C'est un beau commencement
3. Entendez : « s’il veut s'en retourner avec ses nefs et ss barques. »
Dieu et saint Pierre, qui des âmes est garde, Et de sa part vous veus dire un message :
Que retourniez et vos nefs et vos barques, Et vos armées, qui sont ici campées.
Vous donnerai le trésor de l'autel, N'y restera ni calice, ni chape, Or ni argent qui un seul denier vaille, Plutôtqu'ymeurenttant de preushommes d'armes. » Répont le roi : « Tu n'es mië bien sage; Je suis venu dans mon droit héritage, Qu'ont établi mes aïeus et ancêtres, Et Romulus et Julius César, Qui fit ces murs, ces ponts et ces barrières. Si par la force puis ces piliers abattre, Je détruirai tout ce qui tient à Dieu, Ses serviteurs auront honte et dommage. »
Le sage pape en fut moult effrayé, N'y voudrait être pour tout l'or de Carthage! Libre passage il demande à l'émir :
Pour sauf-conduit trois Sarrasins lui donne.
Le roi Galafre encore à lui s'adresse :
Parlez à moi, sire au chaperon large ; Ne dites pas qu'aucun tort je vous fasse De la cité qu'est de mon héritage!
Prenez un homme, équipé de ses armes, J'en aurai un de mon riche lignage, Pour champions les mettrons en la place. Si votre Dieu a le pouvoir qu'il fasse Que le mien soit par le vôtre vaincu, Rome sera votre propre héritage,
CIIANSONS DE GESTE
Ne trouverez, dans le cours de votre âge, Qui vous en prenne la valeur d'un fromage.
S'il arrivait que parole ne tienne,
Mes fils tous deus retenez en otage :
Nulle rançon un denier ne leur vaille!, Mais les pendez tous les deus à un arbre ! »
Lorsque le pape entent ce discours sage, N'eût eu tel joie pour tout l'or de Carthage. Lors lui souvient du comte Fièrebrace,
Qui au moutier se tient tout adoubé :
Meilleur que lui ne peut porter ses armes.
Le pape voit que Dieu le veut aider,
Puisqu'un seul homme peut ses droits disputer. À l'ennemi sut réclamer son dû :
« Sire, fait-il, ne vous le veus celer,
Quand? par deus hommes il nous faudra plaider, Le champion je verrais volontiers
Qui contre Dieu veut Rome réclamer. »
Répont le roi: « Satisfaire vous vais. »
On lui amène le roi Corsolt à pied,
Laid et difforme, hideus comme démon;
Les yeus a rouges com charbon en brasier,
La tête large et hérissé le chef;
Entre les ÿeus, de large a demi-pied,
1. C'est-à-dire : «ne puisse leur servir, les sauver. > 2. Quand a ici le sens de puisgre.
Une grand toise de l'épaule au brayer!; Plus hideus homme ne peut de pain manger.
Contre le pape 1l a les yeus roulé ;
Bien fort s'écrie : « Petit homme, que veus?
Est-ce ton ordre, d'être si haut tondu ?
— Sire, fait-il, je sers Dieu au moutier,
Dieu et saint Pierre, qui pour nous est le chef. Et de sa part je vous voudrais prier
Que vos armées vous fassiez retourner ;
Vous donnerai le trésor du moutier,
N'y restera calice ou encensier ?,
Or ou argent qui vaille un seul denier,
Que ne vous fasse ici tout apporter. »
Répont le roi : « Mal tu es inspiré,
Qui devant moi oses de Dieu parler!
C'est l’homme au monde qui plus m'a courroucé : Mon père occit d'une foudre du ciel ;
Tout fut brûlé, je ne lui pus aider.
Prudent fut Dieu, quand ainsi l’eut tué,
Au ciel monta, ne voulut retourner.
Je ne pouvais là-haut l'aller chercher,
Mais de ses hommes, depuis, me suis vengé !
De ceus qui furent en son nom baptisés
J'ai fait détruire plus de quatre milliers, Brûler au feu ou dedans l’eau noyer.
Puisque là-haut ne puis Dieu guerroyer,
Nul de ses hommes ne veus ci-bas laisser,