‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 311 sur 334 · Il louve Acelin · texte numérisé non relu

Il louve Acelin

3, Tous l’entendant.

CIANSONS DE GESTE

Jamais Louis ne vaudra un bouton.

Je sais que moult est Guillaume prud'homme !, Mais encor n’a ni terre ni richesse :

Tout à choisir je lui en donnerai,

Une contrée aura toute pour lui,

Dis muls chargés d'or fin et de mangons;

Lors sera-t-il à merveille riche homme !

— Vrai, dit Aleaume, vos paroles perdez:

Ne le ferait ? pour tout l'or d'Avalon.

Aussi vous mande, pourquoi le cèlerions ?

Plus cruel chose qu'encor dit nous n'avons:

Si à Louis refusez d'obéir,

Avant le soir en serez si honteus,

N'y voudriez être pour tout l'avoir du monde ! » Dit Acelin: « Que Dieu en soit béni !

Puisque ne trouve en lui pais n1 amour,

Je le défie, et par vous le lui mande ! »

Et dit Aleaume : « Entendu vous avons.

Je vous redis aussi de notre part:

Je vous défie, devant tous vos barons! »

Acelin fut moult orgueilleus et fier, Regarde Aleaume et aus mains et aus pieds, Il le vit beau et droit et bien planté,

Bien reconnut qu'il était écuyer :

Homme sage et preus.

Il ne vous reconnaîtrait pas comme rot,

« Ami, beau frère, moult tu es mal appris, Qui m'injuries devant mes chevaliers !

Ne donnerais de ton oncle un denier.

Quand pais ne trouve en lui ni amitié, Je le défie par la tête à trancher!

Je lui ferai tout le corps démembrer, Car j'ai à moi tels sept cents chevaliers, Et quatre comtes, qui moult sont à priser.

Si ce n'était que tu es messager, Je te ferais cette tête trancher, Et tout le corps détruire et mettre en pièces. » Répont Aleaume : « Maudit soit qui vous craint! » De la cour sort, point n'y a pris congé.

Acelin fit ses gens appareiller.

Le franc Aleaume mit le pied à l'étrier, Parmi les rues s’en va à toute bride; Bientôt rencontre Guillaume le guerrier, Qui lui demande : « Comme avez réussi ?

— Sire, par Dieu, il n’est point votre ami, Et il ne tient Louis pour son seigneur.

Lorsque le nombre a su des chevaliers, Alors vous fûtes aussitôt menacé, Et défié par la tête à trancher.

Si ce n'était que je fus messager, Il m'aurait fait tout le corps démembrer, Brûler en feu ou dedans l’eau noyer. »

L'entent Guillaume, pense en perdre le sens.

Tous les logis ils vont prendre et fouiller, Tout le harnoïis ont en untas jeté; Et qui ne veut de bon gré le donner,

Gage n'y met que sa tête à couper.

Les bourgeois sont dans leur fuite arrêtés, Les fait le comte retenir et lier.

Les traîtres fuient à force de destriers,

Et jusqu'aus portes ne cessent de piquer!, Mais à chacune trouvent cruel portier :

Il leur fallut le tribut y payer,

Car n’en voulurent aucun emprisonner,

Quel fût celui qui les en pût prier.

Comte Guillaume se met à chevaucher Jusqu'à l'hôtel du franc bourgeois Hungier :

Sur le perron trouve Acelin assis,

Mais 11? était si orgueilleus et fier

Que devant lui ne se daigna lever.

Le voit Guillaume, pense en perdre le sens.

Il a sonné d’une trompette aiguë ;

Lors eussiez vu les barons débusquer,

Voici qu'arrivent et Bertrand et Gautier,

Et avec eus maints vaillants chevaliers.

Vous eussiez vu fier assaut commencer, Lances briser et tant d’écus percer,

Tant de hauberts dérompre et démailler!

Grand peur en eurent les lâches imposteurs, Voient qu'ils ne peuvent aus barons résister, Tous les brants nus jetèrent à leurs pieds, Et à mains jointes ils vont merci crier ;

Les fait le comte retenir et lier.

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