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LE PORT PENDANT LA GUERRE

La guerre déclarée, les escales cessèrent aussitôt. On ne vit plus de transatlantiques ni allemands, ni anglais, ni américains, mais le conflit ne porta. pas atteinte au commerce maritime de Cherbourg et lui imprima au contraire une activité qu'il n'avait jamais connue.

Sans doute les statistiques accusent un fléchissement en 1914, mais dès 1915, c’est un mouvement en avant qui va en s’accentuant de plus en

plus.

Marchandises : Marchandises Années débarquées embarquées Total -(sonnes de 1.000 kilos) | (tonnes de 1.000 kilos)

Le tonnage des marchandises embarquées et débarquées avait donc en 1918, triplé par rapport à 1913.

Pour les exportations, elles se sont maintenues à un chiffre élevé et même ont sensiblement progressé, bien que les expéditions sur l’Angleterre eussent presque complètement cessé. La raison en est qu’une quantité considérable de cailloux quitta Cherbourg pour Boulogne aux fins d’entretien et réfection des routes du front.

Les importations ont progressé d’une façon formidable d’année en année et principalement en 1916-1917-1918.

C’est Cherbourg qui à reçu la plus grosse partie des charbons anglais que le Gouvernement faisait expédier sur les ports de la Manche.

Les importations de houille de l’année 1918 ont dépassé celles de 1913 au Havre de 200 %, à Cherbourg de 440 %.

Les grains, les aciers, tout ce que nécessitait le ravitaillement du pays et l’approvisionnement des usines de guerre arrivaient à Cherbourg.

Les installations sommaires du port de Cherbourg ne pouvaient suffire, — en 1918 par exemple, 900.000 tonnes de marchandises ont été débarquées à Cherbourg — mais la Marine avait mis, depuis 1916, la jetée du Homet à la disposition du Commerce.

A ce moment, la guerre sous-marine faisait rage, les cargo-boats, ne pouvant trouver place dans les bassins du Havre ou de Rouen, encombrés, venaient chercher refuge à Cherbourg ; faute d'installations suffisantes, l’on ne pouvait décharger les marchandises, d’où retards, entraînant des surestaries importantes, les blés pourrissaient, s’enflammaient dans les cales, les usines de guerre réclamaient les aciers pour la fabrication des

canons et des obus. On pensa alors à affecter la jetée du Homet aux opéra.tions du Commerce.

A la suite d’un accord signé le 23 Septembre 1916 entre les Ministres de la Marine, de la Guerre, des Travaux Publics, des Finances et du Commerce, la jetée du Homet, tout en continuant à faire partie des ouvrages militaires et à être entretenue par la Marine, fut livrée au commerce. L'aménagement en vue de l'exploitation commerciale en revint à la Guerre et aux Travaux Publics.

On établit des engins de déchargement sur la jetée, une nouvelle voie ferrée, des parcs de stockage, l’un sur les glacis Ouest de l’Arsenal, l’autre au sud de la route de Cherbourg à Querqueville. On raccorda ces parcs à la jetée du Homet et à la gare de l'Etat par des voies de desserte.

La Marine s'était réservée 200 mètres de quais à l’origine de la jetée. Les 750 mètres restant, les parcs de stockage, les voies de raccord, l’outillage furent remis à une société unique formée pour « l’Exploitation de l'Etablissement maritime du Homet ».

On installa six postes de 125 mètres chacun, capables à eux tous d’assurer un débarquement mensuel de 60.000 tonnes de charbon.

Cet établissement du Homet, bien qu’il ne constituât, comme on l’a très bien dit, qu’un «embryon de port» et qu’il portât au plus haut point le caractère d’une installation de fortune, n’en rendit pas moins les plus grands services. |

De Juin 1917 à la fin de Décembre 1918, 347.702 tonnes de charbon y furent débarquées.

C’est à la guerre aussi que Cherbourg doit d’être devenu un port pétrolier.

Pendant la guerre, de grands besoins de pétrole nous obligeaient à recourir à l'Amérique. Devant l’importance des arrivages, Rouen, le grand port pétrolier sur la Manche, ne pouvait plus suffire. Les grands tanksteamers américains ne pouvaient se contenter des ports de seconde catégorie, il leur fallait un établissement en eau profonde accessible à toute heure de marée, Cherbourg s’imposait. Sur l'initiative du Commissariat préposé au ravitaillement en pétrole, il fut décidé de mettre à la disposition des navires pétroliers la digue de Querqueville dans l’Anse Sainte-Anne.

Nous avons fait précédemment la description du port pétrolier. (1)

(x) Cf. 2e Partie, Chapitre I.

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