Amicalement
Ne sont pas hommes, mais diables incarnés!
Allez, beau sire, pour Dieu la leur donnez,
Et ce pays moult tôt en délivrez !
S1 ne le faites, vous en repentirez. »
À ces paroles, s’en est le roi tourné,
Jusqu'au palais ne s’est pas arrêté.
Trouva sa sœur, qui moult eut de beautés ;
De ses pucelles elle était entourée.
Le roi fut sage et bien savait parler ;
Ses bras lui a tous deus au cou jetés,
Puis il lui parle avec grande amitié :
« Ma belle sœur, veuillez bien m'écouter.
Mariée êtes, si cela vous agrée,
Au plus haut prince qui soit de mère né, Qui chercher vous envoie. »
En une chambre, qui était peinte à fleurs, S'était assis le roi dans son palais,
Près de sa sœur à la fraîche couleur.
Il lui a dit bellement par amour:
« Ma belle sœur, allez avoir seigneur :
Donner vous veus un comte, le meilleur,
Le plus vaillant qui soit d'ici en Inde.
Soissante pairs de la terre de France
Vous viennent prendre, tous sont et ducs et comtes. En cette ville ils ont fait tel séjour,
Qui cinq cents marcs coûtait en quatre jours. » Et Hermengarde lui a dit par amour :
« Frère, fait-ell:, ne me tenez pour folle, Mais, par ma foi en le vrai Créateur, Jamais n'aurai ni mari, ni seigneur, Si ce n'est un, qui est de grand valeur, C'est Aiïmeri, le noble combattant, Qui tient Narbonne et le pays d’entour, Que refusèrent les petits et les grands, Tant redoutaient la gent des Sarrasins.
Et 1l la tient avec force et vigueur, Et la défent si bien contre païens Qu'il n’en perdit demi-pied ni trois doigts.
Et parce qu'on le tient pour le meilleur, Si bien vers lui j'ai tourné mon amour, Que, si ne l’ai, n'aurai mari nul jour, Car de lui seul me peut venir honneur.
M'a demandée Archambaut de Monfleur, Vieus est ce roi, et en faiblesse tourne :
Ne l'aurais pris, par Dieu le créateur, Pour le trésor de Charles l'empereur, Car en eût pu bien venir déshonneür ; Pour lui jamais je n'aurais eu amour, Tôt en fût venu honte. »
« Frère, lui dit la pucelle élancée, .
Au nom de Dieu, qui tout a en baillie ‘, N'ayez plus tant de grand avoir envie, Assez avez richesses réunies.