Mon épée
2. Suppléez la conjonction que au commencement de ce vers. 3. Prud'homme — homme sage et preus. — Entendez : « pour
qu'on ne chante pas sur vous de mauvaise chanson. »
Piquent avant sur leurs destriers courants, Pas un n'y a qui ne crië Monjoie.
Le roi Marsile moult était mauvais roi ; Dit aus païens : « Seigneurs, écoutez-moi.
Tant est Roland de merveilleus pouvoir, Qui le veut vaincre y prendre peine doit.
Par deus batailles il ne sera vaincu;
Si l'agréez, nous en livrerons trois :
Dis des colonnes combattront les Français, Les autres dis resteront avec moi.
Ce jour, perdra Charles de son pouvoir, En grande honte verra la France choir. »
Tent à Grandoigne une enseigne d'orfroi!, Pour ses colonnes guider contre Français, 11 lui octroie commandement de roi.
Le roi Marsile est resté sur un mont :
S'en va Grandoigne parmi un val dessous,
Par trois clous d’or fixé son gonfanon.
Hautement crie: « Éperonnez, barons. »
Milclairons sonnent, moult en sont clairs les sons. Disent Français : « Dieu père, que ferons ?
Pour notre mal connûmes Ganelon!
4. C'est-à-dire : « il donne à Grandoigne une enseigne brodée d’orfroi. »
Vendu nous a par male trahison.
Secourez-nous, les douze compagnons! »
Et l’archevèque tout le premier répont :
« Bons chevaliers, vous serez à l'honneur, Dieu vous promet et couronnes et fleurs En paradis, entre les glorieus.
Mais les couards mië n'y entreront. »
Français répondent : « Tous ensemble frappons ! Crainte de mort ne nous rendra félons. »
En avant piquent des éperons dorés,
Ils vônt férir les perfides félons.
Le roi Marsile a sa gent répartie:
Dis des colonnes a voulu retenir,
Et les dis autres chevauchent pour férir.
Disent Français : « Dieu! quel perte aurons ci! Les douze pairs que pourront devenir ? »
Premier répont l'archevêque Turpin :
« Bons chevaliers, de Dieu êtes amis,
Ce jour serez couronnés et fleuris,
En saintes fleurs couchés au paradis.
Mais les couards jamais n’y seront mis. »
Français répondent : « Nous n’y devons faillir. Si à Dieu plaît, n’en sera contredit?
Nous combattrons contre nos ennemis :
Peu de gens sommes, mais bien sommes hardis. »
1. Male est le vieil adjectif « mal, male », qui signifie mauvais. 2. I n'y aura pas de contradiction, nul n’y contredira.
Piquent avant pour païens envahir ; Alors se mêlent Français et Sarrasins.
Un Sarrasin y eut de Saragosse :
De la cité une moitié est sienne.
C'est Climborin, ne fuit devant personne.
Reçut promesse de Ganelon le comte,
Par amitié l’en baisa sur la bouche,
Et lui donna son heaume à l’escarboucle.
« Il couvrira, dit-il, France de honte,
À l’empereur il prendra la couronne. »
Monte un cheval qu'il nomme Barbemouche:
Plus est léger qu'épervier ni aronde?.
Le pique bien, le frein lui abandonne,
Et va férir Engelier de Gascogne.
Ne l’a sauvé son écu ni sa brogne :
De son épié au corps lui met la pointe, L'enfonce bien, tout le fer lui mit outre,
À pleine lance il le renverse mort.
Après, s'écrie : « Francs sont bons à détruire; Frappez, païens, pour en rompre les rangs! »
Disent Français : « Dieu! Quel baron perdons : »
Roland le comte en appèle Olivier :
« Mon compagnon, voici mort Engelier!