À cause d’Hermengarde
« Seigneurs, dit Hugues, francs chevaliers barons, Si m'en croyez, sur les destriers montons,
Et nos épées près de nous bien tenons.
À toute attaque, très bien nous défendons. »
Et ils répondent: « Le Seigneur bénissons ! » Chacun descent du mulet d'Aragon,
En destriers montent, sans faire plus d'arrêt, Puis chevauchèrent fièrement sur l'arçon, Jusqu’aus aguets où étaient les gloutons.
Quand Savari (maudit soit-il de Dieu !)
Vit les barons, nul ne fut si joyeus. | Dit à ses hommes : « Entendez mes paroles:
Mon escient, beau butin nous ferons, :
Ici reviennent les chevaliers barons.
L'autre jour firent moult grande occision
De notre gent qu'amené nous avions,
Mais n’en y a pas à si grand foison,
Et ceus qui viennent ne valent un bouton.
Si ne prenons, ce jour, la vengeaison
De ceus qu’ils ont occis par trahison,
Jamais nul jour honorés ne serons,
Car par eus sont morts nos bons compagnons, Dont j'ai le cœur tout plein d'affliction. »
Disent seshommes: «Plus longtemps qu'attendons? Contre nous guère tenir ils ne pourront. »
À ces paroles s'élancent les gloutons,
Et vers les comtes piquent des éperons.
Ceus-ci les voient, moult en ont grand frisson. « Seigneurs, leur dit Hugues le gentilhomme, - De bon conseil il ne vient que du bien;
Bien pouvez voir que mon conseil fut bon,
Car sur nous viennent, piquant des éperons, Ce m'est avis, les Allemands félons
Que l’autre jour déconfit nous avions.
Pour Dieu, seigneurs, qu'aimer moult nous devons, Gardez-vous bien, que chacun soit baron,
Et combattant et fier comme lion.
Si sommes peu, tant mieus les attaquons !
Vous voyez bien qu'échapper ne pouvons,
Ni d'autre part nul secours n'’attendons,
Ni aucune aide, sinon du Seigneur Dieu ;
Et bien sachez, si nous déconfortons,
Que contre eus tous tenir nous ne pourrons Plus que l’aloue! contre l’émérillon. | Hélas ! vrai Dieu, quel besoin nous aurions
Du bon vassal Girard de Roussillon, D'Ilernaut de Metz et d'Ors de Valbeton, Gautier du Mans, de Garin de Laon,
Et de Geoffroi, de Hunaut le Breton,
De Jusserand et du vassal Guyon,
Et des cinquante que derrière laissons!
Si fussent là ces chevaliers barons,
Peu dureraient contre nous ces gloutons.
Puisque je vois qu'avoir ne les pouvons,
Par Jésus, qui à Longin fit pardon,