Acelin
ee En RÉ
Et Acelin s'enfuit à toute bride ;
Comte Guillaume par derrière le suit, Honteus reproche il lui a fait et dit:
« Sire Acelin, sur vos pas retournez,
Venez vous faire couronner au moutier :
Nous vous mettrons telle couronne en tête, Que la cervelle vous viendra jusqu’aus pieds. »
Comte Guillaume, à la fière personne,
Voit Acelin, lui dit dures paroles:
« Traître larron, puisse Dieu te confondre!
Pourquoi faisais à ton seigneur tel honte ?
Richard ton père onc ne porta couronne. »
Voici Bertrand, qui eut l’épéë longue ;
Le voit Guillaume, fièrement l’interpèle :
« Neveu, dit-il, conseil vous demandons:
Ce félon traître, comment le détruirons ? »
Et dit Bertrand : « Qu'en pensez-vous, bel oncle ? Mettons-lui donc au chef telle couronne,
Que la cervelle se répande en sa bouche! »
Puis il s'avance et tint l’épéëé longue ;
[1 l'eût frappé, sous les yeux de cent hommes, Lorsque lui crie Fièrebrace son oncle :
« Neveu, dit-il, ne le faut point toucher.
Ne plaise à Dieu, qui créa tout le monde,
Qu'il soit frappé d'arme de chevalier !
Je l’occirai plutôt à moult grand honte,
Que tous ses hoirs en auront grand reproche. »
Comte Guillaume fut moult bon chevalier, Contre orgueilleus il se faisait très fier, Com léopard, qui gens veuille manger.
D'’arme qu'il porte ne le daigna toucher; En un treillis vit un pieu aiguisé,
Jl s’avança et l'en a arraché.
Frappe Acelin par la crois de la tête, Sang et cervelle en alla jusqu'aus pieds ; Sans plus attendre, il l’a mort abattu.
Puis dit: « Monjoie ! Saint Denis soit loué ! De ce roi-là est bien Louis vengé! »
Comte Guillaume retourna au moutier,
Et vers Louis son droit seigneur s’en vient.
Il le courut dans ses bras enserrer :
« Sire, de qui encore vous plaignez ?
Du fils Richard je vous ai bien vengé :
Plus il n'ira nulle part guerroyer,
Pour homme au monde qui l’en voudrait prier ! — Dieu ! dit l'enfant, grand merci en ayez.
Si de son père aussi J'étais vengé,
Moult en serais joyeus et satisfait.
— Dieu ! dit Guillaume, quimele sait montrer ? » On le lui montre par dedans le moutier ; S'y est le comte sitôt précipité,
Et avec lui quatre-vingts chevaliers.
Trouva Richard à l'autel appuyé,
Ne le laissa, quoiqu'il fût au moutier :
Par la main gauche il l’a pris aus cheveus,
Tant le courba, l'a presque renversé,
Lève la droite et sur son cou l’abat ;
Tout étourdi l’étendit à ses pieds.
On eût bien pu tous ses membres trancher,
N'eût remué ni les mains ni les pieds.
Le voit Guillaume, se prit à lui crier :
« Traître félon, Dieu te puisse maudire! »
Ciseaus demande et lui tondit la tête.
Tout nu à nu sur le marbre le couche,
Puis s’écria, oyant les chevaliers :
« Ainsi doit-on tout traître justicier !,
Qui son seigneur veut trahir et tromper. »
Tant ont les comtes et les barons prié,
Qu'ils ont Richard à Guillaume accordé,
Et de son fils la mort a pardonné ;
Ils se baisèrent, voyant maints chevaliers.
Mais cet accord ne valut un denier,
Car le voulurent ? depuis à mort frapper,
Dedans un bois, de leurs couteaus d'acier:
Mais ne voulut Dieu leur crime souffrir.
Comte Guillaume point ne veut s’attarder,
Il en appèle le bon abbé Gautier :
« Je m'en irai au pays de Poitiers,
Beaucoup de traîtres s’y trouvent hébergés ;
S'il plaît à Dieu, les ferai dénicher.
Mais mon seigneur ne voudrai seul laisser :