S'épée — son épée
130 CIANSONS DE GESTE
Lui en conquis et Poitou et le Maine,
Lui en conquis Normandië la franche,
Aussi conquis Provence et Aquitaine,
Et Lombardie et toute la Romagne,
Lui en conquis Bavière et toute Flandre, Et Bulgarie et toute la Pologne, Constantinople, dont il reçut l'hommage,
Et dans la Saxe il fait ce qui lui plaît.
Lui en conquis Galles, Écosse, Irlande,
Et Angleterre, qu'il tient pour son domaine.
Conquis en ai pays et tant de terres,
Que Charles tient, qui a la barbe blanche!
Pour cette épée j'ai douleur et souffrance :
Parmi païens ne veus qu’elle demeure; Dieu ne permette que France en ait la honte! »
Roland frappa sur une pierre bise!, Plus en abat que je ne vous sais dire :
Grince l'épée, ne se ront, ni se brise, . Mais vers le ciel en haut a rebondi.
Quand voit le comte ne la brisera mie, Moult doucement la plaignit en soi-même :
« Eh! Durendal, comme es belle et très sainte! Dans ton pommeau y a bien des reliques :
Dent de saint Pierre et sang de saint Basile, Et des cheveus du seigneur saint Denis,
4, Sur une pierre d’un gris noir.
Du vêtement de la Vierge Marie.
Juste n'est pas que païens te possèdent,
Par chrétiens devez être servie.
Ne vous ait homme qui fasse couardise !
Moultes batailles par vous j'aurai gagnées, Moult larges terres par vous j'aurai conquises, Que Charles tient, qui la barbe a fleurie,
Et l'empereur en est baron et riche.
Dieu, ne permès que France en soit honnic! »
Ce sent Roland que la mort l’entreprent :
De vers la tête sur le cœur lui descent.
Dessous un pin il est allé courant,
En l'herbe verte sur la face s’étent ; Dessous lui met l'épée et l’olifant.
Tourna sa tête vers la païenne gent ;
Ainsi l’a fait parce qu'il veut vraiment
Que Charles dise et toute l'ost des Francs, Le noble comte, qu'il est mort conquérant !.
Clame sa coulpe ? et menu et souvent, Pour ses péchés à Dieu offritle gant:
Anges de Dieu le prirent à l'instant.