‹ Chemin de fer de Strasbourg à BâleChapitre 5 sur 28 · PROCÈS-VERBAL · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL

DES TRAVAUX DE LA COMMISSION d'eN QUÊTE

pour le chemin dti j'i't de Strasbourtf à Bàle.

L'an 1837, le 21 rtécembro, à oiixe lieurew du malin, à l'hôtel de la préfecture du déparLement du Bas-Rliiii, à Strasbourg, se sont ri^unis MM. les membres de lu Commission d'enquête instituée par arrÉté de M. le préfet dudit département du 13 novembre de l'année courante, en exécution des articles 4 et 1(1 de l'ordonnance du roi du 18 février 1834, pour prendre connaiasance des propositions faîtes pour l'établissement d'un chemin de fer de Strasbourg a Bâie ainsi que des observations consignées dans les registres d'enquête qui ont été ouverts à ce sujet.

Furent présents : MM, Fréd. de Turcktieim, membre dn Conseil généra! du département, président; (Ksinger, ancien député; Laquiante, ancien capitaine du génie; le baron de Bulach, maire à Oslliausen ; Charles Flcchl, négociant; Barthelmé, maire à Sand; Schneegans, membre du Conseil général du déparlement; Heim, membre du Conseil d'arrondissement de Strasbourg; Bœrsch, membre du Conseil municipal de Strasbourg; Paess, négociant; Alexandre Klose, négociant.

La Commission, ainsi constituée, procède à la nomination de son secrétaire; elle nomme à ces fonctions M. Scbiieegans, l'un de ses membres.

M. P.-D, Ba/.aiue, ingénieur, ayant demandé à âlre admis à la séance. au nom de MM. Nicolas Ko-clilin et frères, pour donner, le cas échéant, les renseigiicmenl.s que la Commission pourrait désirer obtenir encore, elle décide que M, Bazaine pourra assister au commencement de la séance, sauf à se retirer lorsqu'il s'agira de voler sur les questions mises en délibération.

Il est donné ensuite lecture des pièces suivantes :

1" ArrÉté de M. le préfet du 13 novembre *83T;

2° Avant-projet d'un chemin de fer de Strasbourg à Mulhouse et Bàle, faisant connaître le trace général, les dispositions principales des ouvrages les plus imporlanls et l'appréciation sommaire des dépenses ;

3° Mémoire descriptif, indiquant le but et les avantages de l'entreprise, le tarif des droits à établir et les conclusions ;

Cesdeus pièces sont signées : Nicolas Kœchlin el frères.

re' d'enqufile ouven k la préfecture du Bus-Hliiu el i;unlenanl :

i) Des obeervaliuiis failes sur le projet de MM. Nicolas Ktiichlin el frères, par MM. Fouriieyron et Emile KœchlJii. Lanl en leur num qu'en celui de M, John Cockerill, manufacturier â Liège;

2) Les observations de MM. les maires des .:oinmuiies de Fegersheim, (JGÎBpolshoim. fctitratiheim etLîpsheim;

3" Lettre à M. le préfet, par MM, Fourneyron <■! Emile Kfechlin, de Faris, 18 décembre courant.

Après cette lecture. M- le président ouvre la discussion en disant que, lans aon opinion, la Commission ne doit pas commencer ses travaux

' sftns avoirpayé un juste Iributd'élcifîea à la pensée patriotique qui cun^-ul te projet (le doter l'Alsace de ce nouvel élément de richesse par le travail et de prospr-rilé parles moyens de communication. La Commission pensera, sans doute, continue M. le pn^sident, que le transport rapide, facile, économique des denrées du pays, dont les prix se règlent assez généralement eu raison des distances parcourues, depuis la frontière bavaroise jusqu'à celle delà Suisse, sera un nouvel élément de prospérité pour l'agriculture dans les deux départements; que, notamment, le. culture des plantes légumineuses, si avantageuse pour l'amendement

^ du soi. lorsqu'elle alterne avec les céréales, prendra un- notable développement par des communications nouvelles qui rapprocliéront les

[ distances, et qu'il en sera de même de la culture des arbres fruitiers, par la facilité d'en envoyer au loin les produits dans un meilleur état de conservation; que si, momentanément, des intérêts favorisés par l'état actuel (les choses venaient à souffrir par la création d'un chemin de fer, ce n'est pas plus un motif de réprobation contre ce chemin que des perturbations analogues ne l'ont été contre des creusements.de canaux et autres grandes améliorations dans les moyens de communication. D'ailleurs, ces torts passagers sont largement compensés par tous les avantages résultant d'une voie nouvelle si féconde en bénélîces pour un grand nombre d'industries. Ce chemin de fer appellera sur la rive gauche du Hhin et cette quantité prodigieuse de voyageurs qui circulent entre Rotterdam et la Suisse et la plus forte partie de ce Iramit pour l'Allemagne méridionale et la Suisse, qui enrichît nos rivaux de la rive' opposée, depuis nos premières fautes en législation commerciale; et wi, plus tard, cette importante communication était complétée par un chemin de fer de Strasbourg jusqu'à la Itlieincbautz, près Munnhelm.et l^e aux lignes que la Belgique établit parallèlement an Rhhi, c^ serait pour l'Alsace la reprise délinitive de ses anciens et naturels avantages commerciaux.

Ces avantages, que M. le président démontre n'être nullement en oppo-

sitiou avec les intérêts de nos ports de nier, rûaiilteroiiL surluut encore de la liaiaon du chemin de fer d'Alsace avec celui du Havre à Paris et de Paris à Strasbourg, avec cette immense artère du commeree européen, dont le gouvernement, supérieur à toute étroite vue de localité, propose l'établissement, et qui se prolongerait sur la rive droite du Rhin jusqu'à Ulm. Un chemin de fer de Paris à Marseille, par Lyon, aveo embranchement de celte dernière ville sur Mulhouse, compléterait le système des chemina de fer de France, porterait au plus haut degré le mouvement commercial, et amènerait, notamment pour Mulhouse, tous les avantages auxquels cette intéressante cité peut justement prétendre par sa position et son industrie.

M. le président insiste sur la convenance et la nécessité de faire aboutir le chemin de fer de Paris à Strasbourg, et non à Mulhouse, comme le porte le projet de MM. Kœchlin, et M. Baïaioe déclare que ce n'est que par une erreur de copiste que le manuscrit porte Mulliouse, que cette erreur est réparée dans les exemplaires imprimés dudit projet, et que l'opinion de MM. Nicolas Kœchlin et frères est sur ce poiiit parfaitement d'accord avec celle émise par M. le président.

Aux considérations qui viennent d'être rapidement analysées, M. de Turckheim en ajoute d'autres, qui s'appliquent plus particulièrement au projet de MM.'GocIteril, Fourneyrun et Emile Kœchlin, consigné au registre d'enquête, et qui pourront trouver leur place dans la discussion spéciale.

La discussion s'établit immédiatement sur la question générale d'opportunité et d'utilité d'un chemin de fer entre Strasbourg etBâle,etdans le cours de celte discussion, plusieurs questions sont adressées à M. l'ingénieur présent à cette partie de la séance.

C'est ainsi que M. Bazaine est appelé à exphquer pourquoi les auteurs du projet ont donné la préférence à la direction par la partie de la plaine d'Alsace qui se rapproche des Vosges, sur l'autre partie, comprise entre la rivière d'Ill et le Rhin, laquelle présenterait une ligne plus droite et plus facile. M. Baiaine répond que l'établissement d'un chemin de fer demandant une dépense très considérable, il faut songer à lui faire parcourir un pays qui, par sa population, son mouvement commercial et ses besoins, offre l'espoir d'un revenu suffisant à la prospérité ■ de l'entreprise; que, d'ailleurs, il no s'agit pas seulement d'établir une communication entre deux villes, mais d'offrir encore tous les avantages de cette comraimication et des nouveaux débouchés qu'elle étabUt à toutes les populations existant entre les deux points extrêmes; que, choisir la ligne la plus droite entre Strasbourg et Bàle, ce serait bien servir les relations directes entre ces deux villes, mais en parcourant un pays désert et peu productif, dont tes habitants n'en retireraient aucune utilité; tandis qu'en passant par la zone comprise entre l'ill et les mon-

tagnes, c'est-à-dire, par la partie la plus fertile, la pli peuplée de celle partie de l'Alsace, c'est appeler à en profiter, non seulement les nombreuses villes et les gros bourgs situés le long de la ligne adoptée, mais encore les populations des vallées qui s'ouvrent sur celle partie de la plaine et qui renrermenl tant et dfi si importants établissements industriels.

Quant aux observations inscrites au registre d'enquête, par les maires lie Geispolsheim et autres communes, M. Ba?.aiiie dit qu'il est vrai que le projet ne prévoit que le passage des chemins proprement dits, servanl de communication enlre différents points du pays, et non des simples chemins de culture el de défruitement, mais que ces chemins ne sont que d'une importance très secondaire ; qtie beaucoup d'entre eux n'esislent même que pendant le temps des grands travaux agricoles et disparaissent pour le reste de l'année; que, dans tous les cas, ces chemins devront être pris en considération, ainsi qu'il est d'usage et de droit dans tous les cahiers de chargea des concessions de chemins de fer; que la Compagnie fera placer des barrières, ainsi que le personnel nécessaire à leur service, partout ofi les autorités municipales le requerront; qu'il ne pourra résulter de cette mesure aucune gêne, ni aucun relard, tant soit peu notables, dans les travaux ruraux; le passage des voitures à vapeur étant si prompt, qu'à peine il eu résulte une fermeture des barrières pendant quelques minutes seulement.

Après une discussion prolongée, à laquelle toua les membres présents prennent part, et qui se porte successivement sur tous les points de cette importante matière, M. le président met aux voix la question suivante :

V a-l-il avantage et intérêt bien constants, pour l'industrie, le comuierce el l'agriculture, dans l'êtablissemeul d'un chemin de fer de Strasbourg À Mulhouse et à Bâlc ?

Celle question est répondue affirmativement par huit voix contre trois. Les membres qui ne se sont point prononcés dans le sens de l'aftirmative déclarent néanmoins qu'ils se joindraient à la majorité s'ils avaient lu certitude que, par rétablissement de la ligne en question, r.Msace serait délivrée du danger de voir s'établir un chemin de fer de Mannheim h Bile, sur la rive droite du Rhin, el de perdre ainsi tout ou partie des avantages commerciaux qui doivent résulter de la ligne française, el que, surtout, ils voteraient^avec la majorité pour le cas où une grandtj ligne de chemin de fer de Strasbourg à Paris et au Havre viendrait se lier â celle de Strasbourg à Bàle et donner ainsi à cette dernière toute l'importance et l'activité qui lui conviennent.

L'heure étant avancée, la Commission s'ajournea après-demain, 23, à dix heures du matin.

Kl cei

ird'hiii, a;i d.-cembre. n dix iieui-t

furent prési^nts

lea membres au»-di5noininés, plus M. LouiB-PrL^déric Eliriiiann. négociant à Strasbourg, la Commission se trouvant ainsi au grand complet.

Le secrétaire donne lecture du procèa-verbal ci-dessus, de la première séance. La rédaction en est approuvée. Mais, ne voulant pas se lier avant qu'elle ait examiné toutes les pièces de l'instruction et attendu que le caliier des observations de l'arrondissement de Schelestadt n'a pas encore été mis sur le bureau, la Commission décide que le vote cidessus n'est pas, dÈs à présent, à regarder comme délinitif.

M. le président rouvre la discussion, en rappelant que MM. Emile Kœchlin et Fourneyron ont fait connaître à la Commission qu'ils sont, comme MM. Nicolas Kœchlin et frères, auteurs d'un projet de chemin de Strasbourg à Bôle par Mulhouse., et que la décision de la Commission, favorable ou défavorable à l'objet sur lequel elle a à délibérer, doit ôtre commune aux deux demandes, en ce qui louche la question du chemin de fer. Indépendamment de ce dernier, MM. Emile Kœchlin, Fourneyron et John Cocicerill proposent de doter l'industrie alsacienne d'une force hydraulique considérable, de porter cette force précisément là où des établissements industriels existent ou pourraient encore se former, et de fournir à l'agriculture une large part d'intérêt dans cette entreprise, en lui procurant un immense moyen d'irrigation propre à fertiliser des parties considérables de terrains qui sont aujourd'hui presque sans valeur.

Après quelques développements, dans lesquels M. le président soulève la question très douteuse, suivant lui, de savoir si les eaux du Rhin, employées à l'irrigation, seraient fertilisantes, il dit que ce projet implique encore d'autres questions vitales, relatives au niveau des eaux, à la perméabilité des digues, à l'écoulement des eaux d'irrigation, à l'expropriation, sur trente-cinq lieues de longueur, d'un terrain asseï large pour y établir à la fois un chemin de fer et un canal, qui demandent à être profondément étudiées, et pour lesquelles aucune des formalités préalables à l'enquête n'est encore remplie.

Après en avoir discuté, la Commission reconnaît qu'elle n'est pas encore régulièrement saisie de l'examen de cette importante question ; elle ■e borne donc a appeler l'attention de l'administration sur l'immense portée de ce projet, sur les nombreuses et grayod questions qu'il fait naitre non seulement dans rintéf;êt de l'industrie, mais encore dans celui de l'agriculture et de la sûreté des terres dans l'intérieur desquelles le canal viendrait à passer.

Appréciant, du reste, l'avantage résultant pour la sûreté des voyageurs et pour un service plus régulier et plus prompt de l'établissement d'une double voie, qui est portée dans le projet de MM. Emile Kœcklin et consorts, comme construction première et simultanée, tandis qu'elle ne figure, dans celui de MM. Nicolas Kœcklin et frères, que comme une

éventualité d'une réalisation plus que probable, il est vrai, la Commission émet le vœu que, dans tous les cas, l'ouverture d'une seconde vjie suive, dans un court délai, celle de la première.

Elle émet également le vœu que Tautorité prenne les mesures convenables pour que les ouvrages, constructions, mouvements de terrains et autres travaux à exécuter deviennent le moins possible dommageables aux propriétés riveraines et voisines; que, notamment, ces propriétés soient garanties d'un morcellement préjudiciable à leur valeur et qu'elles ne souffrent pas des travaux de terrassement et des transports de matériaux.

La Commission, frappée de l'espèce de monopole qui doit résulter d'une concession à quatre-vingt-dix-neuf années et pour en atténuer les effets fâcheux pour les temps à venir, demande la stipulation d'une revision périodique des tarifs et de leur réduction lorsque les bénéfices des actionnaires dépasseront la limite qui devra être hxée.

Enfin, un autre inconvénient préoccupe vivement l'esprit de la Commission : c'est l'affluence des journaliers et ouvriers que peut, que doit même amener dans la province l'exécution d'aussi grands travaux et la nécessité de les pousser avec beaucoup d'activité, à grand renfort de bras. L'expérience prouve, en effet, que, partout où il est entrepris soit de grands établissements industriels, soit des travaux publics considérables et d'une durée de plusieurs années, il se forme une population factice, laquelle, sans calculer les chances d'insuccès de ces établissements, sans prévoir la cessation de ces travaux, se Hxe, forme des familles, et, s'augmentant dans une rapide progression, devient pour le pays un terrible fléau, quand le travail qui doit la faire vivre vient à manquer. Ce danger est plus grand encore en Alsace, à raison dé la position de cette province, limitrophe de peuples dont la communauté de langage attire une foule d'étrangers, qui ne pénètrent pas aussi facilement dans l'intérieur de la France. La Commission croit donc de son devoir d'indiquer comme meilleur moyen d'obvier à des conséquences ausM déplorables des travaux de chemins de fer, l'emploi en plus grand nombre possible des militaires, mais comme travailleurs libres et volontaires. Elle insiste d'autant plus sur ce point, que l'expérience récemment faite, dans l'arrondissement de Schelestadt, sur la route de Bar à Ville, a mis en évidence tous les avantages de ce système. La Commission appelle sur cette matière toute la sollicitude de l'administration comme présentant un intérêt moral de la plus haute importance.

La Commission s'ajourne au 28 du courant, dix heures du matin.

Et lesdits jour et heure, tous les membres se trouvant présents, à l'exception de M. Barthelmé, il est donné lecture du procès-verbal cidessus, lequel est adopté.

La Coniniissioii i'tii;uiL cumniiinkation des observations retenues au registre d'enquête ouvert à in sims-préfecture de l'arrondissement de Schelestttdt, et dont une lettre adressée à la Commission ellfvmfirae, par un certain nombre de cultivateurs de la commune d'Erstein, en date du ^7 décembre courant, et qui est la copie titti^rale des observations consignées audit registre d'enquête, ces observations, faites par des cultivateurs des communes de Sermersheim, Hiittenheim, Kogenheim, Ebersheim et Ebersmïmster. peuvent se résumer dans les propositions suivantes :

1° Les chemins de fer, en général, ue sont utiles qu'au commerce, à l'industrie et aux voyageurs, mais nullement à l'agriculture; ils lui sont pluifit nuisibles;

2° Les intérêts de la première catégorie sont depuis longtemps et dans toutes les circonstances protégés et favorisés; la propriété et l'agriculture sont oubliées et sacrifiées ;

3° Le chemin, de l'établissement duquel il s'agit actuellement, ferait tomber les postes, relais et petites messageries; le roulage, déjà diminué par le canal, en souffrirait encore davantage; les prairies, une des principales richesses du pays, perdraient de valeur par la dépréciation des fourrages;

4" Le grand morcellement de la propriété en Alsace augmente encore le prix du sacrilice demandé à l'agriculture par l'abandon du terrain envahi par le chemin de fer ;

h" Ce chemin est superflu; les routes actaeile^, le caiml, l'ill. le Kliin, fournissent des voies de communication suffisantes;

6" Si, cependant, ce chemin devait être adopté, les chemins vicinaux et d'exploitation devront être garantis et rester libres, l'indemnité pour les terrains expropriés devra comprendre non seulement le terrain envahi, mais encore les parcelles latérales et qui ne seraient pas moins de 10 ares.

La discussion est immédiatement ouverte ; la plupart des membres prennent successivement la parole ; les uns s'attachent à prouver que, sous le rapport de l'agriculture, qui est la principale source de richesse du département, le chemin de fer ne demeurera pas sans résultats fâcheux : la propriété est morcelée a l'intini dans ces contrées ; ce morcellement sera encore augmenté par la nouvelle hgne de communication ; un grand nombre de chevaux resteront sans emploi ; les fourragea baisseront de prix, ce qui entraînera la dépréciation des immeubles en nature de prairie; partout l'élevage des bestiaux décroîtra au grand détriment du pays, la perte matérielle en surface de terrain cultivé ne saurait être réparée par la mise en culture des communaux encore exislants; ces terres étant généralement de mauvaise qualité, sujettes à l'inon-

lation et ne pouvant servir que de pftturage; ragrlcullur*» ne gagnera npBS 1111 nouveau moyen de communication ; ces denrées iront toujours sur Iles marchés où elles se débitent maintenant, et elles prendront d'autant moins la voie nouvelle que, pour y arriver, il faudrait également les transporter sur essieu; une foule de professions actuellement exercées ■avec succès dans nos campagnes, telles que la charronnerie, la maréchs' flerie, en seront ou ruinées ou singulièrement souffrantes; en définitive, lie cliemin de fer ne sera utile qu'aux grandes villes, tellesque Strasbourg, ïColmar et Mulhouse et aux endroits où il sera établi des stations; maiii UDutes les autres localités non seulement n'ygagneront rien, maisseronl miicore déshéritées d'une partie des sources de leurs aisances actuelles.

D'autres membres de la Commission disent que l'agriculture ne peut

ïjue se trouver favorisée par une nouvelle voie de communication qui

■facilite les transports et rapproche les distances ; que les deui'ées cher-

W cheront les marchés que, par ce moyen, elles pourront atteindre, et dont

l'éloignement les exclut actuellement ; elles gagneront en bénéfice toute

la différence des frais de transport qui seront considérablement dimi-

Iuués; que généralement de nouveaux débouchés, des rapports nouveaux profitent en définitive à l'agriculture; qu'on peut se convaincre, parla grande valeur actuelle des terres dans les communes rap[>rocbées des grands centres dépopulation, combien celte proximité est un élément de richesse pour ces communes. Cetavantage sera donc étendu à beaucoup d'endroits qui n'en jouissent pas encore, alora que 6 lieues de chemin n'équivaudront plus qu'à 1 lieue actuelle; que, loin de recevoir une atteinte nuisible, les professions dont on parle seront plus occupées qu'elles ne le sont actuellement ; que cela est si vrai que certaines localités, qui ont repoussé le canal il y a trente ans, regrettent aujourd'hui de n'en être pas voisines, et que celles où il passe s'en trouvent bien ; que le sacrifice en terrain exigé pour le chemin de fer n'est pas aussi considérable qu'on le dit; que, notamment pour l'arrondissement de Sche- ^^^■^lestadt, il ne sera que de 60 hectares environ ; que cette perte peut se ^^^■cofflpenser par la mise en valeur des terrains vagues existant malheureu- ^^^Keement encore dans un grand nombre de banlieues; que leur amélioration ^^^Hfest très possible et sera un événement heureux pourle département ; que ^^^Htie sacrifice paraîtra, du reste, beaucoup moins douloureux quand les ^^^Kpropriétaires expropriés aurontreçu et la valeur réelle et la valeur de f^^^ convenance de leurs terrains ; que si les fourrages seront moins nécessaires, leur produit sera remplacé par d'autres cultures, par des denrées marchandes auxquelles le chemin de fer oITrira de nouveaux débouchés; I si quelques industries, quelques intérêts devaient souffrir de ce :hangement, le mal ne sera que passager; que l'équilibre se rétablira; !que ce n'est point ici la substitution prompte et imprévue d'une nouvelle ( écouverte à un ancien procédé qui peut rendre inutiles du jour au len-

i un certttin nombre de travailleurs, ainai qiie cela s'est vu dans certaines induBtricB où des moyens mécaniques ont subitement remplacé le travail de l'homme; que, pendant six ans de travnus, les intérêts et les industries auront le temps de se préparer au changement et de répondre aux besoins nouveaux que l'ouverlurp du chemin de fer entraînera.

A ces avantages, il faut joindre ceux qui résulteront pour le commerce de l'établissement de ce chemin, et aurloul des autres grandes lignes dont il a étii parlé dans la première séance ; que ces avantages ne se concentreront pas dans quelques mains, dans quelques localités; qu'ils se distribueront sur le pays; tout refleurirait d'une manière sensible dans nos campagnes.

Après une longue discussion, la question étant de nouveau mise aux voix, elle est résolue dans le sens de In délibération du 21. et la Commission déclare que ladite délibération, ainsi qu'elle est consignée au procèsverbal dudit jour, est définitivement adoptée.

Du reste, la Commission se joint à l'observation subsidiaire des réclamants de l'arrondissement de Schelesladt; elle décide avec eux que |ps chemins de toute espèce soient garantis; que les moyens de sûreté soient multipliés et qu'il soit établi des barrières en plus grand nombre possible. Quant aux parcelles détachées au-dessous de 10 ares, l'article 50, loi du 7 juillet 1833, ayant réglé ce cas, celte réclamation ne donne lieu à aucune délibération ; mais la Commission émet le vreu que, dans la fixation des indemnités, on prenne en considération le dommage résultant aux champs qui aboutissent aux chemins de fer dans le sens de leur longueur. Les propriétaires de ces champs étant obUgés de laisser sur les têtes de leurs pièces un arpent libre, comme chemin d'exploitation et pour le tour de la charrue, éprouveront une moins-value qui devra leur être bonifiée.

LaCommiasion passe ensuite à la discussion du tracé du chemin de fer et de sa direction, soil dans une ligne rapprochée de celle du canal du Bhûne au Rhin, depuis Slrasboiirg jusqu'à Marckolsheim, et se dirigeant de iè. sur Schelesladt, soit dans In ligne proposée par MM, Nicolas Kœchlin et frères, soit dans celle adoptée par MM. Fourneyron et consorts.

En faveur de la première, on allègue qu'elle serait plus courte, qu'elle absorberait des terres d'une moindre valeur et qu'elle passerait par un pays plus facile, parfaitement nivelé, que la nouvelle construction pourrait s'appuyer sur la digue de l'un des côtés du canal, ce qui diminuerait la quantité du remblai, qu'une économie dans l'achat de terrain et dans les travaux de terrassement en produirait une dans le tarif des frais de transport.

En faveur de la ligne proposée par le projet en discusiion, on repro-

I duit les motifa donnés par l'ingi^nieur Baïaïue. dans )a séance itu âl; n ajdulû que, dans une prévision de dépenses de 26 millions, l'économie [ doiil on parle sérail peu sensible el n'en délerrninerait aucune dans les tarifs, poisqu'aii moindre rapport de l'entreprise, une moindre quantité de transports compenserait l'économie obtenue sur les acquisiliona du sol ; que, du reste, il existe une puissante raison dans l'intérêt de la dé- Tense du lerritoire, pour reculer la ligne, ainsi que cela a été démontré dans l'avis de M, le colonel du génie de la ville.

Pour ce qui est de la réclamation des maires do Gelapolsheim et

autres communes, demandant à faire passer le nouveau chemin à lu

gauche de la Scheer,, elle est combattue par plusieurs membres comme

n'étant faîte que dans un intérêt de localité peu relevant. Cette moditl-

I cation n'apporterait aucune amélioratkm au tracé de MM. Nicolas

KœchlUi et frères el pourrait rencontrer des difficultés de terrain pour

i lesquelles il n'existe aucune étude. Mis aux voix, cet amendement est

I rejeté par dis voix contre une.

Plusieurs membres croient trouver plus d'avantages au tracé de I MK. Fourneyron et Emile Kceclilin. Cette ligne pénétre plus dans l'inléi rieur du paj's; elle rendrait donc une plus grande portion de la population participante aux avantagea du chemin, et en se rapprochant des I communes situées le long et dans la vallée des Vosges, elle donnerait un I débouché tant aux produits de leur sol qu'à ceux de leur industrie.

On répond à ces observations que le tracé Kœchlin, tenant le milieu du laj's, sert plus efficacement encore ses difTérentes zones et devient I accessible à la fois aux communes de la plaine et à celles de la montagne.

Les différentes directions étant ensuite mises aux \oix, huit membres ' se prononcent pour le tracé de MM. Nicolas Kœclilin et trois pour celui I de MM, Fourneyron et consorts.

La série des questions sur lesquelles la Commission avait à donner son I avis, se trouvant ainsi vidée par les votes s us- exprimés, elle termine ses \ travaux en émettant encore les voeux suivants :

Le gouvernement badnis vient de convoquer extraordinairement les

k r.hambrea législatives du grand-duché pour leur soumettre un projet

I do chemin de fer de Mannheim à Bâle. La question de priorité devient

s lors vitale dans cette affaire ; le chemin de fer serait acquis â celle

I des deux communes qui mettra la première la main à l'exécution ; il de-

mdra impossible pour celle qui se trouvera eji retard. La Commission

\ insiste donc de toutes ses forces pour que les formalités encore à remplir

I soient pressées avec la plus grande célérité et pour que les travaux

oient commencés dans le plus bref délai possible.

Elle insiste do nouveau sur l'adoption d'un système i deux voies,

l parce que ce n'est qu'à ce moyen que l'entreprise peut répondre aux

HxigeiiceB et aux besoins qu'ellp iJoil satisfaire aoiis le ruppiiri iIp la ciilépité. de la fréquente des déparls et de la silrelû du public.

Quant à la réclamation de la ville de Cernay. la Commission s'en rapporte à ce qui a ût(' exprimé dans le procès-verbal de la Commission d'enquête du lluut-Rbin.

Et, avant de signer, la Commission croit de son devoir d'appeler encore l'allention du gouvernement sur un puiol qui présente un des éléments les plus essentiels de ta réussite de l'entreprise, c'est la liaison du chemin de fer alsacien à un système d'autres lignes de Strasbourg à Mannheim, de Strasbourg à Saarbruck, delà même ville à Paris et au Havre. La Commission est convaincue que le chemin de fer sur lequel elle a discuté ne peut et ne doit être qu'un jalon pos^ pour un système complet, dont l'exécution entière peut seule rivaliser les bénéfices que la France doit attendre de l'introduction dans le pays de ce nouveau mode de communication.

Ainsi fait el délibéré en trois séances, et onl, les membres de ht Commission, signé aux présentes :

iKsiNCEIt, LAgLIA.XÏE, L.-F. EliMMANN. li'

baron nE Bitach, Charles Hecut, Bah- TiiELMÉ, Heim, Charles Bcerscd. Faess, Alexandre Klosk, F. dk Turckiieim , président; Schneecans, socrétaii-e.

On voit, d'après le procfes-verbal qui précède, que la Commission d'enquête du Bas-Rhin s'est occiipÉe incidemment d'un autre avant-projet de chemin de fer de Strasbourg k Bâle à établir latéralement à un canal usinier dérivé du Rhin, vaste conception soumise, disait-on, à l'Académie des sciences, et due à M. l'ing-énieur Fourneyron, auquel s'étaient associés MM. .John Cockcrill et Emile Kœchliu.

La Commission d'enquête de Colmar avait été également saisie par ce3 messieurâ de leurs observations.

Pour l'intelligence de cet incident, nous produisons ci-après les observations présentées dans l'enquête à Allkirch, le 7 décembre 1837, par M. Kcechlin-Dollfus, par procuration de M. B. Fourneyron, tant en son nom qu'en celui de MM. John Cockerill et Emile Kœchlin.

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