‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 328 sur 334 · Tu sais · texte numérisé non relu

Tu sais

As-tu pensé pour si peu me troubler ?

De pauvre chair on se peut trop charger ; Mais, par la crois qu’invoquent pèlerins, Avant le soir et le soleil couché,

Je vais ma chair sur la tienne venger. »

Lors a Guillaume durement attaqué, Grand coup lui donne sur le heaume vergé, Tant qu'il en fait fleurs et pierres tomber.

Ne fût la coiffe du blanc haubert doublé, Eût Aimeri perdu cet héritier.

Dieu ne le veut souffrir ni approuver.

À ce coup-là Gui a bien peu gagné ;

Tout près du poing son brant s’y est brisé, Il tire l’autre, sans point s'y attarder.

Le voit Guillaume et en rit volontiers.

Il tint Joyeuse, au riche brant? d'acier, Moult durement il a Gui attaqué,

Grand coup lui donne sur son heaume rayé, Dessus l'épaule le coup en descendit,

Et jusqu'au sein l’a fendu et tranché;

Du coup à terre il l’a mort renversé.

Le Tibre est près, il l’a dedans lancé,

Au fond l’emmène le fer dont fut chargé, Jamais depuis il n’en fut retiré.

Le preus Guillaume lors commence à hucher$ :

4. Il avait, comme on l'a vu, une épée de rechange. 2. Le brant est proprement la lame de l'épée. — Riche — d'excellente qualité. u

3. Le mot hucher (— crier) est encore dans le dictionnaire de l'Académie.

« Monjoie ! il crie, Dieu, saint Denis, aidez !! De ce glouton est roi Louis vengé ! »

Sur Alion est monté, son destrier,

Prent Clinevent?, qu'il ne voulut laisser; Jusques au camp ne voulut s’attarder.

À sa rencontre est son neveu allé,

Et roi Louis, triomphant et joyeus.

Tant ont pleuré Guiëlin et Gautier ÿ,

Tel peur ils n’eurent à nul jour sous le ciel, Hormis le jour du combat de Corsolt.

« Oncle Guillaume, êtes-vous sain et sauf?

— Oui, répont-il, Dieu en soit mercié!

Neveu Bertrand, ne le vous veus celer,

Que je vous donne ce bon courant destrier, Pour la bataille qu’avez hier demandée, »

Répont Bertrand : « Cent mercis en ayez ! »…

Après la mort de Gui, ceus de Rome ont ouvert leurs portes et fait leur soumission « à leur seigneur droiturier ». Le trouvère raconte en quelques vers incolores que Louis entre à Rome, et que Guillaume l’y couronne

1. Ce sont des cris de guerre, qui deviennent des cris de victoire.

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