I. — Origine de l’Avesta
Les recherches précédentes ont rendu très facile la solution de cette double question. La religion de VAvesta était celle des Mages, le témoignage unanime, constant de l’anti(}uité et du moyen-àge ne laisse aucun doute à cet égard. Les auteurs grecs, latins ou orientaux l'attribuent partout et toujours aux Mages, aux Mages seuls et à personne d’autre. Dès que le nom de Zoroastre parait dans les écrits historiques ou philosophiques il est qualifié de Mage ou de chef des Mages. Voyez Apulœjus. Florid. p. 19, édit. Altib. Pline dit qu’Hermippe a écrit de tota arte magica et a expliqué les sentences de Zoroastre. H. N. XXX. 1, 2. ZwpoacrrpYiç ô piiYoç. Clem. Al. Strom, p. 357; Zwpoa'dTpYiî ô (juxyoç. Plut. De Iside, 46; Dio. Chrys. Borysthenica, XXXVI. p. 448 (Dindorf); toùç o’àito Zwpoaaxpou [xiyouç. Plut. Quœst. Conviv. IV. 5, 2. Aristote ou Rhodon écrivent : Ttepl Zwpoa'uTpou toü piiyou. Suidas, verb. Anthistenes. Zoroastre fut le chef des Mages ; wv apçat Zwpox<TTpï)v, Hermodore ap. Diod. Laert. Proœm. 2. De même, Ostanes, Gobryas, etc. sont qualifiés de Mages (Voy. Ibid, et Tat. Oratio ad grœcos, p. 74, éd. Ott.) La doctrine de Zoroastre est appelée piayeîa par Platon ou l’auteur de V Alcibiade.
Les écrits des auteurs grecs, relatifs aux doctrines zoroastriennes ou avestiques ont tous un titre indiquant que les Mages en étaient regardés comme les auteurs. Ce
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sont entre autres le Maytxbv d’Aristote ou de Rhodon, le IlEpi aayojv d’Hermippe, les Mayixà de Xantlius.
Les doctrines attribuées aux Mages sont celles de VAvesta et du mazdéisme. On en a déjà vu quelques traits dans Hérodote et dans Strabon. Les chapitres 46 et 47 de Plutarque de Iside et Oriside sont un résumé des théories avestiques et le tout est donné comme l’enseignement des Mages.
Citons encore quelques exemples. D’après les témoignages des auteurs grecs, les Mages enseignent la résurrection et l’immortalité des hommes dans le monde futur (Diog. Làëvt. Proœm. 8); ils professent le dualisme, le bon et le mauvais princii)e, Ahura-Mazda et Anro-Mainyus (Porphyr. Vita Pythog. 41).
La défense de brûler les corps ou de souiller le feu est rapportée à Zoroastre (Nicolas Damasc. f. 65). Les Mages permettent le mariage entre les parents du premier degré (Voy. Clem. Alex. Strom. III. p.515, édit. Potter; Diog. Laërt. Froœm. 6).
C’est aux Mages que les Perses fidèles portent les animaux impurs tués selon les prescriptions de la loi. Agathias, IL 24, etc.', etc.
Pendant la période arsacide, la religion zoroastrienne disparût presque entièrement de la scène; mais aussitôt que la révolte d’Ardeshir a rendu la Perse à elle-même, VAvesta règne complètement et ce sont les Mages qui en sont les Docteurs. Magô gabrâ, dit le Dinkart I. 4. Aussi, le mot mogpat, chef des Mages, contracté en Mobed est devenu et reste encore le titre des prêtres zoroastriens ou parses. Chez les auteurs perso-arabes du moyen-âge, le prêtre avestique ou ignicole est également appelé
Toujours on a considéré les Mages comme les prêtres de la Perse. Ainsi, Apulée (Apol. I) dit : « Persarum linguà magus est quod nostrà sacerdos; « et Hesychius : « Maybv sivat tov OeoAôyov xai Upéa o'i Hépaat ouxw? Xéyoudiv. » De même Suidas : « Maybt Tcapcc nÉpffat; ot «piXbffO'^ot xat cptXoQsot cov T|px£ ZwpoaffxprjÇ. »
Le passage d’Agathias cité quelques lignes plus haut est non moins concluant. Les auteurs les plus anciens font également des Mages les prêtres et les sages de l’Éran. On a vu précédemment le témoignage d’Hérodote. D’après Xénophon, ce sont les Mages qui règlent le culte près du roi de Perse.
Nous ne parlons ici que des Mages mazdéens. Le mot Mage a dans les auteurs anciens un sens mai défini ; il désigne parfois, même les sages et devins delà Chaldée et aussi des prêtres ou docteurs éraniens qui suivaient des pratiques chaldéennes ou touraniennes; ceux, par exemple, qui, au dire de Plutarque, sacrifiaient à Anro Mainyus (si cet auteur n’a point fait confusion); ou qui pratiquaient l’abstinence de viande et ne vivaient que de lait et de fromage. Les Mages dont nous parlons sont ceux dont Hermodore dit que x-rg yovjxtxYiv fj.avx£i'av oùS’ eyvwaav. Ils ne connaissaient point la dèvination magique.
Cicéron, Valere Maxime, Apulée disent que Pythagore visita Persarum magos (Cic. de fine bon. V. 29; Val. Max. VIH. 7, Ext. 2; Apul. Flor. p. 19).
On a vu d’autre part dans les passages cités plus haut d’Hérodote, de Pàusanias, de Quinte-Curce et du Dinkart, que les seuls livres et chants religieux de l’Éran appartenaient aux Mages et que la langue de VAvesta était la leur. Des témoignages qui se répètent pendant tant de siècles, sans qu’aucune voix discordante s’élève, ne peuvent être soupçonnés de fausseté ou d’erreur.
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La seule objection que l’on puisse soulever contre cette solution, c’est que VAvesla n’emploie pas le mot Mage et que ces prêtres soient désignés sous le nom (Y Atharvan.
Mais il n’y a pas lieu de s’arrêter à cette difficulté et cela pour les raisons suivantes :
D’abord, le mot Mage figure réellement dans VAvesta, une fois au moins et cela sous sa forme persane môghu (Voy. Y. XLIV. 25); peut-être^ aussi L. 15 et LU. 7.
Dans un des passages cités, Strabon dit que les Mages sont nommés IlupaiOot (allumeurs de feu), ce qui correspond à Atharvan (Str. XV. 733). Les Mages s’appelaient donc également Atliarvans.
Les Gàtliàs ne connaissent pas non plus le terme Atharvan, du moins on ne l’y rencontre jamais. Pour cette partie de VAvesta, l’objection n’a [donc aucun fondement. Il en est de même du Yaçna Haptanhaiti et par conséquent de tout ce qui est écrit dans le dialecte des Gàtliàs. Le prêtre de ces c\\dint% s’a.\)]}e\\Q Çaoshyant ,dèng paiti maitre de la sagesse ; déng-dàm, manUirâno dûtâ, messager de la loi. Atharvan était donc le nom antique des prêtres éraniens; les Mages en se substituant partout à ces derniers conservèrent l’appellation primitive à laquelle le peuple était habitué et dont la conservation rendait le changement moins sensible. Cela était d’autant plus naturel que le terme ancien désignait la fonction que les nouveaux docteurs remplissaient également, tandis que le mot Mage était plutôt une désignation de race et rappelait sans cesse l’origine étrangère de ceux qui la portaient, elle pouvait éloigner d’eux les Perses qui se souvenaient du faux Smerdis et de la magophonie.
Cette explication est confirmée par une autre réflexion d’un très grand poids : un système savamment coordonné comme celui de VAvesta, une législation disciplinaire aussi sévère que celle du Vendidàd ne peuvent avoir été créés et surtout imposés à l’Éran ou à une partie quelconque des terres éraniennes que par un corps savant et d’une grande influence. Or, dans toutes ces contrées il n’exista que la tribu des Mages qui pùt jouer un rôle de cette espèce.
Enfin, VAvesta lui-même nous apprend au verset 51 du Hà XIX que la contrée de Ragha était dominée par les prêtres avestiques; or, à Ragha c’étaient les Mages qui avaient la suprématie.
L’histoire des Mages est assez facile à tracer.
Au temps d’Hérodote ils formaient une tribu d’origine médique, mais ils s’étaient déjà répandus dans la Perse et étaient déjà parvenus à s’y rendre nécessaires pour l’accomijlissement des sacrifices. Toutefois, leurs doctrines n’étaient point encore reçues dans l’empire des Achéménides et leurs pratiques n’étaient pas encore suivies. On les imitait toutefois en plusieurs points, mais ceux qui s’y conformaient, relativement au traitement des cadavres humains spécialement, se cachaient avec soin.
Sous Cyrus et Darius, leur rôle principal était d’interpréter les songes. Voy. Hérodote I. 120, 128; Cicéron, De Divinatione, I. 33. Xénophon affirme qu’ils indiquaient au grand roi à qui il devait sacrifier en telle ou telle circonstance.
L’usurpation de Gômatas rendit les Mages maîtres du trône pour un instant; ils en profitèrent pour imposer partout leur religion, mais le triomphe de Darius détruisit pour quelque temps leur puissance. Ils ne tardèrent pas cependant à reprendre leur infiuence à la cour et sous Xerxès nous les voyons de nouveau les conseillers du prince. Ils figurent seuls dans le cortège religieux du dernier Darius et ils y chantent
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les hymnes dans la langue de leur pays ou de leur race (Quinte Curt. VIII. 5). Ils sont donc alors les seuls prêtres de l’empire éranien ; ils formaient même une tribu (eptiXov) en Perse à ce que dit Strabon (XV. 727).
Sous le règne des Arsacides ils s’étendirent de plus en plus. Ammien Marcellin a résumé leur histoire en ces termes d’une haute portée « Hujus originis apud veteres numcrus erat exüis ejusque mmisteriis Persicæ potestates in faciendis rebus divinis solemniter utebantur. Verum aucti paullaiim in amplitudinem gentis solidœ concesserunt et nomen ; viUasque inhabitantes nulla murorum fxrmitudine conimunitaset legibus suis uti permissi, religionis respectu, sunt lionorati » (Amm. Marc. XXIII. 6. 32).
Les Mages furent donc à l’origine peu nombreux ; ils l’étaient encore sous les rois de Perse et ces derniers s’en servaient comme de pi’êtres et de sacrificateurs. La manière dont les Mages obtinrent faveur auprès du roi des rois nous est indiquée d’abord par les passages d’Hérodote où nous les voyons expliquant les songes et les présages; puis par ces motsd’Ammien «■Ferunt..,etiamignemcælitus lapsumapud se sempiternis foculis, custodire; cujus portionem exiguam, ut faustum, prœisse quondam Asiaticisreglbusdicunt. « Ils flattaient les rois persans en prétendant, entre autres choses, qu’ils possédaient du feu descendu du ciel, et que ce feu représentait la majesté royale et rendait les rois des êtres divins ou assurait le succès de leurs entreprises.
Plus tard les Mages grandirent en nombre et en puissance ; ils obtinrent des terres étendues et y fondèrent des cités (') où ils vivaient indépendants de toute autorité autre que celle de leurs chefs.
Ces derniers faits arrivèrent après la conquête macédonienne; sous les Arsacides et les Sassanides, la puissance et l’indépendance des Mages ne firent que croitre. Aux derniers temps de la monarchie ils avaient près de Raï (Ragha) une forteresse qui était le lieu de défense du chef des mages (.Masmoghân). Khaled la détruisit et mit fin à cet état de choses comme à l’existence de la tribu sacerdotale mazdéenne (Voyez Yàqùt, s. v. Ustûnâvend dans le Dictionnaire géographique, historique et littéraire de la Perse, de M. Barbier de Meynard (p. 71). Si le mazdéisme est l’œuvre des Mages, si VAvesta l’est également, l’un et l’autre sont originaires de la Médie, car les Mages étaient mèdes comme l’attestent Hérodote I. 101, 120; HL 65, 73 et Ammien Marcellin XXIII. 6, 22.
Il résulte de ceci, d’une manière certaine, ce nous semble, que les Gâthàs sont l’œuvre exclusive des Mages, et que VAvesta leur doit la majeure partie de son contenu et sa forme dernière et qu’en conséquence, le lieu d’origine de VAvesta est la Médie ; sa langue, l’idiome médique en deux de ses dialectes.