‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 105 sur 334 · Le poing droit · texte numérisé non relu

Le poing droit

ROLANB 409

Son cheval pique des éperons aigus,

Lâche la rène, vers Espagne s'enfuit.

Et tels vingt mille s'en vont derrière lui,

Dont pas un n’est qui le corps n'ait blessé.

Dit l’un à l’autre: « Roland nous a vaincus! »

Mais à quoi sert ? Si s'est enfui Marsile, Resté y est son oncle le calife,

Qui tint Carthage, Auferne, Garmalie,

Et Éthiopie, une terre maudite:

La noire gent en a en sa baillie!,

Grands ont les nez, et larges les oreilles,

Et sont ensemble plus de cinquante mille.

Ceus-là chevauchent fièrement et pleins dire; Puis ont poussé leur cri païen de guerre.

Ce dit Roland: « Là recevrons martyre, Maintenant sais que n’avons guère à vivre, Mais félon soit qui cher ne s’y vendra!

Frappez, seigneurs, des épéës fourbies,

Et disputez et vos morts et vos vies,

Que douce France par vous ne soit honnie!

Quand en ce champ viendra Charles messire 2, De Sarrasins verra un tel massacre :

Contre un des nôtres en trouvera morts quinze. Ne laissera que bénir ne nous veuille. »

1. C'est-à-dire : « Il en a sous sa puissance les noirs habitanis ».

2 Messire, c'est-à-dire mon seigneur. — Mes est le cas sujet de non, et sire celui de seigneur.

Quand Roland voit cette maudite gent,

Qui plus sont noirs que l'encre ne peut étre, Ni n'ont de blanc que seulement les dents,

Ce dit le comte : « Bien sais-je maintenant Que dans ce jour mourrons certainement.

Frappez, Français, je vous le recommande. »

Dit Olivier : « Maudits soient les plus lents! » À ces paroles, Français se précipitent.

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