‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 74 sur 334 · Des douze pairs païens · texte numérisé non relu

Des douze pairs païens

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Margaris est moult vaillant chevalier, Et beau et fort, et rapide et léger.

Le cheval pique, va férir Olivier,

L’écu lui brise sous la boucle d’or pur, Le long du flanc conduisit son épié.

Dieu le sauva, qu'au corps ne l’a touch; ; Sa lance brise, mais la chair n’a tranché.

Outre s’en va, car n'en est empêché; Sonne son cor pour les siens rallier.

La bataille est merveilleuse et commune !.

Roland le comte à l'abri ne se tient, De l'épié frappe tant que le bois ? lui dure: Par quinze coups l’a brisé et perdu.

Prent Durendal sa bonne épië nue, Son cheval pique, et va férir Chernuble ; Le heaume brise, où escarboucles luisent, Tranche la coiffe avec la chevelure, Et lui trancha les yeus et la figure, Le blanc haubert dont la maille est monue, Et tout le corps jusques à l'enfourchure,

Coupe la selle, qui est à or battue, Dans le cheval a fait entrer l'épée,

. Commune, c'est-à-dire générale.

. Le bois de l’épié.

Tranche l'échine, sans y chercher jointure, Tout l’abat mort au pré sur l'herbe drue.

Après lui dit: « À tort êtes venu!

De Mahomet vous n'aurez plus nulle aide.

Ne gagnera tel glouton la bataille. »

Roland le comte parmi le champ chevauche, Tient Durendal, qui bien tranche et bien taille ; Aus Sarrasins a fait moult grand dommage.

On l'aurait vu l’un jeter mort sur l’autre,

Le sang tout clair à travers champs couler!

Sanglant en a le haubert, la poitrine,

Son bon cheval le cou et les épaules !.

Et Olivier y frappe et ne s’attarde;

Les douze pairs non plus n’encourent blâme, Et les Français y frappent et bataillent.

Les Sarrasins ou meurent ou se pâment.

Dit l'archevêque : « Bénis soient nos barons! » Monjoie il crie, c'est l'enseigne de Charles.

Et Olivier chevauche par le champ.

De son épié il n’a plus qu’un tronçon; Et va férir un païen, Malsaron.

L'écu lui brise, qu'est à or et à fleurs,

4. Entendez : « Le sang couvre aussi le cou et les épaules de son bon cheval. »

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Hors de la tête lui jète les deus yeus,

Et la cervelle est à ses pieds tombée;

Mort le renverse entre sept cents des leurs.

Puis a occis Turgin et Estorgous ;

Son bois de lance se brise jusqu'au poing.

Ce dit Roland : « Ami, que faites-vous ?

En tel bataille point ne faut de bâton,

Fer et acier y doit avoir valeur.

Où est l'épée qui Hauteclaire a nom ?

D'or est la garde, de cristal le pommeau. »

Olivier dit : « Je ne la puis tirer, | J'ai trop besoin sur païens de frapper ! »

Comte Olivier tire sa bonne épée,

Que son ami lui a tant demandée,

Et la lui a en vrai baron montrée.

Frappe un païen, Justin de Val Ferrée ; Toute la tête lui a en deus coupée,

Tranche le corps et la brogne safrée!,

La bonne selle qui à or est gemmée,

Et au cheval a l’échine coupée :

Tout abat mort devant lui sur le pré.

Ce dit Roland : « Je vous reçois pour frère ! Pour de tels coups le roi Charles nous aime. » De toutes parts Monjoie on a crié.

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