C'est-à-dire : « si vous nous arrêtiez
Pour cela seul que tel jactance avez,
Un tel salaire de nous vous en aurez,
Que jamais n’eûtes si terrible journée! !
Peu vous savez quels gens avez trouvés,
Fils à putain, folle gent insensée !
N’avons-nous pas chacun tranchante épée,
Et bonnes armes, faites à notre gré,
Et bon destrier qui court, jamais lassé ?
Par saint Denis, avant que soit véprée,
Aurez si fort cette barbe tirée*,
Que cette jupe sera ensanglantée! »
Dit Savari : « Bien je l'avais pensé,
Et j'ai vraiment dit vérité prouvée,
Que Normands êtes, qui tel orgueil menez:
On le voit aus paroles ! »
Quand l'Allemand orgueilleus entendit,
De Roussillon Girard, au cœur hardi,
Un peu sourit, et puis lui répondit :
« Vassal, fait-il, vous n'avez pas menti.
Normands avons et Angevins aussi,
Les meilleurs sont Français, bien vous le dis. Vers Boniface allons, droit à Pavie.
Lui demander pour le comte Aimeri
1. Nous vous recevrons de tellefaçon que jamais vous n'auïez ‘eu une journée aussi lerrible.
2. C'est-à-dire : « Du désespoir d'être vaincu, vous aurez si fort tiré votre barbe. »
Sa belle sœur, dont nous avons ouï!.
S'il la nous donne, sera pour son bonheur, Jamais ne fut dame mieus mariée. S'il ne le fait, en vérité le dis, Jamais de rien tant ne se repentit !
Lui et ses hommes en seront mal baillis 2, Il en verra son royaume appauvri, L'emmènerons captif tout malgré lui.
— Vous y mentez, vassal, dit Savari, Car cette dame, dont vous parlez ici, Me fut donnée, deus ans a et demi.
Plus m'a coûté, je vous le certifie, Que ne possède votre comte Aimeri.
Si vous allez plus avant, le vous dis, Serez tous pris et tués et honnis !
Mais allez tôt arrière ! »
« Seigneurs vassaus, n'allez plus en avant, Ce leur a dit Savari l'Allemand,
Je revendique la pucelle avenante !
Si avancez, folië ferez grande :
N'’en mènerez palefroi ni destrier,
Haubert ni lance, ni heaume reluisant ! »
L'entendent tous, moult en sont ennuyés.
Le comte Gui leur a dit hautement:
« Seigneurs barons, qu'êtes-vous attendant ?