‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 45 sur 334 · ROLAND EST PLACÉ A L'ARRIÈRE-GARDE · texte numérisé non relu

ROLAND EST PLACÉ A L'ARRIÈRE-GARDE

L'empereur Charles approche de sa terre ; Venu en est en la cité Valtierre :

Roland le comte l'avait prise et forcée, Depuis ce jour en fut cent ans déserte.

De Ganelon attent le roi nouvelles,

Et le tribut d'Espagne la grand terre.

Entin, à l'aube, comme le jour éclaire,

Au campement est arrivé le comte.

Beau est le jour, et le soleil est clair.

L'empereur Charles est dès l'aube levé.

Messe et matines a le roi écouté :

Sur l'herbe verte se tient devant sa tente.

Roland y fut, et Olivier le preus,

Naimes le duc et des autres beaucoup.

Ganelon vint, le félon parjuré,

Par trahison il commence à parler,

Et dit au roi : « Soyez de Dieu sauvé!

De Saragosse vous apporte! les clefs; Moult grand avoir vous en fais amener, Et vingt otages : faites-les bien garder.

Aussi vous mande le roi Marsilion,

Pour le calife que point ne le blämiez ?.

De mes yeus vis quatre cent mille armés, Hauberts vêtus, heaumes d'acier coiffés, Ceintes épées aus pommeaus niellés,

Qui l'ont conduit tout jusques à la mer, Ainsi fuyaient la chrétienne loi

Que ils ne veulent ni tenir ni garder ÿ.

Avant qu'ils eussent navigué quatre lieues, Les accueillit la tempête et le vent:

Là sont noyés, plus ne les reverrez.

S'il était vif, je vous l’eusse amené.

Quant à Marsile, sire, pour vrai croyez

Que ne verrez ce premier mois passé,

Sans qu'il vous suive au royaume de France.

Il recevra la loi que vous tenez,

Jointes ses mains sera votre fieffé,

De vous tiendra Espagne le royaume. »

Ce dit le roi : « Dieu en soit gracié‘!

Bien l’avez fait *, moult grand bien en aurez. » Parmi le camp font mil clairons sonner.

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