‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 306 sur 334 · Pour se laverles mains, suivent l'usage, avant le repas · texte numérisé non relu

Pour se laverles mains, suivent l'usage, avant le repas

Que de me rendre la valeur d’un denier.

Mais faites-moi de robe dépouiller, Et me mettez sur un mauvais sommier, Et avec moi quatre forts chevaliers, Si près du Tibre que je puisse appeler.

, Puis tous vos hommes faites appareiller Dessous ce mur, en ce bois d'olivier.

Si Sarrasins se veulent efforcer, Et qu'ils me veuillent secourir et aider, Tous soyez prêts à lances abaisser. \ — Dieu, dit Guillaume, par ta sainte pitié, Meilleur convers ne peut de pain manger!. »

Bien ils ont fait ce qu'il a demandé, Sauf de le battre; le lui ont épargné ; Mais l’ensanglantent du sang d’un lévrier.

De là au Tibre ne veulent s’attarder.

Le roi Galafre commence à appeler, Hautement crie : « Mon neveu Champion, Fils à baron, venez-moi donc aider!

Fais rejeter ici les prisonniers :

Lors seulement de prison sortirai. »

Dit Champion : « Mahomet t'a aidé, Quand pour rançon ton corps est épargné ! »

Le bateau font de la rive approcher, En ont tiré les pauvres prisonniers ; Mais les gloutons tant battus les avaient, Pour se venger d’avoir été chassés,

1. C'est-à-dire : « il n'y a pas au monde de meilleur converti que Galafre. »

Que tous avaient sanglante la ceinture, Et les épaules et le corps et la tête.

De pitié pleure Guillaume le guerrier.

Là où ils jètent les captifs de leurs barques, N'y a celui n'ait sanglant le visage,

Et les épaules et le corps tout entier.

De pitié pleure Guillaume Fièrebrace ;

Il voit le pape, à part il l’a tiré : |

« Sire, fait-il, par notre Seigneur Dieu, Maints nobles hommes sont ici le corps nu; Donnons-leur donc peaus et manteaus et chapes, Et chacun ait de nous or et argent,

Que retourner puissent en leurs pays. »

Répont le pape : « Npble et franc chevalier, Pour honneur faire doit chacun être large ;

Ce que vous dites il est bon que l’on fasse. » De là à Rome point ils ne font de halte ;

Pour les captifs ils ouvrirent leurs malles,

Et leur donnèrent et draps et peaus et chapes. Largement eut chacun or et argent,

Et bien s'en purent tourner en leurs pays.

Lorsque dans Rome ainsi furent rentrés, Comte Guillaume sur un perron s'assiét.

Voici qu'arrive le riche roi Guifier,

Tout aussitôt lui est tombé aus pieds :

« Noble homme, sire, bien vous m'avez servi, Sauvé m'avez des mains des ennemis,

Qui en leur terre m'auraient mené lié ; N'aurais revu mes honneurs ni mes fiefs.

Une fille ai, n’est si belle sous ciel :

Je la vous donne de gré et volontiers,

Si la voulez et prendre et épouser.

Et de ma terre aurez une moitié,

Après ma mort serez mon héritier. »

Répont le comte : « Îl me faut consulter. »

Ïl voit le pape, à part il l’a tiré :

« Sire, dit-il, prendrai-je cette femme ?

— Oui, beau seigneur, de gré et volontiers.

Bachelier êtes, de terre avez besoin »…

AXXII

Comme bien on pense, la fille de Gaifier était la p'us belle femme qu'on pût voir. Guillaume allait l'épouser, lorsqu'arrivent des messagers de France.

Deus messagers viennent à toute bride.

De France arrivent, ont leurs chevaus lassés, N'en pouvant plus, rendus et harassés.

Tant ont Guillaume cherché et demandé, Qu'ils ont le comte dans le moutier trouvé, Où il devait ce jour se marier;

Et le saint pape, qui fut noble et baron,

Était vétu pour la messe chanter.

L'anneau prenait pour la dame épouser, Quand à ses pieds viennent les messagers :

« Pitié, Guillaume, par sainte charité !

Du roi Louis peu souvenu vous est,

Car mort est Charles, le noble et le baron.

Au roi Louis sont les grands héritages,

Les méchants traitres l'en veulent hors jeter ; Un autre roi ils veulent couronner,

Le fils Richard ! de Rouen la cité.

Tout le pays bientôt sera perdu,

Noble homme, sire, si ne le secourez. »

L’entent Guillaume, s’est vers terre incliné. Il voit le pape, à l'écart l’a mené :

« Sire, fait-il, quel conseil me donnez ? »

Lui dit le pape : « Dieu en soit adoré !

À qui en veut, conseil doit-on donner :

En pénitence je vous veus commander

Que votre roi Louis vous secouriez.

Grand mal serait qu’il fût déshérité. »

Répont le comte : « Comme le commandez ? !

Votre conseil ne sera refusé. »

Guillaume baise la dame au clair visage, Et elle lui, ne cesse de pleurer.

De tel façon les voici séparés

Que de leur vie plus jamais ne se virent.

1. Le fils de Richard. | 2. Entendez : « je ferai comme vous le commandez. »

LUTTE DE GUILLAUME CONTRE L’'USURPATEUR ACELIN, FILS DE RICHARD DE NORMANDIE

S'en va Guillaume au court nez, le marquis.

De ses journées ne sais compte tenir ;

De là en Brie, de repos point ne prit.

Emmi sa route, rencontre un pèlerin, L'écharpe ! au cou, bâton de frêne en main ; Jamais ne vites si gaillard pèlerin.

Blanche a la barbe comme fleur en avril.

Le voit Guillaume, et de lui s’est enquis :

« D'où es-tu, frère ? — De Tours de Saint-Martin. — Sais-tu nouvelles ? Si tu peus, nous en dis. — Oui, beau seigneur, du petit roi Louis.

Car mort est Charles, le roi de Saint-Denis, Au roi Louis est resté le pays.

Les félons traîtres, que Dieu puisse maudire, Du fils Richard ? de Rouen, le fleuri *, Veulent roi faire pour la France tenir.

Mais un abbé, que Dieu puisse bénir,

Sous une voûte du moutier Saint-Martin

À fait l'enfant se cacher avec lui.

Hé ! Dieu nous aide ! dit le franc pèlerin,

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