‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 134 sur 334 · Il a mort » équivalait à «il a tué · texte numérisé non relu

Il a mort » équivalait à «il a tué

A l’émir dites qu'amène son armée, Trouver les peut en la nôtre contrée.

Par moi lui dites que bataille il engage, Par les Français ne sera refusée. »

De Saragosse les clefs leur a livrées.

Les messagers tous deus le saluèrent ; Prennent congé, à ce mot s'en tournérent.

Les messagers à cheval sont montés ; Rapidement sortent de la cité,

Vers l'amiral s'en vont tout effrayés,

De Saragosse lui présentent les clefs.

Dit Baligant : « Que avez-vous trouvé ?

Où est Marsile, que j'avais demandé ? »

Dit Clarien : « Il est à mort blessé.

Hier l'empereur voulut les ports passer, Il s'en voulait en douce France aller ; Moult bien se fit en arrière garder :

Roland le comte, son neveu, y resta,

Et Olivier et tous les douze pairs,

De ceus de France vingt mille chevaliers.

Le roi Marsile y combattit, le preus; Lui et Roland fort assaut se livrèrent, De Durendal lui donna un coup tel

Que le poing droit lui a du corps coupé.

Il a tué son fils que tant aimait,

Et les barons qu'il avait amenés.

S'enfuit Marsile, plus il n’y put tenir,

L'empereur Charles longtemps l'a poursuivi.

Le roi vous mande que vous le secouriez, Céder vous veut d'Espagne le pays. »

Et Baligant commença à penser;

Si grand deuil a, presque en perdit le sens.

« Sire amiral, lui a dit Clarien,

En Roncevaux grand bataille y eut hier.

Mort est Roland et le comte Olivier,

Les douze pairs que Charle avait si chers ; De leurs Français y a morts vingt milliers.

Le roi Marsile le poing droit y perdit,

Et l'empereur longtemps l’a poursuivi.

En cette terre n'est resté chevalier

Ne soit occis ou dans l’Ébre noyé!.

Dessus la rive sont les Français campés ; En ce pays se sont tant avancés,

Dur, si voulez, leur sera le retour. »

Et Baligant le regard en a fier,

Joyeus et gai dans son cœur il en est.

De son fauteuil il se redresse en pieds, Puis il s’écrie : « Barons, point ne tardez, Sortez des nefs, montez et chevauchez !

Si ne s’enfuit Charlemagne le vieus,

Le roi Marsile, ce jour, sera vengé :

Pourson poing droit, de Charle aura la tête, »

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