XLV (XLVI
Plaintes du prédicateur de la loi mazdéenne persécuté par les puissants de la terre ; Une sait où fuir. — Il implore les secours d' Ahura-Mazda. — Il maudit ses persécuteurs et promet le ciel à ceux qui le protègent et l'écoutent. Hommage rendu aux protecteurs et aux premiers disciples de Zoroastre, bénédictions qui leur seront accordées.
1. Vers quelle contrée me dirigerai-je? Dans quelle direction irai-je avec l’entourage de mes proches et de mes clients (®)? Nul des pasteurs ne m’honore, ni les méchants non plus, les tyrans des contrées. Comment parviendrai-je à te satisfaire, ô Mazda Ahura !
2. Je sais pourquoi je suis ainsi sans ressource Q; je sais que je suis un homme faible au milieu d’hommes faibles. Jette les yeux, ô Ahura, sur celui qui élève (®) vers toi ses plaintes, lui apportant cette consolation
(1) Le pénible, pour le méchant.
(^) Nos hommes.
(3) Par la bonne naissance.
(*) Le datif hôi s’oppose à ce qu’on traduise : qui le proclame, le publie. Litt.: On a accumulé pour lui.
(®) Litt.: tous ceux autres que celui qui l’honorait. Il s’agit de Zoroastre.
(®) Avec l’entourage de la parenté et du client. Le mètre demande pairidàiti.
N. B. Le ton qui règne dans ce morceau, au commencement surtout, semble annoncer une composition assez rapprochée par sa date de la pi’emière prédication du nouveau culte. La fin est spécialement simple, elle n’est ni d’un homme qui veut se faire passer pour un prophète ou un thaumaturge, ni d’un disciple qui cherche à élever son maître au-dessus des conditions de la nature humaine.
g) Je sais, moi, que je suis. Kamnâ instr. ? ou lis. kamnô’, ou comp. çraoshavarexa,
(8) Je me plainds à toi, regarde, etc.
GATHAS.
qu’un ami donne à son ami. Donne-moi (*) par la sainteté la plénitude des biens de Vohumanô.
3. Quand viendront pour soutenir le monde pur, les manifestateurs des jours (*)? quand viendront, avec leurs actes et leurs enseignements, les esprits des prophètes de la loi ? A qui, pour leur bonheur, le bon esprit sera-t-il accordé (^)? Pour moi, je te choisis, ô Ahura, pour précepteur.
4. Le méchant protège ceux qui s’opposent à la sainteté et à la circulation des troupeaux à travers les champs et les contrées. Cet homme au langage méchant (‘) périra (®) par ses propres actes. Celui qui le prive de la puissance ou de la vie a suivi les chemins de la sagesse en ce qui concerne les troupeaux (®).
5. Si quelque puissant ne donne point ; si un noble tourmente celui qui a recours à lui, par des décrets Ç) ou des obligations imposées ; que le fidèle qui vit selon la justice, discernant ce méchant, révèle ce fait à l’autorité, qu’ Ahura Mazda le châtie dans sa superbe (®).
6. Et celui qui, le pouvant, ne le châtie pas, ira directement (®) parmi les créatures de la Druje. Celui-là est méchant, qui est regardé comme bon par les méchants. Celui-là est juste à qui le juste est cher. C’est ainsi, ô Ahura, que tu as établi les premières lois (du monde).
7. Quel protecteur me donnes-tu Mazda? car le méchant veut me retenir pour me torturer. Quel autre que le feu et l’esprit qui viennent de toi et par les actes desquels tu as afiermi la sainteté, ô Ahura? donnemoi (*°) cette sagesse, en faveur de ta loi (‘^).
8. De celui qui fait servir les êtres terrestres à me nuire, que l’inimitié ne m’atteigne pas dans ses actes ! que son corps soit frappé par une
(i) A sac.
(S) Ces mots s’appliquent ailleurs au soleil ou à l’aurore ; ici ils semblent désigner les prophètes mazdéens qui viendront annoncer et opérer la reconstitution du monde et le triomphe final des justes. C’est aussi le sens de ce qui suit.
(») Jimat semble devoir être pris impersonnellement.
(*) Dus âzha (hvê). Pehlvi dush stâmah et non stahamhak. Peut-être « aux mauvaises invocations, au mauvais culte. >
(‘) Ahu mush., est périssant.
(®) A appris à les sauver.
(7) Oppressifs.
(8) Ou peut-être : le fasse périr à cause de sa cruauté ; le méchant.
(9) Haêthahyâ. Comp. sitâ (î) Le mot est obscur.
(10) Dis-moi.Peut-être aussi: indique moi ce moyen de défense, cette protection. Cp. sanscrit dança, arme défensive.
(11) Afin que je puisse la propager
(12) Cp. atri.
(1») Qu’il arrive contre son corps
GATHAS.
haine de telle sorte qu’elle l’éloigne de toute félicité mais jamais du malheur, (qu’il soit atteint) par la haine, ô Mazda !
9. Quel est celui qui le premier m’a honoré par des offrandes (*), comme nous te témoignons notre amour par nos actes, toi le plus digne d’être invoqué, maître saint et pur? Ces choses que selon la vérité, a dit, selon la vérité, le créateur du bœuf, ceux-ci (mes disciples) désirent les (savoir) de moi (animés) du bon esprit (qui est) à toi.
10. (Avec) tous ceux qui, hommes ou femmes, ô Mazda Ahura ! me donnent à moi qui suis juste, des biens de ce monde que tu sais être excellents, des bénédictions et la puissance conforme au bon esprit ; (avec) ceux aussi que je pourrai amener à votre culte (^) avec eux tous je traverserai le pont Cinwat (et parviendrai ainsi au paradis).
11. Les -Karapans et les Kavis se sont unis aux puissances pour faire périr, par leurs actes coupables, le monde humain. Leur propre âme, leur propre nature les endurcissent de telle sorte qu’ils arrivent à l’endroit où est situé le pont Cinwat, (pour être à tout jamais) des habitants de la demeure de la Druje.
12. Mais si parmi les puissants descendants et arrière-neveux du Touranien Fryâna (^) il en naît qui par la sainteté et le zèle font prospérer les mondes de la sagesse, c’est que Mazda s’est uni à eux par le bon esprit ; Mazda Ahura commande pour leur bonheur.
13. Celui qui, parmi les mortels, honore par ses offrandes Zarathustra le Saint, celui-là est propre à prêcher sa doctrine. Mazda lui a donné le monde ; pour lui il a développé les biens terrestres par le bon esprit. Nous le considérons, ô Asha, comme votre digne disciple.
14. Zarathustra, quel ami fidèle et juste as-tu pour la grande œuvre ? Qui veut l’annoncer (au monde) ? C’est Kava Vîstâçpa, l’illustre guerrier. Je veux invoquer par des paroles de bienveillance ceux, ô Mazda Ahura, que tu as réunis (fait naître) dans la même demeure (^)
(') Quel est le premier offrant, qui m’ait honoré comme nous t’honorons ô Mazda?
(2) Ou bien : auxquels je m’attacherai en faveur de votre culte.
(3) Rien de plus important pour l’intelligence de ce chant, mais aussi rien de plus incertain que e sens de cette strophe. La tradition malheureusement n’eu a conservé l’intelligence que d’une manK rc très imparfaite. Elle traduit cependant Tùra par Touranien et en cela il n’est guère douteux qu’elle ait raison. On pourrait traduire également ; « Si parmi nos descendants il en est qui se soulèvent contre le Touranien. etc.» Notre première version se justifie mieux. Il semblerait qu’il y eût une famille touranienne qui eût embrassé la religion mazdéenne. Nous ne pouvons admettre les traductions de Justi et de Spiegel. Elles suivent le pehlvi en ce qui est évidemment faux.
(*) Les parents de Zoroastre.
GATHAS.
15. Haecat-Açpas, race de saints (‘), je proclamerai que vous avez su discerner le juste et l’injuste ; à cause de ces actes que vous avez posés, la sainteté vous a été donnée avec les premiers dons d’Ahura.
16. Frashaostra Q, va avec les ministres de la loi, Huogvide, va avec ceux que nous désirons, et bonheur soit à la création ! là où se rencontre la sainte Armaiti, où sont les forces excellentes (®) du bon esprit, où Mazda Ahura habite un lieu (toujours) prospère (^);
17. Où (sont) les louanges conformes aux règles saintes (®) mais rien en dehors d’elles, ô Jâmâçpa (®) Huogvide. Lui qui discerne les prières, les offrandes, faites avec l’obéissance prescrite, (lui qui discerne) ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, qu’Ahura-Mazda dirige tout par sa sainteté omnisciente Ç).
18. A celui qui est pour moi une (cause de) joie, que les biens les meilleurs soient (accordés) ! Puissé-je donner à celui-là, par le bon esprit, de ma plénitude de biens ; mais (que je cause des maux), des angoisses à celui qui nous causerait des angoisses. Mazda, Asha, je désire satisfaire vos vœux. C’est là, la résolution de mon intelligence et de mon esprit.
19. A celui qui fait pour moi Zarathustra, en esprit de sainteté, d’une manière parfaite, ce que je désire le plus(*), à celui-là on donnera la récompense du monde futur avec tous les biens que j’ai obtenus (et qui proviennent) de la vache mère (®). Tu sais ces choses parfaitement, ô Mazda, toi qui me les a annoncées.
(') Ce nom est pris ici comme patronymique (Haecat Açpa était l’aïeul de Zoroastre). Çpitamâonhô pourrait aussi être pris de la même façon.
(2) Premier disciple de Zoroastre et son gendre ; il prend iei place parmi les premiers ministres de la loi mazdéenne.
(3) Désirées.
(*) Ou : élevé {vared). Demâm ne peut égaler demand; dans ce dernier mot le n est essentiel.
(5) Ou les vérités divines, comme les pramândni sanscrits.
(5) Erère de Frashaostra, ministre de Vîstâçpa et protecteur de Zoroastre.
(^) Ahura est au nominatif,- Asha, au vocatif ou à l’instrumental : ces deux noms ne peuvent donc être apposés. Il manque deux syllabes au premier vers. Ce doit être le verbe dont dépendent les accusatifs, qui fait ici défaut.
(8) Le plus poussé en avant par la volonté.
(9) Ou grasse. Les biens de ce monde qui, pour l’Éranien de ces temps, se résumaient dans les troupeaux. Ce chant a un caractère de simplicité et de naturel qui en fait presque un morceau historique. Rien ici de merveilleux ; le prophète mazdéen y est réduit à la condition la plus ordinaire de l’humanité. Cela n’indique-t-il pas une origine très rapprochée de celle du mazdéisme même? Du reste la strophe 13 suffit à prouver que Zoroastre n’en est point l’auteur.
GATHA ÇPENTA-MAINYU (1)