‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 39 sur 686 · II. — Origines · texte numérisé non relu

II. — Origines

Dans ces contrées vivait au VIII® siècle avant .Jésus-Christ, un peuple jeune et fort dont les descendants attirent encore l’attention des voyageurs par leur maintien noble et énergique, leur taille élancée et régulière, par leur sensibilité pleine de goût et leur jugement sain et droit. Ammien Marcellin avait signalé leur air plein de fierté, leur mâle visage dont la barbe nourrie et la longue chevelure rehaussaient la virilité (-). Bien des siècles auparavant, Hérodote avait vanté leur courage et leur habileté dans les combats corps à corps. Membre de la famille indo-européenne, ce peuple avait quitté à une époque inconnue le berceau originaire et s’était porté vers le midi, cherchant une patrie nouvelle, une terre plus heureuse. Séparé de la branche indienne qui avait franchi l’Indoukousli et désormais isolé, il s’était établi dans le pays (pie nous venons de décrire, chassant devant lui ou soumettant à son pouvoir les populations qui l’habitaient avant lui. Parvenu à ce terme, il s’était divisé ; une partie avait pénétré en Perse et en Médie, tandis que l'autre, se fixait définitivement à l’ouest de rindoukoush.

Issu de la race caucasienne, le peuple éranien en avait toutes les qualités et les instincts moraux ; soustrait longtemps par sa position géographique à l’influence de la civilisation sémitique ou koushite, il sut plus que tout autre les conserver intacts.

Établis dans ce pays, les Éraniens septentrionaux se divisèrent en tribus qui formèrent les conti'ées dont les Grecs nous ont donné les noms : Chorasmia, Margiane, Sogdiane, HjTcaniè, Parthie, Arie, Bactriane, Paropamisades, Arachosie et Médie (occidentale). Ces noms figurent déjà en partie dans les inscriptions assyriennes où nous trouvons cités les pays de (Namri), Bakhtris, Madaî, Partuas, Nissa, Ariarva, Sattagu, Arakuttu et qui nous assurent ainsi de l’antiquité de !ces noms. Poussés par les Touras du Nord, les Éraniens s’avancèrent de plus en plus vers l’ouest et finirent par se trouver en contact avec l’empire d’Assyrie. Dans les relations des campagnes des rois ninivites on remarque facilement les déplacements des peuplades éraniennes. Ce n’est qu’à la fin du IX® siècle qu’elles se sont terminées. M. Lenormant a parfaitement noté tous les indices certains de ces migrations {Lettres assyriologiqiies, p. 23 et suiv.). Ce n’est qu’à la fin du IX® siècle que nous voyons les Assyriens en lutte avec les Mèdes arijaques. Sarkin (Sargon) encore, à la fin du VIII® siècle, dans trois inscriptions qui résument l’histoire de ses campagnes, ne parle de la Médie qu’en l’appelant le pays lointain {Insc. An. XIV. IL 2).

Pour la première fois nous trouvons des noms qui ont une apparence éranienne ;

(') Strabon XI. II. initio. — (’) Quint. Curt. VII. 4. post medium.

INTRODUCTION

{Dayauha, VII« Campagne), /sjoa&ara roid’Illipi; Khumha roi (\.'È\?lxù (X. 151, 3; XL 151, 9). Le Dieu Bagabarta(ll. 14) au paysd’f/mr^/m, levoiBagadatti au raontMildis (III. 146, 10, etc.) ('). Mais à cette époque même la puissance des monarques assyriens est sans cesse menacée par les Mèdes et Sarkin est obligé d’entreprendre campagnes sur campagnes pour maintenir sa puissance sur quelques tribus occidentales ; des peuples médiques, il ne nomme qu’un seul, les Guti-Mushi, qui, selon toute apparence ne sont pas aryaques. Sennacherib à son tour revenant d’une campagne soumet des tribus médi([ues dont ses pères n’avaient jamais entendu le nom (c. II. 29). Il est donc tout-à-fait improbable qu’avant le VIII® siècle les Éraniens aient eu avec les peuples sémitiques des rapports qui eussent pu modifier leur civilisation et leurs croyances. D’autre part, c’est un fait très remarquable que l’absence complète de mention d’un Dieu du nom d'Aliura ou Mazda, vaincu par les adorateurs de Bel. Ces derniers cependant ne se font pas faute de citer les Dieux des peuples soumis.

A la fin du VIII® siècle eut lieu un évènement qui put jouer un grand rôle dans l’histoire du mazdéisme ; Salmanasar transporta de nombreux prisonniers d’Israël en Médie et mit ainsi les Juifs en contact avec les Éraniens. Nous voyons alors le nom du Déva Aeshma employé par les Juifs pour désigner un démon biblique et ce Déva est le seul qui ligure dans les Gàthàs sous un nom propre.

Nous n’avons point à refaire ici l’histoire bien connue de la renaissance de la Médie, de sa formation en monarchie, des conquêtes de Cyrus et de la réunion des contrées éraniennes sous le sceptre de ce prince. L’histoire de ces pays antérieurs aux temps décrits par Hérodote nous est inconnue. VAvesta nous laisse seulement entrevoir, ce que du reste ou devait augurer d’avance, qu’ils eurent fréquemment à lutter contre les Touraniens de l’Oxus et de la mer Caspienne. L’école mythologiste ne veut voir dans les allusions de VAvesta que des souvenirs du mythe de l’orage, mais l’histoire nous apprend qu’en réalité les farouches cavaliers du Touran ravagèrent maintes fois et subjuguèrent même par moment les terres éraniennes. Hérodote nous apprend que les Scythes envahirent et dominèrent la Médie pendant de longues années (Hérod. I. 105).

D’ailleurs, les races touraniennes habitaient en plein pays aryaque et furent souvent causes de luttes intestines et de guerres dévastatrices.

Avant la fondation du royaume médique par Déjocès ou Cyaxare, les Mèdes, et les autres Éraniens aussi bien probablement, ne formaient pas un état centralisé. Ils étaient divisés par tribus (Yevé*) par clans aussi ((ppr,Tpai) ; et chaque groupe de population se gouvernait lui-même. Le trouble y régnait (xaf TaCxa aévTot Iouityi; ivotx.tr, ç tîoXX7]ç àvi ns^av TYjv Mr,Stx-riv). Les affaires communes devaient être fort peu nombreuses. Toute l’administration se bornait à celle de la justice et il semble que chaque xwixŸj, qui doit correspondre au viç avestique, s'y choisissait un juge elle- même. AtxatoauvYiv imdéusvoi; r'trxee est-il dit de Dejocès ; et les habitants de la Corné voyant son zèle et son habileté à juger les différents le constituèrent juge du pays (Sixaan^v ptv éwuxûv atpsWo. (Hérod. I. 95, 96).

(') Amm. Marc. XXIII. 6, 75, v. auth. — Diod. Sic. XVII. 81. — Arrien, anab. III. 37.

INTRODUCTION

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