‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 40 sur 686 · III. — Constitution · texte numérisé non relu

III. — Constitution

h'Avesta nous fournit très pen de renseignements sur l’état politique de l’Éran oriental, à l’époque où ce livre fut composé; on ne peut que glaner par çi par là (pielijnes indications indirectes, résultant des prescriptions de la loi.

On comptait dans la division du pays : la nmâna ou maison, famille, — le viç ou village, clan, — le zântu, tribu ou ville, — la dnnhu, contrées, et la dahhuçnçli, réunion de plusieurs contrées ('). A la nmàna présidait le chef de famille, aux autres divisions, un chef ou paiti chargé du gouvernement de la circonscription et de l’administration de la justice dans son ressort primitif comptait des livres spé-

cialement affectés à l’exposé des droits du souverain et des règles de l’administration de Injustice ; mais ils ne nous sont point parvenus (Vend. VII. 103 et suiv.; IX. 147 et suiv.). Ce qui nous reste semble démontrer qu’à la date de la composition, l’Éran avestique n’avait pas de roi, ou obéissait à un souverain étranger et lointain.

L’état politique de l’Éran que font supposer ces textes correspond assez bien à celui que décrit Hérodote. Cependant, il semble y avoir plus de régularité dans la constitution avestique. On n’y voit pas trace de l’avou-tr, dont paide l’historien grec.

La loi de Zoroastre ne semble pas avoir été la loi civile et politique d’un pays. Son application dépendait entièrement des dispositions de chacun des chefs particuliers et de rinfluence que les i)i’ètres exerçaient sur chacun d’eux. Par suite de circonstances seml)lables, nous voyons dans l'Inde les lois de Manou autoriser le prêtre à enlever un objet qui lui manque et qui est nécessaire au sacrifice, à condition toutefois (pie la chose ait lieu sous le règne d’un roi pieux et ami de la loi brahmanique (Manou XL 11).

La nation dans son ensemble se j)artageait en trois classes : les prêtres, les guerriers et les agriculteurs (•*). Ce n’était là cependant que des classes et non des castes séparées par une ligne de démarcation infranchissable. Aucune loi ne prohibait les mariages entre personnes de classes différentes ; l’aggrégation au corps sacerdotal n’était pas même, ce semble, interdite aux hommes des autres conditions. Il est impossible de dire si le fils d’un Atharvan devait l’ètre également, aucun texte ne per-

(') Ou peut-être simplement : » la puissance sur le pays. »

{-) Buriiouf pense que ces circonscriptions comprenaient un nombre déterminé de personnes ou plutôt de couples humains. Un couple composait la nmàna; 15 le vîç ; 30 le zântu et 50 la daiihu. 11 s’appuie sur une explication de Neriosengh (Yaçna XIV. 1) tout en la modiliant en ce qui concerne la nmâua. — Mais une division de ce genre ne parait guère possible. Le vîç doit être un groupe de maisons ou village, le zântu un certain nombre de vîç appartenant peut-être à une même (Voyez Burnouf. Étude, I. p. 367 dans le Journal asiatique, 1846). Aux Yaçna LXI. 13, XL 10, on a cru voir indiquée une réunion du ijcuple, une assemblée démocratique délibérant sur les intérêts communs d’un district (Comp. Hérod. I. 125, cire. init. — Manou, VII. 114-115), mais cette interprétation est des plus hasardées surtout en ce qui concerne LXI. 13.

(®) Le Yaçna XIX parle de trois genres de métiers et ajoute aux précédents celui des artisans. Ces derniers ne formaient cependant point une classe distincte. Et comme le remarque Spiegel, dans les pays montagneux ils devaient manquer complètement.

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met de supposer ni cette obligation ni l'impossibilité de s’élever au rang d’Atharvan (') Le secret imposé aux Yt. IV et XIV ne concerne que les formules magiques.

Aucun privilège politique n’était, semble-t-il, accordé aux prêtres. Le rang élevé qu’ils occupaient tenait à la prééminence de leurs fonctions. Eux seuls étaient les ministres du culte national, eux seuls pouvaient décider des choses de la loi et offrir aux esprits célestes des holocaustes agréables; eux seuls aussi annonçaient l’avenir et expliquaient les présages.

Leurs prérogatives étaient de peu d’importance et d’ordre purement religieux. C’était rexem[)tion de certaines prestations l'eligieuses, une part des offrandes du sacrifice, le droit à certains dons, etc. Il est i)robable que l’enseignement de la loi leur était exclusivement réservé. Le Vendidàd exige qu’il soit donné par un homme pur, mais il n’indique pas clairement que ce titre ne puisse, s’appliquer au simple fidèle observateur de la loi. Cependant, il est bien peu [)robable que les laïques s’adonnassent aux études nécessaires pour connaître et expliquer la loi. Les Parses modernes disent que les fils des prêtres peuvent seuls être prêtres, mais qu’ils peuvent aussi embrasser un autre état. VAvesta distingue plusieurs catégories de prêtres :

lo Le Zaotar, chargé de réciter les prières et les invocations ;

2*» Le Havana, auquel était confiée la préparation du Hôma ;

.‘1° Le Craoshâvareza, chargé de veiller A l’accomplissement des pénitences imposées par la loi ;

4° h'Açnâtar, dont la fonction était de laver et conserver les vases sacrés ;

5° V Aiarevàklisha, chargé de l’entretien du feu ;

6° Le Fraheretar, porteur des ustensiles; et d’autres ministres inférieurs, le Rath' wishare qui présidait aux cérémonies de purification, etc. (-).

Le nom général était Atharvan, c’est-à-dire l’homme, le prêtre du feu (^).

Les fonctions principales étaient : la conservation du feu sacré, l’accomplissement des cérémonies, des sacrifices et des purifications, le chant des prières et des invocations, l’étude et l’enseignement de la loi sainte. Ils ne pouvaient les exercer avant d’avoir reçu l’initiation par différentes cérémonies, avant d’avoir été revêtus du cordon sacré.

Ils devaient savoir VAvesta par cœur et le réciter sans la moindre omission. Les apprentis sacerdotaux s’appelaient aelhryas et hâvistas; les premiers étudiaient les livres sacrés ; les seconds s’exerçaient à l’accomplissement des cérémonies. Leur chef était Yaethrapaiti (chef de l’enseignement), l’Herbed moderne.

Les Atharvans n’avaient point des postes fixes comme les cure.s, chrétiennes. Aussi, VAvesta nous les montre allant de lieu en lieu pour veiller à l’observation de la loi

(*) Sous les Sassanides ou voit un laïque, Zarvândât, fils de Mîlu* Narses, parvenir à la dignité de chefHerbed. Comp. Geschichte der Perser itnd Araher... von Noldeke, pp. 110 et 452.

P) Quelques passages du Yaçna et du Vispered font mention du Zarathustrotema ou chef des prêtres inazdéens. Cette dignité correspond à celle du Mobed des Mobeds des Parses ; mais VAvesta ne nous apprend rien de l’origine de ce titre. Les chapitres qui en parlent n’appartiennent pas aux parties tes plus anciennes de ce livre (Voyez Vispered, IX. 6 ; I. 30; Yayna. I. 19; II. 29 ; III. 36).

{^1 Après la chute de la monarchie persane, toutes ces fonctions furent réduites à deux : celles du Zaota ou prêtre officiant (Jouti), et du Rathwi (raçpi), ministre servant.

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et aux pratiques de la sainteté. Le Yaçna XLI. 34-35 bénit leur venue. Le Yesht XVI. 17 parle del’Atharvan établi au loin; le Visp. XII. 19 de celui qui parcourt les danhus. Ils devaient être reçus et hébergés avec empressement (Vend. XIII. 127). L’Atharvan pouvait être médecin, lui surtout devait guérir par les formules sacrées (Vend. VIL 120; les Fargards XX et XXII en font jpartie). Pendant l’époque des Achéménides bien probablement le mot à'âtharvan fut remplacé par celui de mage que nous trouvons seul employé par les auteurs grecs et orientaux à dater d’Alexandre et même plus tôt encore; cependant le terme Tiupatôot dont se sert Strabonne peut correspondre qu’à celui (Vâtharvan. Nous reviendrons plus loin là-dessus. Notons en passant que le mot âtharvan ne se rencontre pas dans les Gàthâs ni dans le Yaçna Haptanliaiti.

VAvesla ne nous apprend rien de la condition spéciale de la classe des guerriers, il ne nous parle ni de privilèges, ni de distinction de rang. Le seul renseignement qu’il nous fournisse, c’est l’indication de leurs armes qui étaient la cuirasse, le casque, les jambards et la ceinture, l’arc, le glaive, la massue et la lance (Vend. XIV, 32 et s.). Il est cependant probable que la classe des guerriers ne comptait que les propriétaires en état d’avoir un équipage et des gens à leur service. Leur nom ralhaestâ (monté en char) l’indique suffisamment.

La classe des agriculteurs comprenait tout ce (pii dans la nation n’était ni guerrier ni prêtre. Les artisans ne manquaient probablement pas à l’Éran, car nous y voyons des ornements d’or et des vases de différents métaux, mais cette fraction de la troisième classe portait le nom de la partie la plus nombreuse et la plus importante. Le Vend. VIII. 259 et suivants énumère un grand nombre de métiers. Ailleurs, il est question de trônes, de tapis, de coussins (Vend. III. 86; VI. 105, etc.). Le Fargard XIV énumère de nombreux instruments.

Le peuple éranien, pour lequel VAvesta a été fait, était avant tout pasteur vâçtrya {ÙQvâçtra, fourrage, prairie) et engraisseur de bétail. ; c’était là le titre prin-

cipal de la classe travailleuse. L’agriculture devait en occuper au moins une partie, les Fargard III et VII le prouvent abondamment (Voy. spécialenaent III. 75-116 et Vil 93). Les Gàthàs ne parlent guère encore que du soin du bétail ; mais, VAvesta contient les exhortations les plus pressantes à la culture de la terre. Les Gàthàs sont encore tout empreints des traces des luttes soutenues par l’Éranien pasteur paisible, contre des nomades pillards. Le Fargard VIII semble fait pour un peuple nomade puisque les nmànas sont transportables, si le texte est bien compris et il semble qu’il le soit. Il doit en être de même des autres chapitres traitant de sujets analogues.

VAvesta prescrit en maint endroit les châtiments à subir pour l’expiation de fautes qu’il énumère. Ces prescriptions étaient-elles munies d’une sanction de l’ordre temporel, une autorité quelconque était-elle chargée de les faire exécuter contre le gré du coupable? c’est ce que l’on ne peut déterminer avec une certitude parfaite, du moins pour ce qui regarde l’époque de la composition des livres. Cependant, une circonstance nous porte à croire qu’il ne sagit dans tout cela que de prescriptions imposées à la conscience, sans appui de la force extérieure ; c’est qu’en plusieurs endroits le législateur menace des châtiments de l’autre vie celui qui n’exécute pas les pénitences prescrites, et que nulle part il n’invoque le secours de la force matérielle pour

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Taire exécuter ces sentences ('). Ces lois pénales imposaient l’obligation de faire des dons aux hommes purs, ou de tuer un nombre indiqué d’animaux ou enfin de poser certains actes dont nous examinerons la nature au chap. Ill du Vendidàd. Quelquefois la loi semble prononcer en même temps ces trois genres de peines.

On se demande si l’Éran avestique avait un roi à l’époque où ce livre fut composé. Il faut naturellement ici distinguer. A l’époque des Gàthàs cela parait certain. Le poète y demande de bons rois pour son pays « hukhshathrâ mâ né duskhshathrà klisliayentàm^ que de bons rois et non de mauvais régnent sur nous! s’écrie-t-il et il emploie le mot Khshathra qui désigne réellement un roi. Ailleurs \\(\\i»hhshathrâis yujén karapanô hâvayaç ca, etc. « Les Karapans et les Kàvis se sont unis aux rois pour désoler le monde humain par leurs crimes (Y. XLV. II).

Mais il semble que les souverains de ce temps n’étaient guère tels que le poète le désirait ; il les traite en général de çâçtaro dahynnâm, dominateurs des pays ; or, le mot çâçtar est généralement pris en mauvais sens. Il se })laint d’aillqurs qu’aucun ne favorise ni lui ni sa doctrine et il les traite de pervers, dregvanto (Y. XLV. I).

Dans V Avesta proprement dit, nous ne voyons aucune mention de ce genre. La constitution politique du pays avestique est réglée ; partout nous voyons les quatre divisions de la nmâna, du viç, du zantu et de la dahhu. A leur tête figure toujours un paiti. Le Yaçna XIX qui s’explique là-dessus d’une manière expresse dit qu’il y a quatre chefs et le chef supérieur est le dahhupaiti. Parfois il est parlé d’une danhu çaçH mais il ne lui est assigné de chef ni dans les énonciations directes ni dans les prières pour les maîtres du pays. Le XIX® Hà, au contraire, cherche à établir la supériorité du pouvoir spirituel. Il y a cinq chefs, dit-il, et le cinquième est le Zarathustra ou prêtre. Dans Ragha même le chef de dahhu est le Zarathustra en personne (Voy. § 52).

Cependant, le dahhupaiti peut être un petit souverain indépendant, voir même un prince d’une certaine puissance. Mithra est qualifié de dahhupaiti de toutes les dahhus (Yt. X. 145). Les chefs des nations qui se font la guerre sont des dahhupatayô {id. 8). Il ne semble cependant pas probable que des monarques tels que Darius et Xerxès pussent être qualifiés de dahhupaiti.

La conclusion la plus naturelle de ces considérations, c’est que ces parties de VAvesta ont été composées pour un pays et dans un temps où l’Éran avestique avait une constitution régulière encore nationale mais obéissait à un souverain éloigné qui laissait aux chefs locaux une assez grande indépendance. Les Gàthàs ont dù l’ètre plutôt à une époque d’oppression. On pense involontairement à la magophonie.

Il est vrai que les Achéménides appellent la Perse dahyu et s’intitulent hhshâijathiya dahyunâm.CQ titre serait-il l’équivalent de dahhupaitit Nous ne le pensons point.

Il n’est guère admissible que la reine eût pu être appelée danhéus dahhupaitim nairikàm (Yoy. Vend. VIL II2). Le Daùhupaiti doit être tout au plus un satrape. Le

(') Même dans ITnde brahmanique, les lois de Manou n’avaient pas une sanction civile constante. Cela ressort d’une manière évidente de ce passage où il est dit que le brahmane peut enlever un objet qui lui manque et qui est nécessaire au sacriflce, à condition toutefois (pie la chose ait lieu sous le règne d’un roi pieux et ami de la loi brahmanique. « clhârmiké sati râjm. » Manou XI. II. 12.

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Mazdéisme s’est formé en dehors de riiifluence royale; réloignement de la cour de Persépolis et le peu de popularité des Achéménides en Médie pourraient suflisamment expliquer le silence de VAvesta. D’autre part, la transformation des anciens personnages mythiques en rois issus des Dieux, l’attribution du Qarenô souverain à ces rois semblent déjà indiquer l’existence du roi des rois ; l’Arya védique ne se l»réoccupe point de ces vues monarchiques. Aux temps épiques, au contraire, commencent les dynasties royales. II en fut i)robablement de même de l’Éranien. Ces créations monarchiques datent du temps où un puissant souverain de sa race dominait le pays. La chute de Yima est probablement un pendant des défaites des Kshathriyas par les Brahmanes.

On ne doit pas oublier, du reste, que V Avesta composé de morceaux hétérogènes de dates très dilFérentes et que l’on ne jieut étendre une date d’un fragment à un autre sans raison suffisante. Tel argument s’applique à une i)artie, qui est inapplicable à une autre.

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