CHAPITRE III FASTES DU ZOROASTRISME
On a vu précédemment que les origines de la religion avestique sont encore entourées de mystère, que les premiers renseignements certains, nous montrent les Mages cherchant à la propager en Perse, sous les premiers Achéménides. L’usurpation du faux Smerdis avait été une première tentative des Mages pour faire prévaloir leur doctrine. Maitres à ce moment du pays ils avaient voulu abattre les temples et soumettre les populations de l’empire aux lois de leur culte. La chute de l’usurpateur retarda leur triomphe. Mais leurs doctrines continuèrent à se propager. L’inscription S d’Artaxercés Mnemon prouve clairement que ce prince adopta le culte de Mithra et d’Anâhita. Il alla même plus loin ; à l’exemple des Sémites il introduisit en Perse les
INTRODUCTION
statues d’Anâhita et bâtit des temples. On a vu dans Hérodote l’introduction du culte de Mitlira. VAvesta ne régnait pas encore au dernier temps de la monarchie, mais, la religion mazdéenne devait être déjà largement répandue. Elle faillit périr, semble-t-il, avec l’indépendance de la Perse.
Alexandre, s’il faut en croire les récits orientaux, fit subir aux disciples de Zoroastre une persécution violente et livrer aux flammes tous les livres religieux de la Perse. Cette accusation est démentie, il est vrai, par tout ce que l’histoire nous rapporte de la politique d’Alexandre et de l’influence que les Mages conservèrent sous l’empire macédonien (') (Voy. entr’autres Pline. Hist. nat. XXX.2;XXXVI1.49, 55,58; XXVI. 9, etc. — Pausanias.V. 27. 3. — Dio Chrys. II. 60 éd. Dindorf). D’un autre coté, le dépérissement des croyances nationales, et la perte d’une partie considérable des livres sacrés de l’Éran ne peuvent s’expliquer que par une pression violente exercée sur les populations de ce pays. Les faits semblent donc se contredire ; cependant, il serait facile de lesconcilier si l’on admettait que la responsabilité de ces actes de tyrannie doit revenir non point au conquérant macédonien, mais à ses successeurs. Quoiqu’il en soit, la religion avestique, sous la domination macédonienne, végéta mais ne périt point.
Les effets delà conquête, les attraits de la mythologie grecque, l’influence de l’élément hellénique qu’Alexandre introduisit partout avec abondance, ne contribuèrent pas peu à sa décadence.
Il semble que les efforts du vainqueur se soient surtout portés sur la Bactriane, dernier refuge de la monarchie nationale, siège principai du culte avestique (^). Strabon, en effet, nous apprend que la langue de ce pays ne différait point pour ainsi dire de celle de la Perse. Or, quand les rois Bactriens furent obligés de donnera l’idiome populaire une place dans leurs édits et les légendes de leurs monnaies, ce n’est point une langue éranienne, mais une langue indienne, qui apparait sur les monuments de ces princes. La langue de VAvesta cessa dès lors d’être parlée et se conserva comme langue morte, grâce au livre sacré des Mages.
Le haut-persan antique tomba, vers la même époque, en désuétude. Plutarque, suivant son auteur qui vivait au IV® siècle, ne connaît déjà plus que la forme Ahriman (Ap£t'p.avoç) pour Mainyus.
Les rois Parthes qui renversèrent les Séleucides, et les remplacèrent dans la domination de la majeure partie de la Perse, ne furent pas hostiles à la religion zoroastrienne. Sous leur règne, elle vécut et s’étendit, mais dans de faibles proportions. Pausanias })arle des cérémonies du culte magique qu’il a vu pratiquer en Lydie vers le milieu du II® siècle de J.-C. Il est assez difficile de se faire une idée de la religion des rois Arsacides. Les Scythes, auxquels ils devaient leur pouvoir, ne semblent pas avoir eu un culte très développé. Sur leurs monnaies, les nouveaux souverains de l’Éran apparaissent d’abord dans l’attitude de divinités ; probablement ils se disaient issus des
(9 L’incendie de Persépolis et le massacre des prêtres persans sont cependant des faits incontestables. On sait en outre qu’Ale.’candre mit fin violemment aux pratiques avestiqucs concernant l’exposition des cadavres humains. Voy. plus haut, page xvii.
P) Comp. plus haut, p. xvii.
INTRODUCTION
Dieux, comme les Séleucides et se faisaient vénérer comme tels. Depuis Orodès on y voit le soleil et la lune. L’emploi de la langue hellénique et les titres que les rois Parthes se donnent, particulièrement celui de phUellône, montrent que leurs tendances les portaient plutôt vers l’élément grecque vers l’élément national,
Aussi, voyons-nous des divinités grecques figurer sur les médailles et monnaies à côté du chef des . souverains. Ces divinités sont principalement Ntxv), la victoire, et Pallas; parfois d’autres a’issi : Zeus, Héraclès, les Dioscures, etc.
Les Satrapes et les chefs particuliers restés indépendants, au contraire, font figurer sur les leurs, l’autel du feu, emblème de la religion des Mages.
Toutefois, s’il faut en croire Philon, les rois Parthes eux-mêmes, devaient, pour être agréés par la nation, être affiliés à la classe des Mages, et Tacite reproduit une lettre de Vologèse, dans laquelle il est dit que Tiridate se serait rendu à Rome pour y recevoir le diadème si sa qualité de prêtre ne lui avait rendu cette démarche impossible « nisi sacerdotii religione detineretur. » {Annalium 1. XV, 24.)
Cette relation de Tacite pourrait prouver que ces souverains étaient également chefs de la religion de leurs sujets; mais il est difficile de concilier l’assertion de Philon avec l’apparition des divinités grecques sur les monnaies royales, à moins que les figures des dieux helléniques ne fussent employées pour représenter des génies mazdéens ayant quelqu’analogie avec ces dieux. Peut-être aussi, ces monnaies étaientelles frappées pour les cités grecques.
Du reste, l’état de la religion avestique, au moment de sa restauration par les Sassanides, semble prouver que sous leurs prédécesseurs, elle n’avait guère joui des faveurs de la cour.
C’est sous le règne des Arsacides que nous devons placer un évènement très important pour l’histoire de VAvesta, à savoir la traduction du texte primitif en pehlvi. Que le pehlvi fût déjà employé en Perse dans cette période, c’est ce qui ne peut être contesté. Déjà, les rois Parthes l’avaient employé dans les légendes de leurs monnaies. Celles de Vologèse I (vers 51) et de Vologèse II, portent très distinctes, les deux lettres initiales VL, en caractères avestiques. Sur les drachmes et les tetradrachmes de Vologèse IV, de Vologèse V, d’Artaban V et d’Artabaz, on lit déjà les mots pehlvis imalhâ (le roi) et malhân malhâ, roi des rois.
Le pehlvi n’était pas seulement l’idiome officiel, il était reçu par les Perses euxmêmes comme une sorte d’idiome national. Cela est démontré par l’emploi que les restaurateurs de la nationalité persane en ont fait dans leurs édits et inscriptions, sur leurs monnaies, etc., par son fréquent emploi dans les inscriptions des bijoux et amulettes appartenant aux particuliers, inscriptions généralement religieuses.
A cette époque déjà, l’intelligence de la langue de VAvesta menaçait de se perdre complètement et avec elle la connaissance de ses lois et de ses croyances. Les Mages voulurent prévenir cette perte et firent, du livre sacré, une traduction dans la langue qui était alors celle des classes élevées et instruites ; langage bizarre, composé d’éléments hétérogènes, mi-éranien, mi-sémitique. Toutefois, leur travail se borna à transférer les trois livres qui servaient au culte nublic. à ce que l’on pourrait appeler l’office journalier du ministre avestique. Ainsi, le Vispered, le Yacna et le Vendidâd, rQçvvent une version à laquelle les Mages donnèrent uncarac-
INTRODUCTION
tère sacré. La langue de VAves^a, disaient-ils, est celle du ciel, la langue de la version est celle de la terre; mais l’un et l’autre livre proviennent de Zoroastre. Malheureusement, les Mages eux-mêmes ne comprenaient le texte que d’une manière incomplète. Aussi, leur traduction est-elle assez imparfaite. La monarchie des Parthes fut renversée en l’an 22d par Ardeshir (Artaxerxès, en persan moyen), flls de Babek, et la Perse retrouva son indépendance. Mais avec le nouveau roi ce fut le magisme qui monta sur le trône. Ardeshir, était de race mage. Mage lui-mème. Aussi, les princes Sassanides établirent-ils la religion de VAvesia, religion d’état et prétendirent-ils l’imposer à leurs sujets. On connaît les persécutions qu’ils exercèrent contre les chrétiens et les guerres qu’ils eurent à soutenir contre l’Arménie restée fidèle à sa foi.
Mais en premier lieu, ils cherchèrent à reconstituer le code de leur religioh,à réunir les parties éparses de VAvesia pour rendre à ce livre son autorité première ; puis à le faire expliquer et commenter pour en rendre l’usage possible. Mais de nombreuses difficultés entravaient cette oeuvre de restauration. Des fraction^ considérables de l’Muesfa ne se retrouvèrent plus; un grand nombre des livres qui le composaient avaient disparu pour toujours. D’autre part, pendant une longue domination étrangère, la religion des Mages, qui n’était point celles des cœurs persans, était généralement tombée en oubli, en discrédit. L’ignorance était devenue générale chez les ministres du culte comme chez leurs disciples. Un livre de l'époque, VArdâ-i-Vîrâ/'JVâmeh, nous peint l’état de la religion mazdéenne à cette époque, sous les plus sombres couleurs :
« Alors il y avait pour les hommes de la terre d’Éran, trouble et hostilité mutuelle. Pour eux, il n’était ni roi, ni chef, ni maître, ni Destour connaissant la loi. Ils étaient pleins de doute dans les choses de Dieu. La foi privée, la croyance dissidente, le doute et la loi sectaire se manifestaient partout dans le monde.
« La loi et la sentence judiciaire se faisaient selon ces fois et ces croyances sectaires et les peuples de la religion avestique étaient dans le doute.
« Après cela, il y eut de nouveau des Mages et des Destours et de ce nombre (il y en eut qui) étaient soumis à l’autorité (de la loi) et plein de la crainte (de Dieu). Ils furent appelés en assemblée (') à la porte du feu Frôbàg le victorieux. Il y eut là beaucoup de paroles de vues individuelles et de bonnes idées ; à savoir : Il nous faut chercher un moyen que l’un de nous aille (dans le monde des esprits) et rapporte la connaissance (de la vérité) du monde des esprits, afin que les hommes qui (vivent) en ce moment, sachent si ce sacrifice, ce clrôna, ces Afrings, ce Nirang cette consécration de l’eau, cette purification que nous (mettons en acte) accomplissons, va aux Yazatas ou aux Dévas, si elles servent à l’avantage de l’àme ou non. »
Ainsi, les Destours et les Mages ne savaient plus si leur culte, si leurs cro3'ances venaient de Dieu ou des esprits de mensonge. Partout étaient le doute et l'ignorance. La légende ajoute ; que l’on choisit sept Destours d’une foi convaincue, parmi lesquels on jeta le sort. Celui-ci tomba sur un saint et savant personnage nommé Viràf qui accepta d’entreprendre une ascension au ciel, malgré les supplications et les lamentations de ses sept femmes qui étaient en même temps ses sept sœurs. Viràf, plein de foi et de courage, prit un narcotique et s’endormit.
(') Litt. : une assemblée d’eux fut demandée.
INTRODUCTION
Pendant le sommeil, qui dura sept jours, son corps fut gardé à vue pour empêcher toute fraude. Son âme s’envola au ciel dont elle fit le tour sous la conduite deÇraosha et du Yazata du feu. De là, elle passa en enfer et vit les supplices des damnés, puis revint en terre annoncer à tous que la foi mazdéenne est la seule vraie. Tout cela n’est point du domainedu réel c’est évident; mais ne peut-on en déduire que Shapour ou quelque autre roi Sassanide usa d’un subterfuge pour ramener ses sujets à la foi zoroastrique ? Toutefois, la seule chose certaine, c’est que la religion mazdéenne n’avait plus que de rares adhérents sérieux, qu’elle s’était en outre divisée en une foule de sectes et que toutes se signalaient par l’ignorance do leurs chefs comme de leurs partisans.
Shapour I fît recueillir tous les textes avestiques traitant de philosophie, de cosmogonie, d’astronomie et de médecine.
Shapour II fixa le canon de ces textes et défendit d’abandonner la foi mazdéenne,
« Puisque notre loi est maintenant clairement vue dans le monde» dit-il, dans son édit, « que personne ne tombe plus dans une mauvaise doctrine (') » (Voyez Dinhart. I, 4-5, manusc. de Hang). »
Il se fit alors un grand mouvement d’étude et d’élucidation autour de VAvesta, ou plutôt de la version pehlvie. De nombreux commentateurs se formèrent, qui entreprirent d’expliquer les mots, les phrases, les antiquités, les cérémonies du culte. Enfin, sous Khosrou Parviz, il se fit un grand travail de révision et de condensation. Ce fut alors que parut probablement VAvesta pehlvi avec ses gloses, sorte de résumé des principaux travaux des commentateurs. On y distingue aisément plusieurs couches successives de gloses dont les secondes ou les troisièmes expliquent maintes fois les premières. Les rois Sassanides ne parvinrent point cependant à opérer une restauration complète et l’nnité religieuse, les sectes persistèrent et se succédèrent. On connaît la doctrine et l’histoire malheureuse de Manès. Une secte plus intéressante encore, parce qu’elle a laissé des souvenirs dans les gloses, c’est celle de Mazdak qui dogmatisa sous Qobad et parvint à entraîner le roi lui-même. Il prêchait la communauté des biens et des femmes et donnait ainsi libre cours aux passions. Mais aussi, il recommandait l’abstinence de la viande, à l’instar des bouddhistes. Son dualisme était mitigé, le mal n’étant pour lui que le produit de causes aveugles et il se faisait un Olympe peuplé d’êtres abstraits, à l’exclusion des génies éraniens. Les troubles que produisirent ses doctrines, amenèrent une guerre civile, dans laquelle le roi fut fait prisonnier parle parti des grands; Mazdak se sauva, Qobad évadé de sa prison remonta sur le trône et abandonna le novateur. Sous Khosrou Anosharvàn, successeur de Qobad, Mazdak fut saisi et mis à mort avec grand nombre de ses partisans et la secte disparut.
Du reste, les Sassanides eux-mêmes ne professaient pas les doctrines avestiques pures. L’édit d’Ardeshir II, que nous. a conservé Elisée, en est une preuve incontestable. Là, en effet, nous voyons Ormuzd et Ahriman, fils du temps infini, engendrés par ce dernier; doctrine très opposée à celle de VAvesta.
Enfin, au VII® siècle, la conquête arabe vint fondre sur la Perse et la soumettre au
{') Barâ shedküntano , ici, se laisser aller dans, et non abandonner.
INTRODUCTION
joug de Mahomet. La crainte et l’intérêt convertirent la plupart des Persans à la religion de leurs nouveaux maîtres. La foi mazdéenne dépérit promptement. Les Arabes qui voyaient dans les Zoroastriens igaicoles, des idolâtres, les méprisaient et les persécutaient. Les livres rnazdéens qui tombaient entre leurs mains étaient déchirés et brûlés.
Les rnazdéens habitant les villes furent parqués et relégués dans des faubourgs. Ainsi, au milieu du XVIP siècle, un village près d’Ispahan leur était assigné pour résidence et portait le nom de Gehr-IIahad, habitation des Guèbres. Geber était le nom que les Arabes donnaient aux ignicoles(^). On a voulu rapprocher ce mot du gijaour turc. N’est-il pas bien plus simple d’y voir le pehlvi gabra (■= mart), homme, employé fréquemment dans les livres parses comme l’avYip grec, quand il s’agit des rnazdéens (Voy. môggabrâ, un mage; gabraân-i-mazdayast, les rnazdéens). Toutefois, malgré le mépris des conquérants pour la religion du peuple vaincu, leurs historiens et leurs poètes ne dédaignèrent point de s’en occuper et de la combattre. Ils relatèrent principalement les fables qui avaient cours relativement à Zoroastre et aux héros légendaires de l’Éran. Naturellement, ils les traitèrent, le premier surtout, avec peu de faveur. Ils reconnaissaient bien en Zoroastre un haliim, un sage, un philosophe, mais ils le transforment, comme il a été dit, en un serviteur d’un prophète juif, chassé honteusement par son maître, lequel était Ezias, selon Abou Mohamed Mustapha; Jérémie, selon Bundàri; Elle, au dire d’Abul Pharaji.Tous trois s’accordent à en faire un lépreux. On a vu plus haut ce qu’en dit l’abréviateur de Khondémir.
Il serait trop long de citer tous les auteurs mahométans, arabes ou persans qui ont traité ces matières. On en trouvera les plus importants indiqués dans la liste des sources. Les Persans restés attachés à leur foi, ne furent pas non plus inactifs.
Dans un appendicé ajouté au Dinhart, nous trouvons quelques renseignements sur l’état de la religion zoroastrienne sous la domination arabe, et sur les efforts faits par les Destours pour sauver les livres sacrés :
« Après la destrucL.m et le trouble (causés) parles Tâziks (Arabes), aux fidèles de la loi, l’excellent(^) chef du feu Adarfrobàk, descendant de Farakh, chef des fidèles de la bonne loi, vint à la métropole du pays; ayant remis en nouvel ordre de leurs fragments les exemplaires (des livres sacrés) qui étaient dispersés ça et là, il les apporta à tous les fidèles à la capitale, après collation d’examen avec la bonne \o\,VAvesta Zend des premiers croyants et il refit les sentences antiques, sages et pleines d’élévation, d’après le zand admirable et plein de charmes de Zartuhast.
•< Adar Frobakân, chef des croyants passa (mourut), ceux de la bonne loi eurent à souffrir, les livres furent déchirés en fragments, ils devinrent vieux, usés et moisis (^).
« Après cela, le sage Ataropât-Admitàn, chef des fidèles de la bonne loi, attendant de Dieu de donner aide à la religion mazdéenne, cherchant un nouvel apparatus,
(') Ateshperest, qui consulte, invoque le l’eu (mot pehlvi) et azer késh, de la religion du feu. Les Arabes les désignent aussi spécialement par l’épithète de mussitatores parce qu’ils chantaient à voix basse les prières de l'office journalier. C’est ce qu’indiquaient déjà Xénophon, par les mots ô[xv£tv Toùç 0Eoùç (agi à'p.a ty] 7)p,£pa), et Pausanias par ÈTtaogTv.
(2) Notre traduction différé en plusieurs passages de celle de Haug, laquelle est parfois inadmissible.
(3) Ils vinrent à vieillesse, usure, pourriture.
INTRODUCTION
écrivit avec grande peine les prières et les sentences. Ce qui des Nosks était usé de vieillesse ou devenu poussière, était revenu aux (mains des) fidèles, les recherchant, les prenant, les emportant (même) par la force, il les réunit. Il eut recours à l’interrogation de l’intelligence céleste pour la recherche des sentences des anciens premiers croyants, pour faire connaître VAvesta. Il composa abondance de traités (chapitres) de la science, de la bonne loi. Son œuvre comprenait mille chapitres. »
Le grand ouvrage dont il est ici question est peut-être le Dinliart lui-même. Le DinUart ou « actes de la loi » est l’œuvre la plus considérable de toute la littérature mazdéo-pehlvie. Il contient des controverses avec un sectaire supposé; des explications sur divers points de religion ; puis des extraits des livres sacrés, l’indication des efforts faits par les rois Mazdéens pour développer et préserver la littérature religieuse, des réponses à diverses questions religieuses et astrologiques, le récit des merveilles qui se sont produites depuis le premier homme et se produiront jusqu’à la fin des temps, enfin, une énumération explicative des vingt-et-un livres de VAvesta primitif et des détails spéciaux sur quelques uns d’entre eux.
Le commencement de ce livre est perdu. Il datait probablement de l’époque sassanide. Les livres 5 et 6 portant le nom (VAtar Frôhâk mentionné précédemment, doivent avoir été écrits sous la domination arabe. L’activité des zoroastriens des premiers siècles de cette domination fut assez grande. Leurs livres religieux furent écrits en pehlvi d’abord puis en persan moderne ; plusieurs des livres pehlvis furent remis en moyen persan ou pârsi, quelques uns même en sanscrit. Ces ouvrages sont en général très précieux pour l’intelligence de VAvesta et la connaissance des points de doctrine qui n’ont plus leur expression dans les parties de ce livre qui ont échappé à la destruction ou à l’oubli. Nous en indiquerons plus loin les principaux.
Malgré ces efforts, la religion mazdéenne disparut peu-à-peu de la Perse. En 1697, Hussein, souverain de ce pays, força les Guèbres d’Ispahan d’abjurer ou de s’exiler (Voyez Chardin. Voyages, t. VIII. 227. — Daulier. Beautés de la Perse, p.51. — Hyde. Op. cit. 383. — G. Westergard. Zeiid Texts, p. 21, N. 4). Quelques milliers seulement de sectateurs fidèles, poursuivis de refuge en refuge, s’exilèrent, emportant avec eux leurs lois et leurs autels. Ils allèrent s’établir dans les Indes, au Guzarate et de là s’étendirent le long de la côte occidentale de la presqu'île jusqu’à Bombay ; ils y formèrent sous le nom de Parses (' ) des communautés qui subsistent encore aujourd’hui. La date de leur émigration paraît être le X® siècle. C’est à eux que l’Europe doit ses manuscrits de VAvesta, c’est au milieu d’eux qu’Anquetil alla chercher des maîtres. D’autres communautés, plus faibles encore, étaient restées au pays natal, à Yezd, au Kirman, mais elles sont demeurées jusqu’à ce jour isolées et presqu’inconnues. Westergard les visita mais n’y trouva plus que des gens peu aisés et sans instruction. Il ne put y recueillir aucun renseignement. Un passage de Flandin nous apprend où en est de nos jours la religion mazdéenne dans l’empire du Shah.
Un jour qu’il visitait la Perse, en scrutant ses ruines, il vit deux vieillards, à l’aspect vénérable, s’avancer lentement et avec circonspection vers la colline dont le pied
(') Les Parses semblent préférer celui de Zoroastrien (Voy. Peshotun. Op. cit. Préface, introd., p. 1, 3, 4, 5, 9, etc. — Edalg Dorabjî, cité dans cette introduction à la page 3).
INTRODUCTION
était alors le théâtre de ses explorations. Caché derrière l’angle saillant d’une roche, il les vit bientôt s’arrêter sur une élévation qui dominait la campagne et déposer à terre des pierres carrées que l’un d’eux tenait cachées sous les plis de sa longue robe. Sur ce piédestal informe, ces deux mystérieux personnages placèrent quelques branches sèches qu’ils disposèrent avec ordre ; puis, faisant jaillir une étincelle, ils allumèrent ces bois, se prosternèrent du côté de l’Orient et récitèrent des prières à voix basse, aussi longtemps que brilla la flamme de cet autel improvisé.
C’était là les derniers vestiges de cette religion puissante que les monarques Sassanides avaient voulu imposer à l’Orient; c’était le dernier acte du mazdéisme persan.