‹ Avesta, livre sacré du zoroastrismeChapitre 54 sur 686 · CLXXXVII · texte numérisé non relu

CLXXXVII

le caractère historique de ces chants. En vain, y chercherait-on la légende zoroastrienne; Zarathustra n’y est point encore le prophète auquel la nature obéit et qui jouit des entretiens du Dieu créateur. On ne voit, au contraire, en lui qu’un mortel ordinaire, propageant à grand’peine sa doctrine, entouré seulement de quelques disciples ; réclamant la protection d’un roi qui ne peut même le préserver des coups de persécuteurs devant qui il doit fuir. Au Hà XLIII, il nous apparait posant une série de questions à Ahura Mazda, mais celui-ci se garde bien d’y réi)ondre; cette forme interrogative n’est donc qu’un tour poétique. Le Hà XLII seul fait exception ; à la str. 7 commence à poindre la légende des entretiens célestes et des miracles ; peut-être n’y a-t-il encore là qu’une forme de style, un développement de celle du Hà XLIII. Le Hà XXIX, récent du reste, parle aussi de la mission de Zoroastre mais pas de ses actes merveilleux. Partout, nous voyons le prédicateur du mazdéisme en proie à la persécution (XXXII. 13; XXXIV. 8; XLVHI, XLIX. 1, 2). Déplus, Zarathustra semble parfois ne pas avoir une connaissance parfaite de la loi (Voy. XLIII. 12 ; XLIX. 2).

On trouvera encore, dans les chants avestiques, plusieurs traits qui peuvent être historiques ; les efforts faits pour rendre le peuple sédentaire et cultivateur, la lutte religieuse et politique contre les tribus nomades Iraniennes ou Touraniennes et d’autres encore dont nous ne parlerons point ici pour ne point sortir de notre sujet.

De ce court exposé, il semble ressortir que la doctrine des Gàthàs est, au fond, la même que celles des livrés zends. H y a cependant entr’eux de notables différences. Dans les Gàthàs, le naturalisme a presqu’entièrement disparu. On n’y voit point honorer la terre, les eaux, les montagnes, les astres, etc; le rôle du mauvais esprit y est beaucoup moins important et moins actif ; il ne parait qu’en deux chapitres et nulle part il n’est élevé au rang àe paitiyârem, d’antagoniste du Dieu siqirême. Du monde des légendes et des génies éraniens on n’y trouve que le génie des troupeaux et Çraosha, l’adversaire d’Aeshma, Déva qui y figure également ; encore ce qui en est dit peut-il être figuré. Le seul vestige des usages antiques, qui s’y montre, est le culte du feu, mentionné deux fois, XXXIV. 4 et XLII. 9 (Coinp. XLII. 4 ; XLV. 7, etc.). La plupart des hymnes ressemblent à des méditations d’un monothéiste.

Les purifications et les autres pratiques n’y sont point citées ; on ne ])eut cependant inférer de ce silence que les auteurs des Gàthàs les rejetaient. Haug croyait trouver dans le GathàXLVII. 10 la réprobation du culte du Hôiua. Mais son argumentation repose sur un texte fautif, sur une forme qui n’est point zende et suppose l’introduction d’un mot sanscrit écrit selon l’orthographe zende : saomya.

Cependant, il est très remarquable que les Gàthàs parlent du culte du feu et dos offrandes et sacrifices et ne prononcent pas le mot de Hùma, ce ne peut être par hasard.

On ne peut non plus méconnaître que quatre des chants gathiques ont un caractère tout exceptionnel qui les distingue complètement des autres. Il en est deux d’abord, qui, seuls entre tous, proclament l’existence des deux esprits originaires et tous deux commencent d’une manière entièrement étrangère au reste, c’est-à-dire que l’auteur proclame qu’il va annoncer la vérité et demande qu’on l’écoute (Voy. Y. XXX et XLIV). Ces deux morceaux semblent donc appartenir à un même poète dilléreni des auteurs d’autres chants.

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INTRODUCTION

Le Y. XXIX qui met en scène Tàme du bœuf est unique en son genre; nulle part on ne trouve de semblable personnificaiion ni d’intervention de génie de ce genre. En outre, il est le seul qui parle d’une mission divine de Zoroastre. Enfin, le Y. XLII est également le seul qui fasse allusion à des entretiens de Zoroastré avec Ahura. Ailleurs, le prophète est un personnage purement humain. Ces faits sont certainement très significatifs et ne permettent pas de confondre ces hymnes avec les autres. Ils doivent être moins anciens, car Zoroastre a pu s’élever au rang de projihète mais n’a pu en descendre. En comparant XLIII, XLII et XXIX on croit voir naître et se développer la légende zoroastrienne. L’apostrophe poétique devient entretien au Y. XLII et produit la mission du prophète au Y. XXIX.

Les deux premiers Gâthâs sont interrompus par une section composée de sept chapitres ou Hâs qui forment comme un livre à part dans VAvesta. Ils sont écrits dans le dialecte des Gàthàs et en prose. On leur donne le nom commun de Yaçna Haptanhâiti ou des sept Hâs.

On se demande quel est le rapport de ces deux parties de VAvesta. On regarde généralement les Gàthàs comme ce qu’il y a de plus ancien dans VAvesta. Cela se peut, si l’on considère les autres parties dans leur totalité; bien qu’évidemment les faits relatés dans d’autres morceaux appartiennent à l’antique mythologie éranienne ou même aryaque tandis que les Gàthàs proviennent d’une source toute différente et de date certainement postérieure, nous l’avons déjà dit. Mais on va plus loin encore ; on assimile complètement le Yaçna Haptanhaiti (Yaçna HâsXXXV-XLI) aux Gàthàs et il n’est pas rare de lire une phrase de ce genre : « Que telle croyance ait été admise par l’auteur des chants avestiques, c’est ce que prouve la mention qui en est faite dans le Yaçna Haptanhaiti. » C’est là cependant une assertion des plus hasardées. La seule raison que l’on puisse faire valoir, c’est l’identité des dialectes. On comprend où l’on irait avec pareil argument. Or, c’est là le seul point de ressemblance que l’on puisse y trouver, tout le reste est entièrement dissemblable. Les Gâthâs sont l’œuvre des poètes formés aux rhythmes que l’on trouve dans les Védas, le Haptanhaiti est prosaïque et de Informe la plus simple. Les premiers sont des exposés de doctrine ou des morceaux lyriques s’occupant principalement de la promulgation et de la propagation de la loi mazdéenne, le second n’est qu’une réunion de prières à réciter pendant le sacrifice. Les Gâthâs présentent à chaque pas des traces d’une lutte religieuse et civiiisatrice, le Haptanhaiti nous montre l’Atharvan offrant paisiblement des sacrifices à ses-génies protecteurs.

Mais ceci signifie peu de chose en soi. Ce qui doit servir à trancher la question, c’est que les doctrines exposées dans ces deux sections sont tout opposées. Les Gàthàs semblent tantôt inspirés par un monothéisme presque pur, et tantôt enseignent un dualisme formel.

Dans les sept Hâs, au contraire, l’ancien naturalisme se révèle plus fortement encore peut-être que dans le reste de VAvesta. Au Hâ XXXVI, le feu est invoqué directement; on lui demande de venir vers le Adèle, dans des sentiments de bienveillance, de le secourir, de le préparer au grand acte (le sacriAce ou la restauration finale). Le mazdéen y proteste qu’il veutl’honorer d’un esprit pur, avec une sainteté parfaite (XXXVI. 4, 0, 11). La forme d’Ahura Mazda y est proclamée la plus belle de

INTRODUCTION

toutes {Id. 14, 15). Au Hà XXXVIII, la terre et les eaux sont les objets des mêmes hommages ; c’est aux eaux directement que le culte s’adresse pour qu’elles se donnent d’elles-mèmes à l’homme (XXXVIII. 1, 7, 14, 15).

Le paragraphe 2 du Hà XXXIX va jusqu’à faire des âmes des bêtes bovines des objets de vénération religieuse. « Nous honorons par ces chants de louange l’àme du taureau et son corps (?) et nos âmes à nous et celles de nos bestiaux qui tendent à nous conserver la vie» (XXXIX. 1-3).

Il n’est point non i)lus sans importance de noter que le Haptanhaiti, bien que présentant certaines formes grammaticales propres au dialecte des Gàthàs, ne contient aucun de ces mots de structure bizarre que l’on rencontres! souvent dans ces chants: çpayathra, amôyaçtra, cazdônhvnt, daihish, daibitanâ, mareto, liâdroyâ, qâihronà et autres semblables. Cela peut être un effet du hasard, mais il se peut très bien aussi que ces termes fussent tombés en désuétude à l’époque de la composition des sept Hàs. Tout en eux, du reste, a un aspect plus moderne, [plus semblable à celui de VAvesta proprement dit et par les'tours et par les répétitions et énumérations. Il y a donc tout lieu de les croire plus récents que les Gàthàs et par conséquent de provenance différente.

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