PROJET DE MARIAGE D’AIMERI
Après le départ de Charlemagne, Aimeri défendit la contrée contre les Sarrasins et conquit sur eus tant de terres que sa renommée s'’étendit partout. Son enseigne était redoutée depuis les ports d'Espagne jusqu’à la mer glacée. Un jour, il apprent que son père, le comte Hernaut, et sa mère sont morts. Sa douleur fut grande, et il fit construire en leur honneur une abbaye, où il y eut, depuis, mainte messe chantée. Aimeri était fils unique :
En héritage lui resta la contrée Qu'avait Hernaut à la fière pensée.
Moult eut grand terre, et riche et abondante Comte Aimeri, et gent moult redoutée ; Lui faudrait prendre femme.
Lors lui conseillent les petits et les grands : « Aimeri sire, par Dieu le tout-puissant, Prenez donc femme, n’attendez plus longtemps, Dont vous auriez, beau seigneur, un enfant Qui du pays fût après vous tenant !.
Si n'avez hoir, ce sera douleur grand, Joie en auront Sarrasins et Persans. »
Dit Aimeri: « Au nom de saint Amant !
Je n’en sais nulle en ce monde vivant, Qui conviendrait à moi ni tant ni quant, Ou qui ne soit de très près me tenant.
Au nom de Dieu, le père omnipotent, Si je n’en trouve qui soit moult avenante, Et qui soit sage et de parage grand, Point je n'aurai de femme ! »
« Seigneurs barons, leur a dit Aimeri, Je n’en sais nulle, en France ou en Berry,
Qui tiendrait le pays après vous.
Ni jusqu’à Rome, vraiment je vous le dis, Qui ne me soit parente, et moi à elle.
— Sire, dit Hugues au courage hardi,
Je en sais une, par Dieu qui ne mentit!
Jamais si belle de mes yeus je ne vis,
Le front a beau et le corps moult bien pris; Mais, par ma foi, elle est moult loin d'ici : C'est Hermengarde au beau corps élancé; De Pavie est la dame que je dis,
Fille à un roi dont parler vous ouïtes, Didier se nomme celui qui l’engendra; Pour frère aussi a le roi Boniface,
Après leur père ils tiennent le pays.
Maints hauts barons et maints comtes hardis L'ont demandée, je vous le certifie,
Mais n'en voulut prendre un seul pour mari.
Je revenais l’autre jour de prier!
Les deus apôtres qui de Dieu sont amis,
Ce est saint Pierre et puis saint Paul aussi; Parmi Pavie un soir m'en retournai :
Cette Hermengarde au beau corps élancé, Je la trouvai sous une arcade assise,
Quinze pucelles elle avait auprès d'elle.
Me demanda quel était mon pays,
Et je lui dis : la terre d’'Aimeri.
Pour votre amour ? la dame me chérit,
Et m'honora hautement et servit,