‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 145 sur 334 · La quatrième échelle · texte numérisé non relu

La quatrième échelle

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[ls sont venus des marches d'Allemagne; Vingt mille sont, ce disent tous les autres.

Bien sont munis et de chevaus et d'armes, Pour nulle crainte ne laisseront bataille.

Les guidera Herman, le duc de Thrace :

Plutôt mourra que couardise y fasse.

Naimes le duc et le preus Jusserand

La quinte échelle ont faite de Normands :

Vingt mille sont, ce disent tous les Francs.

Armes ont belles et bons chevaus courants, Ne se rendront par crainte de la mort;

Sous ciel n'est gent qui plus vaillent en guerre. Richard le vieus les conduit au combat,

Y frappera de son épié tranchant.

La sixte échelle ont faite de Bretons :

Quarante mille chevaliers ils y sont ;

Bien ils chevauchent comme de vrais barons, Droites leurs lances, dressés leurs gonfanons. Le seigneur d’eus on appelait Eudon,

Il a mandé le comte Nivelon, $ Thibaud de Reims et le marquis Othon:

« Guidez ma gent, je vous en fais le don. »

Les trois répondent : « Votre ordre nous ferons. »

L'empereur Charles a sis échelles faites.

Naimes le duc, puis, établit la septme

De Poitevins et des barons d'Auvergne.

Quarante mille chevaliers peuvent étre, Chevaus ont bons et les armes moult belles :

À part se tiennent dans un val sous un terire, Les a bénis Charles de sa main droite.

Les guider ont Jusserand et Gaucelme.

Et l’huitme échelle a Naimes établie:

De Flamands est, et des barons de Frise.

Chevaliers ont plus de quarante mille ; Point ne sera par eus le champ quitté. Ce dit le roi : « Ils feront mon service.

Le preus Raimbaud et Hamon de Galice Les guideront comme bons chevaliers. »

Naimes le duc et Jusserand le comte

La ffeufme échelle ont faite d'hommes preus, C'est de Lorrains et de ceus de Bourgogne :

Cinquante mille chevaliers bien ils comptent, Heaumes lacés et vêtuës leurs brognes, Ceintes épées, à leurs cous targes doubles ;

Épiés ont forts, dont les bois sont très courts. Si les Arabes à venir ne renoncent,

Les frapperont, si le combat engagent.

Les guidera Thierry, le duc d'Argonne.

La dîime échelle est des barons de France:

Cent mille sont, nos meilleurs capitaines.

Corps ont gaillards, et fières contenances, Les chefs fleuris et les barbes ont blanches, Hauberts vêtus et leurs brognes doublées, Ceintes épées françaises et d'Espagne ;

Leurs beaus écus par signes se connaissent ; Épiés ont forts, et vigoureuses lances,

Et jusqu'aus ongles ils sont armés de mailles. À cheval montent, la bataille demandent, Monjoie ils crient, près d’eus est Charlemagne. Geoffroi d'Anjou y porte l'oriflamme;

Fut à saint Pierre et avait nom Romaine !, Mais de Monjoie là prit le nouveau nom.

L'empereur Charles de son cheval descent, Sur l'herbe verte se couche sur la face, Tourne ses yeus vers le soleil levant, [uvoque Dieu du profond de son cœur :

1. Entendez: « elle s'appelait d'abord Romaine, parce qu'elle avait appartenu à saint Pierre. »

« O Dieu, vrai père, en ce jour me défens, Comme il est vrai que tu sauvas Jonas De la baleine qui en son corps l'avait,

Et épargnas de Ninive le roi,

Et Daniel du merveilleus tourment Dedans la fosse des lions menacçants,

Les trois enfants tout en un feu ardent, Que ton amour, ce jour, me soit présent !

Par ta merci, Dieu, s'il te plaît, consens Que mon neveu puisse venger Roland?. »

Quand a prié, il se dresse debout,

Et sur son front fait le signe puissant 3.

Monte le roi sur son cheval courant, L’étrier lui tinrent Naimes et Jusserand.

Prent son écu et son épié tranchant; Gent a le corps, gaillard et bien séant, Clair le visage et bonne contenance.

Puis il chevauche, assis moult fermement.

Sonnent clairons et derrière et devant ;

. Sur tous les autres a bondi l'olifant 5, Pleurent Français pour pitié de Roland.

1. Entendez : « Tu as sauvé (épargné) Daniel de la dent des lions et les trois enfants du feu de la fournaise. »

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