‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 28 sur 334 · Quand je le commande · texte numérisé non relu

Quand je le commande

2. Bliaud est le nom d'une sorte de tunique. 3. Le vair estune variété du gris (gris clair).

Ganelon dit : « Pour moi tu n'iras mie.

Tu n'es mon homme, ni je ne suis ton sire.

Charles commande que fasse son service :

En Saragosse m'en irai vers Marsile ;

Mais y ferai, je crois, quelque folie,

Pour éclaircir cette mienne grande ire. »

L'entent Rolant, et commença à rire.

Quand Ganelon voit que s’en rit Roland, Tel colère a, près il est d’éclater.

Bien peu s’en faut qu'il ne perde le sens, Et dit au comte : « Je ne vous aime pas ; Sur- moi avez tourné le chois des Francs.

Droit empereur, vous me voyez présent,

Remplir je veus votre commandement. »

« Beau Ganelon, dit Charles, entendez :

De mienne part à Marsile direz

Jointes ses mains qu'il soit mon commandé, Et qu'il reçoive sainte chrétienté.

Demi-Espagne lui veus en fief donner ; L'autre moitié aura Rolant le preus.

Si cet accord il ne veut octroyer,

Sous Saragosse le siège irai porter.

Par force bien sera pris et lié;

À Aix mes bains sera tout droit mené, Par jugement sera là-bas fini! ;

Là mourra-t-il à deuil, à déshonneur.

Tenez ce bref? que voici tout scellé, Dans la main droite au païen le mettez. »

L'empereur Charles lui tent son gant, le droit ; Mais Ganelon là ne voudrait pas être.

Quand le dut prendre, le gant lui chut à terre. Disent Français : « Dieu! que pourra ce être ? De ce message nous viendra grand malheur. »

Ganelon dit : « Vous en orrez * nouvelles. »

XX VII

« Sire, dit-il, donnez-moi le congé.

Puisqu’aller dois, je n'ai plus à tarder. »

Ce dit le roi: « Pour Jésus et pour moi ! »

De sa main droite l’a absous et signé, Puis lui livra le bâton et le bref.

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