement, facilement, courageusement et victorieusement sur le pont Cinvat. Une puissante protection me fut donnée par Mithra le Yazata et Rashnu le juste, et le bon Vayou et le Yazata Verethraghna le puissant, et le Yazata Arstàd qui développe les mondes et la majesté de la loi des mazdéens ; et les Fravashis des justes et les autres esprits me saluèrent d’abord moi Ardà-i-Viràf. Je vis aussi Rashnu le juste qui tenait dans sa main la balance d’or, pesant les bons et les méchants. Puis Çraosha-le-saint et Atar le Yazata me prirent par la main et me dirent « Viens que nous te montrions le ciel et la terre (Chap. IV. 7 ; V. 1-6.). » Après cela, Ardà entra directement dans le Hamestagàn, puis dans le ciel (Chap. VI, VII, etc). S’il est question de chien dans ce livre c’est uniquement pour comparer les démons suppliciant les âmes à des chiens dévorants (Voy. XVIII. 13; XLVIII. 2, 3, 7 ; LXXVI. 2; LXXXIV. 2).