‹ Chansons de geste. Roland. Aimeri de Narbonne. Le couronnement de Louis. Traduction de Léon ClédatChapitre 82 sur 334 · Mon épée · texte numérisé non relu

Mon épée

2. Suppléez la conjonction que au commencement de ce vers. 3. Prud'homme — homme sage et preus. — Entendez : « pour

qu'on ne chante pas sur vous de mauvaise chanson. »

Piquent avant sur leurs destriers courants, Pas un n'y a qui ne crië Monjoie.

Le roi Marsile moult était mauvais roi ; Dit aus païens : « Seigneurs, écoutez-moi.

Tant est Roland de merveilleus pouvoir, Qui le veut vaincre y prendre peine doit.

Par deus batailles il ne sera vaincu;

Si l'agréez, nous en livrerons trois :

Dis des colonnes combattront les Français, Les autres dis resteront avec moi.

Ce jour, perdra Charles de son pouvoir, En grande honte verra la France choir. »

Tent à Grandoigne une enseigne d'orfroi!, Pour ses colonnes guider contre Français, 11 lui octroie commandement de roi.

Le roi Marsile est resté sur un mont :

S'en va Grandoigne parmi un val dessous,

Par trois clous d’or fixé son gonfanon.

Hautement crie: « Éperonnez, barons. »

Milclairons sonnent, moult en sont clairs les sons. Disent Français : « Dieu père, que ferons ?

Pour notre mal connûmes Ganelon!

4. C'est-à-dire : « il donne à Grandoigne une enseigne brodée d’orfroi. »

Vendu nous a par male trahison.

Secourez-nous, les douze compagnons! »

Et l’archevèque tout le premier répont :

« Bons chevaliers, vous serez à l'honneur, Dieu vous promet et couronnes et fleurs En paradis, entre les glorieus.

Mais les couards mië n'y entreront. »

Français répondent : « Tous ensemble frappons ! Crainte de mort ne nous rendra félons. »

En avant piquent des éperons dorés,

Ils vônt férir les perfides félons.

Le roi Marsile a sa gent répartie:

Dis des colonnes a voulu retenir,

Et les dis autres chevauchent pour férir.

Disent Français : « Dieu! quel perte aurons ci! Les douze pairs que pourront devenir ? »

Premier répont l'archevêque Turpin :

« Bons chevaliers, de Dieu êtes amis,

Ce jour serez couronnés et fleuris,

En saintes fleurs couchés au paradis.

Mais les couards jamais n’y seront mis. »

Français répondent : « Nous n’y devons faillir. Si à Dieu plaît, n’en sera contredit?

Nous combattrons contre nos ennemis :

Peu de gens sommes, mais bien sommes hardis. »

1. Male est le vieil adjectif « mal, male », qui signifie mauvais. 2. I n'y aura pas de contradiction, nul n’y contredira.

Piquent avant pour païens envahir ; Alors se mêlent Français et Sarrasins.

Un Sarrasin y eut de Saragosse :

De la cité une moitié est sienne.

C'est Climborin, ne fuit devant personne.

Reçut promesse de Ganelon le comte,

Par amitié l’en baisa sur la bouche,

Et lui donna son heaume à l’escarboucle.

« Il couvrira, dit-il, France de honte,

À l’empereur il prendra la couronne. »

Monte un cheval qu'il nomme Barbemouche:

Plus est léger qu'épervier ni aronde?.

Le pique bien, le frein lui abandonne,

Et va férir Engelier de Gascogne.

Ne l’a sauvé son écu ni sa brogne :

De son épié au corps lui met la pointe, L'enfonce bien, tout le fer lui mit outre,

À pleine lance il le renverse mort.

Après, s'écrie : « Francs sont bons à détruire; Frappez, païens, pour en rompre les rangs! »

Disent Français : « Dieu! Quel baron perdons : »

Roland le comte en appèle Olivier :

« Mon compagnon, voici mort Engelier!

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