‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 110 sur 334 · Gautier est descendu de sa montagne · texte numérisé non relu

Gautier est descendu de sa montagne

« Sire Gautier, ce dit le preus Roland, Eûtes bataille avec païenne gent,

Vous savez être vassal et combattant.

Mil chevaliers emmenâtes vaillants:

Étaient à moi, je vous les redemande.

Rendez-les moi, car besoin en ai grand. »

Répont Gautier : « N’en verrez un vivant; Laissé les ai en ce douloureus champ.

De Sarrasins nous y trouvâmes tant,

Turcs et Ermines?, Chananéens, géants, Ceus de Balise, des meilleurs combattants, Sur leurs chevaus arabes ct courants!

Une bataille avons faite si grand,

N'y a païen qui vers les siens s’en vante ; Soissante mille y en a morts gisants, Vengés nous sommes à grands coups de nos brants. Avons là-bas laissé morts tous nos Francs :

De mon haubert en sont rompus les pans, J'ai mortels plaies aus côtés et aus flans, De toutes parts en jaillit le clair sang,

Et tous le corps m'en va s’affaiblissant :

Bientôt mourrai, par le mien escient.

Je suis votre homme et vous tiens pour garant ; Ne me blâmez si je m'en vais fuyant.

— Ne le ferai, ce dit le preus Roland;

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