Il n'y aura personne qui
Alors s’en va parmi la porte large, Et jusqu’au camp nullement ne s'attarde.
L'envoyé de Gui s'acquitte de son message, qu'il répète, suivant l'usage, mot pour mot.
LA
L'entent le roi, et baisse le visage.
Quand se redresse, appèle ses barons :
« Seigneurs barons, entendez mon langage :
Gui d'Allemagne me mande grand outrage, Par nous deus veut que soit faite bataille,
Et je suis jeune et de moult petit âge!
Ma seigneurie je ne puis pas défendre,
Est-il Français qui pour moi bien le fasse ? » Quand ils l'ouirent, ils baissent leur visage. Le voit le roi, peut s’en faut qu'il n'enrage ; Tendrement pleure dessous les peaus de martre. Voici qu’arrive Guillaume Fièrebrace,
Qui les fourriers a conduits en la place.
Tout armé entre en la tente de soie,
Et voit le roi qui soupire à grands larmes.
Quand il le voit, peu s’en faut qu'il n'enrage, Lors il s'écrie, devant tous les barons :
« Hé! pauvre roi, que Dieu tout mal te fasse! Pourquoi pleurez ? Qui vous a fait dommage? » Le roi Louis répondit, point n’y tarde :
« Au nom de Dieu, sire, ne le vous cache, Gui d'Allemagne m'a mandé grand outrage; De nous deus seuls demande la bataille,
N'y a Français qui le fasse en ma place,
Et je suis jeune et de bien petit âge,
Mal je pourrais tel combat soutenir.
— Roi, dit Guillaume, que Dieu tout mal te fasse ! Pour votre amour! j'en ai fait vingt et quatre? : Pour celle-ci pensez-vous que vous manque ?
Non point, pour Dieu! Je ferai la bataille.
Tous vos Français ne valent une maille. »
Au messager fièrement a parlé.
« Ami, beau frère, dit Guillaume le franc, Tu me diras à Guion À l'Allemand
Qu'un chevalier, qui son seigneur défent, Veut la bataille, moult en est désirant.
Je veus otages à ma discrétion,
Et qu'il en prenne à ses ordres de moi,
Et le vainqueur ait tout ce qu'il voudra. »
Sur pieds se dresse le palatin Bertrand :
« Oncle, dit-il, trop avons à nous plaindre!
Tout vous échoit, batailles et assauts ; Votre vaillance met la nôtre à néant.
Cette bataille, sire, je la demande, Donnez-la-moi, commandez que la fasse. » Répont le comte : « Vous parlez follement.