‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 305 sur 334 · De la grève, de la rive · texte numérisé non relu

De la grève, de la rive

« Hé ! noble roi, par Dieu le droiturier, Comment aurons les pauvres prisonniers, Qui dans vos barques sont serrés et liés ? »

Répont le roi : « Follement vous parlez; Car, par la crois qu’invoquent pèlerins, Vous n'en aurez la valeur d’un denier Avant que sois par prêtre baptisé,

Puisque Mahon ne me peut plus aider.

— Dieu ! dit Guillaume, sois en remercié! »

Ne s’y est point lors le pape attardé,

Mais a bien vite fait les fonts préparer,

Le roi Galafre ils y ont baptisé,

Parrain lui fut Guillaume le guerrier,

Et Guiëlin et le courtois Gautier,

Et bien trente autres de vaillants chevaliers. Quant à son nom, ne lui ont point changé, Le lui confirment comme nom chrétien.

L'eau ils demandent", s’assiéënt au manger.

Quand ont assez ce dont besoin avaient, Comte Guillaume de table s’est levé :

« [lé! gentil roi, par Dieu le droiturier, Noble filleul, ici vous avancez.

Comment aurons les pauvres prisonniers, Qui en vos barques sont serrés et liés ? »

Répont le roi : « Il m'y faut aviser ;

Car, si savaient Sarrasins et païens

Que je me fusse ici fait baptiser,

Me laisseraient plutôt vif écorcher

Page 1