On disait : prier à
Se met sur pieds, et de courir se hâte.
Beau fut et fort et de très grand courage ; Par son orgueil se met en mortel rage, Saisit Roland et son corps et ses armes, Et dit : « Vaincu est le neveu de Charles! Je porterai cette épée en Espagne. »
La prent en main, tire à Roland la barbe ; Comme il tirait, ses sens reprent le comte.
Roland sent bien qu'il lui prent son épée, Ouvrit les yeus, et lui a dit un mot :
« Bien il me semble que tu n’es point des nôtres! »
Tient l'olifant, que perdre ne voulait :
L’en a frappé sur le heaume gemmé, Brise l’acier et la tête et les os,
Tous deus les yeus lui mit hors de la tête, Et à ses pieds il l'a renversé mort.
Après lui dit : « Comment osas, glouton, Saisir mon corps à tort ou à raison ?
Qui l’apprendra, bien te tiendra pour fou.
De mon cor est fendu le pavillon,
Tombé en est tout le cristal et l'or. »
Ce sent Roland que la vue a perdue,
Se met sur pieds, tant qu'il peut s’évertue ; En son visage sa couleur a perdue.
Tient Durendal, s'épéëé!, toute nue :
Par devant lui est une pierre brune,
Dis coups y frappe par deuil et par colère; Grince l'acier, ne se ront ni s’ébrèche.
Et dit le comte : « Sainte Marie, à l’aide!
Eh! Durendal, bonne, mal vous en vint!
Vous vais quitter, plus n'ai besoin de vous.
Tant de batailles grâce à vous j'ai vaincues, Et tant de terres larges par vous conquises, Que Charles tient, qui la barbe a chenue!
Nul ne vous ait qui devant autre fuie !
De mon vivant ne me serez ravie.
Moult bon vassal vous a longtemps tenue, Jamais en France un meilleur ne sera. »
Roland frappa au rocher de sardoine :
Grince l'acier, ne se ront ni s'ébrèche.
Quand bien il vit que ne la put briser,
Lors en soi-même la commença à plaindre :
« Eh! Durendal, comme es et claire et blanche ! Vers le soleil tu reluis et reflambes !
Charles était en val de Maurienne,
Quand Dieu du ciel lui manda par son ange Qu'il te donnât à un bon capitaine :
Me la ceignit le noble roi, le Magne.
Lui en conquis et Anjou et Bretagne,