‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 119 sur 334 · On disait : prier à · texte numérisé non relu

On disait : prier à

Se met sur pieds, et de courir se hâte.

Beau fut et fort et de très grand courage ; Par son orgueil se met en mortel rage, Saisit Roland et son corps et ses armes, Et dit : « Vaincu est le neveu de Charles! Je porterai cette épée en Espagne. »

La prent en main, tire à Roland la barbe ; Comme il tirait, ses sens reprent le comte.

Roland sent bien qu'il lui prent son épée, Ouvrit les yeus, et lui a dit un mot :

« Bien il me semble que tu n’es point des nôtres! »

Tient l'olifant, que perdre ne voulait :

L’en a frappé sur le heaume gemmé, Brise l’acier et la tête et les os,

Tous deus les yeus lui mit hors de la tête, Et à ses pieds il l'a renversé mort.

Après lui dit : « Comment osas, glouton, Saisir mon corps à tort ou à raison ?

Qui l’apprendra, bien te tiendra pour fou.

De mon cor est fendu le pavillon,

Tombé en est tout le cristal et l'or. »

Ce sent Roland que la vue a perdue,

Se met sur pieds, tant qu'il peut s’évertue ; En son visage sa couleur a perdue.

Tient Durendal, s'épéëé!, toute nue :

Par devant lui est une pierre brune,

Dis coups y frappe par deuil et par colère; Grince l'acier, ne se ront ni s’ébrèche.

Et dit le comte : « Sainte Marie, à l’aide!

Eh! Durendal, bonne, mal vous en vint!

Vous vais quitter, plus n'ai besoin de vous.

Tant de batailles grâce à vous j'ai vaincues, Et tant de terres larges par vous conquises, Que Charles tient, qui la barbe a chenue!

Nul ne vous ait qui devant autre fuie !

De mon vivant ne me serez ravie.

Moult bon vassal vous a longtemps tenue, Jamais en France un meilleur ne sera. »

Roland frappa au rocher de sardoine :

Grince l'acier, ne se ront ni s'ébrèche.

Quand bien il vit que ne la put briser,

Lors en soi-même la commença à plaindre :

« Eh! Durendal, comme es et claire et blanche ! Vers le soleil tu reluis et reflambes !

Charles était en val de Maurienne,

Quand Dieu du ciel lui manda par son ange Qu'il te donnât à un bon capitaine :

Me la ceignit le noble roi, le Magne.

Lui en conquis et Anjou et Bretagne,

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