‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 31 sur 334 · Il entre · texte numérisé non relu

Il entre

Avait pillé auprès de Carcassonne,

En main tenait une vermeille pomme:

« Tenez, beau sire, dit Roland à son oncle, De tous les rois vous offre les couronnes. »

Le sien orgueil l’aurait déjà dù perdre,

Car chaque jour à la mort il s'expose.

Qu'il soit occis, nous aurions tous la pais. »

AXXII

Dit Blanchandrin : « Moult est cruel Roland, Qui toute gent veut mettre à sa merci,

Et toutes terres comme son bien réclame.

Et par quel gent croit-il y réussir? »

Ganelon dit : « Par la française gent.

Ps l’aiment tant, ne lui failliront pas.

Or et argent tant leur donne en présent,

Muls et destriers, tapis et vêtements !

L'empereur Charles a tout à son désir.

Tout conquerra d'ici qu'en Orient. »

XXXIITI

Le Sarrasin regarde Ganelon :

Corps a bien fait et regard de félon.

Le corps lui tremble du haut jusqu'au talon, Et Blanchandrin ces paroles lui dit :

« Seigneur, dit-1l, entendez mes raisons.

Voulez-vous prendre de Roland vengeaison ?

Par Mahomet, faites-en trahison.

[Ce

Moult est courtois le roi Marsilion :

Tout son avoir aurez en abandon. »

Le comte entent, il baisse le menton.

Tant chevaucherent le comte et Blanchandrin, Que l'un à l’autre la sienne foi promit,

Qu'ils chercheraient que Roland fût occis.

Tant chevauchèrent et voiës et chemins, Qu'en Saragosse descendent sous un if.

Un beau fauteuil est sous l'ombre d’un pin, Enveloppé d'un tapis d'Orient.

Là fut le roi qui toute Espagne tint,

Tout autour lui vingt mille Sarrasins;

N'y a celui qui sonne ou tinte un mot,

Pour les nouvelles qu'ils voudraient bien ouir'. Alors voici le comte et Blanchandrin.

Blanchandrin vint devant Marsilion :

Par le poing tint le comte Ganelon,

Et dit au roi : « Que vous sauvent Malhon ?

Et Apollon, dont saintes lois tenons!

Votre message nous fimes à Charlon ;

Or ses deus mains en leva vers le ciel, Loua son Dieu, ne fit autre répons.

. C'est-à-dire : « tant ils veulent entendre les nouvelles. » . Mahon = Maliomet.

Ci vous envoie un sien noble baron,

Qui est de France, ilest moult puissant homme. Par lui orrez ! si aurez pais ou non. »

Répont Marsile : « Qu'il dise, nous l’orrons. »

Mais Ganelon avait bien réfléchi :

Habilement il commence à parler, Comme celui qui bien faire le sait,

Et dit au roi : « Sauvé de Dieu soyez,

Le glorieus, que devons adorer!

Ceci vous mande le baron Charlemagne, Que receviez sainte chrétienté.

Demi-Espagne vous veut en fief donner, - L'autre moitié aura Roland le preus; Moult orgueilleus compagnon y aurez?.

Si cet accord octroyer ne voulez,

Sous Saragosse va le siège porter.

Pris et lié par force vous serez,

À Aix ses bains en serez amené,

Par jugement là-bas fini serez ;

Là mourrez-vous, à honte, à déshonneur. »

Le roi Marsile en fut moult courroucé.

Tint une flèche, qui d’or fut empennée, l‘rapper l'en veut, mais en fut détourné.

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