‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 307 sur 334 · Richard le blanc, le vieus · texte numérisé non relu

Richard le blanc, le vieus

Où sont allés les chevaliers de pris,

Et les parents du preus comte Aimeri ?

Ceus-là savaient leur seigneur bien servir.

Par cette crois où le Seigneur fut mis,

Si j'étais homme qui pût le secourir, J'aurais des traîtres telle vengeance pris, Plus n'auraient cure de leur seigneur trahir ! » L’entent Guillaume, jète un éclat de rire, Bertrand appèle, tels paroles lui dit :

« Quand viîtes-vous si courtois pèlerin ?

S'il était homme qui pût le secourir,

Point il n'aurait de trahison ourdi ! »

Dis onces d'or donnent au pèlerin, Joyeusement ainsi le congédie.

S'en va Guillaume, et reprent son chemin.

Heureus est né qui a beaucoup d'amis !

Dans le chemin Guillaume a regardé, Venir y voit de chevaliers sept vingts:

Gaudin le brun les conduit, le marquis, Et avec lui fut le preus Savari,

Aus claires armes et aus chevaus de pris ; Îls sont neveus de Guillaume le preus,

En France vont aider le roi Louis.

Ce fut pour eus merveilleuse rencontre :

Ils s’entrebaisent, neveus sont et amis.

Ne pense à eus l'abbé de franc lignage, Qui eut en garde le petit roi Louis;

S'il peut encore un peu le garantir

Et tenir loin d’Alori et sa race,

Secours aura avant que trois jours passent.

S'en va Guillaume, le noble et franc guerrier, Et avec lui douze cents chevaliers.

Parmi sa troupe a fait un ban crier;

Lors chacun pique, qui cheval, qui destrier, Et il leur dit, sans point s'y attarder,

Qu'ils n'aient souci de cheval épargner :

Qui pert roussin, il lui rendra destrier.

« La trahison je veus voir commencer,

Je veus à temps savoir et m'informer

Qui veut de France être roi justicier.

Mais, par l’apôtre qu'invoquent pèlerins,

Tel maintenant est orgueilleus et fier,

 qui mettrai telle couronne en tête,

Que la cervelle lui viendra jusqu'aus pieds. » Disent Romains": « Cet homme a le cœur fier.

Que Dieu maudisse qui voudrait lui manquer! » De là à Tours ne se sont arrêtés. :

Moult sagement tout voulut disposer :

Mil chevaliers a mis en quatre aguets,

Il en emmène deus cents moult bien armés, Qui ont vêtu les blancs hauberts doublés, Dessous les coiffes les verts heaumes lacés, Et qui ont ceint les brants fourbis d'acier ;

Et tout près d’eus les écuyers portaient

On se souvient que le pape avait donné à Guillaume mille

chevaliers.

Les forts écus et les tranchants épiés,

Dont au besoin bien ils pourront s’aider.

De là aus portes n’ont voulu s’attarder ;

Le portier trouvent, ainsi lui ont parlé :

« Ouvre la porte, attendre ne nous fais,

Ici venons le riche duc aider : |

Ce jour, sera son fils dans le moutier Couronné roi, Français l'ont décidé. »

Quand il l’entent, enrage le portier,

Dieu invoqua, le père droiturier :

« Sainte Marie ! dit le courtois portier, Seigneur Louis, voilà mauvais secours |

Si Dieu n'y veille, qui tout a à juger,

N’en peus sortir sans la vie y laisser.

Où sont allés les vaillants chevaliers,

Et le lignage d’Aimeri le guerrier,

Qui leur seigneur si bien savaient aider ? »

Dit à Guillaume : « Vous n'y mettrez les pieds, Ÿ a déjà trop de traîtres gloutons,

Je ne veus pas que vous les accroissiez.

C'est grand merveille que terre vous soutienne, Car plût à Dieu, le Glorieus du ciel,

Que s’effondrât la terre sous vos pieds,

Et que Louis fût remis dans son fief!

De mauvais peuple serait vengé le monde. »

L’entent Guillaume, et tout joyeus en est.

Bertrand appèle : « Mon neveu, entendez !

Ouîtes-vous portier si bien parler ?

Si nous voulions lui dire nos pensers,

Bien aujourd’hui nous pourrait-il aider. »

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