CCLXXXIX
Moult est vassal Charles de France douce,
Mais l'amiral ne le craint ni redoute :
« Mort as mon fils!, dit alors Baligant,
Et mon pays à grand tort me disputes.
Deviens mon homme, et en fief te le donne. »
Leurs deus épées toutes nuës ils montrent,
Sur les écus moult grands coups s’entredonnent, Tranchent les cuirs et les bois qui sont doubles 2, Tombent les clous et se brisent les boucles ;
Puis ont frappé nu à nu sur leurs brognes,
Des heaumes clairs le feu en étincèle.
Cette bataille point ne peut s'arrêter,
Jusque À l'un d’eus son tort y reconnaisse.
Dit l'amiral : « Charles, bien réfléchis,
Et prens parti que vers moi te repentes.
Mort as mon fils, je l’appris par mes gens ;
À moult grand tort mon pays me veus prendre.
Deviens mon homme, en fief le te veus rendre ; Viens me servir d'ici qu'en Orient. »
Charles répont : « Moult grand honte serait ! Pais ni amour à païen ne dois rendre.