‹ Cherbourg: Port de CommerceChapitre 25 sur 35 · TIT · texte numérisé non relu

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La seconde cause de régression du trafic passagers du port de Cherbourg provient de la concurrence des autres ports. Nous avons déjà parlé’ de la perte de certaines escales de navires de la Cunard et de la United States Line quittant Cherbourg pour Le Havre où ils trouvent du fret en même temps que des passagers.

Autre concurrent de Cherbourg : le port de Boulogne. Boulogne a causé ces temps derniers un grand tort aux escales Cherbourgeoises, en particulier pour le trafic Westbound des lignes Allemandes (en direction de l'Amérique). Ce n’est pas une raison de fret qui a fait donner à Boulogne une préférence. Boulogne est, ainsi que Cherbourg, un port d’escale sans fret. Mais la position géographique de Boulogne, plus favorable que celle de Cherbourg par rapport à Paris et à l'Angleterre, a attiré certaines com-

pagnies, en dépit du prolongement de voyage que ce transfert pouvait provoquer pour les passagers. Les passagers ont, en général, accepté ce changement. Il est à remarquer que les compagnies poussées par des nécessités financières ont ici pris une mesure qui leur était favorable et pouvait cependant nuire à leur clientèle.

Boulogne possède actuellement un trafic de voyageurs de qualité moyenne, peu de voyageurs de luxe ou de première classe, il a done moins souffert de la crise que Cherbourg, dont la clientèle est de qualitésupérieure.

De grands travaux ont été entrepris au port boulonnais, ouvrages couverts en partie par les crédits considérables accordés par l'Etat. Il est regrettable de constater la grande dispersion d’efforts en matière portuaire de la part du Gouvernement. Alors que des aménagements très importants viennent d’être apportés au port de Cherbourg, pour lui permettre de remplir dans des conditions parfaites sa fonction de port d’eseales, l’on crée pour répondre aux mêmes besoins des installations nouvelles au port de Boulogne. N’est-il pas suffisant de subir la concurrence des ports étrangers sans avoir à lutter également contre celle des ports français ?. Le trafic actuel ne nous semble pas nécessiter un accroissement des ouvrages portuaires.

Nous devons également constater, et c’est la troisième cause de diminution du trafic transatlantique cherbourgeois, un changement d’orientation dans la circulation des voyageurs, changement préjudiciable à Cherbourg.

Beaucoup de passagers au lieu de quitter le paquebot à l’escale de Cherbourg débarquent plutôt maintenant au terminus d’Angleterre ou d'Allemagne ou bien au retour de leur voyage en Europe évitent la France. Pourquoi ?

C’est que la vie est devenue trop chère en France. Dans les années qui suivirent la guerre, le change étant très favorable à nos visiteurs, en particulier Américains, le séjour en France leur était d’un coût très réduit. Qui & pu assister à une escale en rade de Cherbourg à cette époque, s’est rendu compte sans difficulté du peu de valeur que représentait pour les Américains notre monnaie nationale. Les services rendus aux passagers par le personnel du port étaient rémunérés de façon royale pour le bénéficiaire sans que le geste représente pour le libéral donateur un sacrifice appréciable.

Profitant du pouvoir d’achat très large dont disposaient nos hôtes, le commerce français à établi ses prix en conséquence, dépassant et de loin la marge habituelle de bénéfice. On se souvient des « prix pour Américains ». Mais il y à une limite à toute augmentation de prix qui, faute d’être respectée, entrave la consommation et risque même de la supprimer complètement. Ce phénomène se produisit tout naturellement et la pratique de prix exagérés, correspondant avec une diminution de la puissance d’achat, entraîna un recul du consommateur et du voyageur.

La dévaluation du sterling et le mark touriste ont joué contre nous.

La dévaluation du sterling ou chute de la livre a eu pour conséquence de créer un écart entre les prix français et les prix anglais à l’avantage de ces derniers, une hausse des me intérieurs n’ayant pas suivi la chute de la livre.

En Allemagne, a été créé le mark touriste : les touristes peuvent se procurer dans des banques françaises des « marks bloqués » ou « marks touristes » sur la base de 4 francs au lieu de 6 francs, taux normal de change ; par suite, les détenteurs de ces marks gagnent un tiers sur le prix de leurs dépenses en Allemagne.

En Angleterre, comme en Allemagne, le pouvoir d’achat des touristes est, en ce moment, bien plus grand qu’en France, raison sérieuse pour déterminer leurs préférences.

Ajoutons que la France à perdu de son pouvoir d'attraction sur les touristes : on ne visite plus les pays dévastés qui ont amené tant de voyageurs après la guerre. On a vu également plus haut le nombre imposant de mères américaines venues en France en pélerinage.

L'élément psychologique influe aussi sur la fréquentation d’un pays ; les bruits divers de révolution, émeute, de guerre contre l’Italie qui ont circulé il y a quelques années, et tout récemment les bruits de guerre avec l’Allemagne, n’ont pas été pour attirer chez nous le visiteur étranger.

Pour toutes ces raisons diverses, le nombre des voyageurs étrangers s’arrêtant en France à diminué considérablement et partant le trafic passagers du port de Cherbourg par où pes le plus gros contingent de ces visiteurs.

De plus, le Français ne sait pas en général faire valoir suffisamment ce qu'il possède. L’étranger nous dépasse sur ce point. Alors qu'ailleurs, on a fait un effort énorme de publicité pour appeler le touriste, notre activité est ici beaucoup trop faible.

Un autre changement dans la circulation des voyageurs, et qui a son

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importance, est la préférence marquée maintenant par certains passagers pour la ligne New-York-Italie. Le prestige des paquebots italiens s’accrut en particulier lors de la mise en service du Rex et du Conte Di Savoia,. qui ont ravi le « Ruban Bleu » au Bremen jusqu’à l’arrivée de Normandie.

Cherbourg a reçu en son port le super Cunarder « Queen Mary », navire de 80.000 tonnes dont la nouveauté, la puissance, le confort et la rapidité pourraient attirer le voyageur et redonner en passant à Cherbourgun renouveau de trafic. Il est en effet reconnu qu’un bâtiment neuf exerce sur les usagers une attraction et détermine souvent leurs préférences.

On peut, en concluant cet aperçu des causes de régression du trafic voyageurs de Cherbourg, distinguer les causes passagères des causes permanentes.

Les causes passagères, c’est la crise économique, d’ailleurs en voie de régression : la reconstitution d’une riche clientèle avec la reprise des affaires permettra aux navires de luxe de reprendre un certain niveau de passagers ; Cherbourg y trouvera son compte parce que, par essence, c’est un port de bateaux de luxe et de voyageurs pressés (Cherbourg est le port de vitesse par excellence), nous avons vu que les petits bâtiments avaient plus d'intérêt à aller au Havre qu’à Cherbourg.

Cause passagère également, la préférence donnée aux navires de la Ligne Italie-New-York.

La principale cause permanente, c’est la concurrence des autres ports, des ports français en particulier. Pour ces derniers, le trafic national n’en souftre pas, dira-t-on peut-être, mais Cherbourg en subit l’effet et de plus, lorsque pour un trafic égal les frais sont doublés, nous voulons parler du coût des travaux exécutés à Cherbourg et à Boulogne, le patrimoine national s’en trouve fatalement réduit.

On peut craindre que cette cause permanente ne fasse jamais renaître à Cherbourg une période de prospérité semblable aux années 1920 à 1929 où la concurrence était minime et l’euphorie économique exceptionnelle.

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