XLIII (XLIV
Questions diverses posées par Zarathustra à Ahura-Mazda, relativement à l'origine
des choses et à la loi mazdéeyme,
1. Je veux te le demander, dis-le-moi en vérité, ô Ahura. Comment vous honorerai-je d’hommages dignes de vous, ô Mazda ! Qu’un (ami) tel que toi l’enseigne à un ami tel que moi. Donne-nous tes secours par Asha (pour nous) bienveillant, en sorte qu’il vienne en nous par Vohumanô.
2. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura ! Quelle a été l’origine du paradis ? Comment faut-il seconder avec ardeur celui qui l’a créé ? C’est lui, en effet, auguste par sa sainteté, qui est le maître de la fin de tous les êtres, par l’esprit, l’ami des mondes, ô Mazda.
3. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura ! Qui fut le procréateur premier, le père de la sainteté ? Qui a établi le soleil et les étoiles dans leur voie? Quel est celui par qui la lune grandit et diminue? De toi, ô Mazda, je désire savoir ces choses et d’autres encore.
4. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura... Qui soutient la terre et les nues là-haut (^) (et les préserve) de toute chute? Qui (a fait) les plantes et les eaux ? Qui a donné la rapidité (de course), aux vents et aux nuages ? Qui est, ô Mazda, le créateur du bon esprit ?
5. Je veux te le demander, dis-moi, en vérité, ô Ahura... Quel artisan parfait a constitué la lumière (^) et les ténèbres? Quel artisan parfait a formé le sommeil et la veille (^)? Quel est celui par qui l’aurore, le plein jour et la nuit (existent) ? et les règles (^) dirigeant l’interprète du droit?
(1) Et qui soit notre récompense, qu’elle nous bénisse en nous donnant le bon esprit.
N. B. Ce chant appartient à une époque éloignée de l’origine du Zoroastrisme. Les vers 1,2, str. 3 le prouvent. On y voit, d’ailleurs, à peu près formée la légende qui fait de Zoroastre un prophète en rapport direct avec le dieu qui l’a choisi pour prêcher la loi.
Les vers du Gâthâ Ustavaiti sont formés de trois pieds ; les deux premiers de quatre syllabee, le troisième (catalectique) de trois. Le premier pied, en principe, ne comporte pas l’enjambement ; le second le tolère. Il semble cependant que le poète recherche les mots de trois syllabes pour terminer le vers.
(2) Peut-être : l’atmosphère. Adé—adâ.
(*) Peut-être : qui a créé la lumière, etc., œuvres parfaites.
(*) Comp. Zaeni. Vendidad, XIII. 112.
(6) Évidemment cazdônhvantem ne peut être le complément principal, la construction et le parai-
GATHAS.
6. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura ! Et je proclamerai ces choses si elles sont vraies. Est-ce que la sagesse augmente la sainteté par les bonnes œuvres, donnant la puissance aux tiens, par le bon esprit? Pour qui as-tu créé la vache grasse, qui fournit les offrandes (*) (à l’homme)?
7. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura ! Qui a créé la sagesse sublime avec la puissance? Qui a rendu le fils naturellement Q cher au père? Moi, je désire t’interroger sur tout cela, ô Mazda, esprit vivifiant, toi le créateur de tous les biens.
8. Je te le demande, dis-le-moi en vérité, ô Ahura... Pour connaître quelles sont tes ordonnances, et les enseignements que j’ai sollicités (de toi) selon le bon esprit ? et par quelle sainteté la perfection du monde est à obtenir ? Comment mon âme atteindra-t-elle les biens par lesquels elle s’élève, qui la réjouissent?
9. Je te le demande, dis-moi en vérité, ô Ahura... Comment sanctifierai-je la loi de l)énédiction que peut (seul) enseigner le maître de la puissance sage, un (Dieu) tel que toi, quant aux biens, ô Mazda, qui par sa puissance sainte, habite au siège (où il trône) avec Asba et Vobumanô.
10. Je te le demande, dis-moi en vérité, ô Mazda, cette loi qui est la plus parfaite de toutes celles qui existent et qui, unie à la pureté, donnera la prospérité aux mondes ; qui, par les maximes de la sagesse nous fera poser des actes conformément à Injustice. Que les désirs de mon intelligence se portent vers toi, ô Mazda !
11. Je te le demande, dis-moi en vérité, ô Ahura... Comment votre sagesse viendra-t-elle en ceux par qui ta loi se propage? Moi, j’ai été connu de toi le premier d’entre eux. — Préserve les autres (^) de la haine de l’esprit (du mal).
12. Je te le demande, dis-moi en vérité, Ahura... Qui est véridique, conformément aux questions que je t’ai posées ? Qui est menteur? Auquel des deux appartient l’être méchant ou destructeur (^)? Le menteur qui
lélisme des yâ ne permettent pas d’admetti’e cette interprétation contraire d’ailleurs aux versions pehlvie et sanscrite. Ou bien « qui avertissent le sage de l’ordre des temps. »
(‘) 4 Qui fournit les offrandes » par la chair, le lait, le beurre.
P) Par tendance convenable, un objet d’affection.
(3) Les autres, par qui la loi se propage. Voy. plus haut.
(*) Il est impossible de considérer anro et angro comme synonymes malgré l’interprétation des auteurs asiatiques ; la disjonction s’y oppose. D’un autre côté, on ne peut croire que le poète veuille indiquer ici simplement une double orthographe d’un même mot. Anra vient de la racine as^ jeter, détruire; angra, de ang ou angh
ÛATHAS.
s’oppose à moi et à toi par sa puissance (*) pourquoi, bien que tel, n’est-il pas réputé méchant (^) ?
13. Je te le demande... Comment repousserons-nous laDruje, l’écarterai-je d’ici, elle et ceux qui, pleins (^) (d’esprit) de désobéissance, ne se plaisent (^) point à suivre la vérité et n’aiment point les conseils du bon esprit.
14. Je te le demande, dis-moi en vérité, ô Ahura... Comment livreraije la Druje aux mains de la vérité, pour que celle-ci la fasse périr par les enseignements de ta doctrine, pour porter aux méchants un coup violent et attirer sur eux les angoisses et les supplices (®)?
15. Je te le demanderai, dis-moi en vérité, ô Ahura ! Si avec Asha tu commandes en maître absolu aux événements (®), lorsque deux armées se rencontrent avec hostilité (’), et (cela) par les lois que tu as établies? Comment et à laquelle des deux donneras-tu le triomphe ?
16. Je te le demande, dis-moi la vérité, ô Ahura! Qui sera vainqueur des ennemis de ton culte, par ta loi ? Enseigne-moi la sagesse d’une manière certaine, (montre) aux mondes leur chef (®). Que Çraosha (®) vienne avec le bon esprit vers celui-là, quel qu’il soit, vers qui tu veux qu’il vienne.
17. Je te le demande, dis-moi la vérité, ô Ahura ! Comment, ô Mazda, parviendrai-je à l’honneur qui vient de vous, à la puissance (que vous accordez) ? en sorte qu’il me soit (donné) une voix telle que par Haurvatât et Ameretât, je me trouve à la tête (de vos fidèles), par cette doctrine qui est un don de la sainteté (‘°) ?
18. Je te le demande, dis-moi la vérité, ô Ahura... Comment, par la sainteté, mériterai-je cette récompense : dix cavales grosses et un cha-
(•) Ou a mes avantages et aux tiens.
(2) Faisant le mal, les ennemis de la loi sainte ne passent point pour des impies, comme cela devrait être. UAngrô de cette strophe doit dériver de la même racine que Vangra de 47. 10.
(3) Combattre ne peut trouver place ici ; ces mots ne peuvent signifier : combattre pour la désobéissance.
(*) Diu, s’amuser ; ne se plaisent pas suivant la vérité.
(s) Les V. LU, 8 et XLV, 18 prouvent que ces deux mots désignent des maux, des châtiments. Lis. ashâi, Vendidad.
(«) Litt. : à cela que.
{^) Par non concorde.
(8) Ahura ou Zarathustra.
(9) Où l’obéissance à la loi.
(>o) Zoroastre demande une voix de prédicateur et de prophète et non une voix de chantre.Haurvatât et Ameretât désignent ici l’incolumité, l’immortalité.
GATHAS.
meau, qui me (seront) ô Mazda, un don (*) de Haurvatât et d’Ameretât, (don conféré) pour que je puisse te les offrir ?
19. Je te le demanderai, dis-moi la vérité, ô Ahura ! Si quelqu’un ne donne pas à celui qui l’a méritée, cette récompense que l’on donne à l’homme qui prêche la vérité (^), quelle sera dès maintenant le châtiment de cette faute qui atteindra le (prévaricateur)? Je sais celui qui sera pour lui le dernier (^).
20. Est-ce que jamais, ô Mazda, les Dévas ont été puissants (^)? Je te demanderai quel (châtiment est) pour ceux qui combattent (la loi)(®), parle secours desquels le Karapan, l’Uçikhs ont livré les troupeaux à Aeshma(®), par qui les Kavis ont été élevés en puissance Ç) ; Asha ! ne répands pas sur eux la rosée pour faire prospérer le pâturage.