‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 322 sur 334 · Se revélir du haubert, s'armer · texte numérisé non relu

Se revélir du haubert, s'armer

S'est la bruine fortement épaissie,

Et les Romains ne s’y surent garder, Lorsque Guillaume commença à crier :

« Monjoie! dit-il, frappez-y, chevaliers! »

Vous eussiez vu beau combat commencer, Lances briser et tant d’écus percer,

Tant de hauberts dérompre et démailler, L'un mort sur l’autre jeter et renverser !

Et ceus du camp ont pu se hauberger ;

Ils les enferment et devant et derrière.

De ceus de Rome nul ne veulent laisser, Que tous ne soient occis et démembreés, Ou prisonniers et pieds et poings liés.

Le seigneur fuit, qui les avait menés, Guillaume s’est à sa suite élancé,

Et il lui crie : « Retourne, chevalier,

Ou tu mourras comme un lâche félon. »

Le long du flanc lui a coulé l'acier,

Tout le courba sur le cou du destrier.

Tire l'épée, va lui couper la tête,

Quand lui cria et merci ct pitié :

« Point ne m'occis, si Guillaume tu es, Mais prenus-moi vif, tu y peus moult gagner, Te donnerai un grand muid de deniers. »

Comte Guillaume s’est de lui approché,

Et il lui rent son brant fourbi d'acier.

Au roi Louis l’a remis prisonnier,

Puis s’en retourne arrière à ses fourriers.

Gui d'Allemagne se leva sur ses pieds,

Dit à ses hommes : « Silence ! et m'écoutez !

Morts sont mes hommes, occis et démembrés.

Si je ne puis la bataille gagner,

Tout corps à corps, seul contre un chevalier, Toutes nos forces point ne nous serviront. »

LVTIT

Gui d'Allemagne appèle un messager,

Le fait monter sur un destrier arabe,

À son cou pent une grand peau de martre, Entre les mains un bâtonnet lui place.

Gui d'Allemagne lui a dit un message :

« Allez-moi vite à ces tentes de soie.

Vous me direz à Louis, fils de Charles, Qu'à moult grand tort me veut prendre ma marche! N'a droit sur Rome ni sur tout l'héritage, Et, s’il le veut avoir par violence, Encontre moi il lui faudra combattre,

Ou chevalier ? qui le fasse à sa place.

Et si je suis vaincu dans la bataille,

Il aura Rome et tout son héritage,

Nul ne sera* lui en fasse dommage.

Si je le vains de mon brant qui bien taille, Point n’y prendra la valeur d’une maille :

S'en aille en France, à Paris ou à Chartres, Me laisse Rome, car c'est mon héritage. »

Le messager répont : « Bien le dirai. »

4. Marche — pays frontière, et par extensiôn pays. 2. Lui ou un chevalier.

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