I. — LE MOUVEMENT D’ÉMIGRATION
L'origine de Cherbourg port d’émigration ne remonte pas avant 1914. Le mouvement d’émigration des pays d'Europe vers l’Amérique est de date plus ancienne, mais avant 1914, il était entièrement fait par les ports du Havre, de Marseille, de Boulogne ; d’ailleurs le transit par la France était assez faible. L'Allemagne avait, en effet, réussi à draîner tous les émigrants de l’Europe Orientale ; par un système de passeports, de forma lités et même de contrôle sanitaire, elle arrêtait tous les passagers de 3e classe non munis de billets pour les Etats-Unis via Brême ou Hambourg. Un article du traité de Versailles à supprimé ces formalités et ainsi permis aux émigrants de venir s’embarquer en France et en particulier à Cherbourg.
L’attrait du Nouveau Monde s’est exercé principalement sur les habitants pauvres de l'Est, du Centre et du Sud de l’Europe : ce sont des Austro- Hongrois, des Grecs, des Turcs, des Russes, des Polonais, des Lithuaniens, un assez grand nombre d’Italiens également, mais en 1921, le Gouvernement Italien n’autorisa l’émigration que par navire Italien, ce qui en réduisit l’importance.
Ce sont les classes rurales, c’est-à-dire les plus pauvres en ces pays, qui fournissent le principal contingent d’émigrants. A la mérei d’une mauvaise récolte, leur pays dévasté par la guerre, n’ayant plus de gouvernement respecté, ils espèrent trouver de l’autre côté de l'Océan une vie facile que la richesse des Américains semble leur promettre.
(1) Journal Officiel du 8 Décembre 1935.
Le tiers de ces émigrants se dirige vers l'Amérique du Sud, le resto va aux Etats-Unis par New-York. De là, ils sont distribués dans presque toute l'Amérique du Nord suivant la présence des foyers d’appel économique qui s'offrent : terres vacantes, mines, industries actives. Ils recherchent les pays dont le climat, la flore et les ressources se rapprochent aussi exactement que possible des pays d’où ils viennent.
Ts sont d’un sérieux appoint dans le trafic transatlantique. On a même dit que « c’est l’abondance de la marchandise humaine — les émigrants — qui à amené le rapide accroissement du tonnage des transatlantiques ». (1)
Mais devant l’envahissement de son sol, le gouvernement des Etats- Unis a dressé des barrières en édictant des règlements. Ces bras qui arrivent en grand nombre et n’exigent qu’une faible rémunération sont une concur rence pour les ouvriers du pays, on craint des répereussions économiques, politiques et sociales. En 1921, le Sénat de Washington adopte une première loi sur l’immigration. Le nombre des émigrants de chaque nationalité est limité à une proportion de 3 %, des ressortissants de chaque nation étrangère lors du recensement de 1910.
Le ler juillet 1924, une nouvelle loi, le Reed Bill restreint dans des proportions beaucoup plus grandes, l’entrée des émigrants. Chaque pays à droit à un contingent annuel de 2 % du chiffre de ses nationaux fixés aux Etats-Unis, d’après le recensement de 1890.
Le maximum pour chaque nation est donc :
Nations En 1921 | En 1924 / |
Anglais et Irlandais. .... | 72.206 | . 62.458
Allemands Me es. | 75.040 50.129
Anglo-Saxons À Norvégiens ............ 12 IGN.) à 76453 Suédoise MALE 1519/9560 | 9,58
Danoise MNOUEX. : | dx/449/ À 72.780
Total...... | 184.817 | 131.390
(1) C. Vallaux. — La Mer.
Nations : En 192) En 1924
oo © em
Frénonis PAM ELLES 3.523 3.878
| ItabensA EEE nu 40.294 Me : HSDANOlS CR ES «€ ]
Latins | Pope Ans Re « 503
Roumains Pere 1 « 603
Belges. CARE... 1.482 512
Fotals 200 45.299 9.509
Austro-Hongrois ........ 50.117 4.725
\ (Tchèques, etc.) since | Russes, Polonais, Lithua.- MICTS NE ANNEE. UT 52.974 8.189 Dotali er 103.091 12.914 (1)
Ces deux lois, et en particulier la seconde, sont très désavantageuses pour les slaves. En 1890, ces peuples avaient, en effet, très peu d’émigrants en Amérique.
Le gouvernement accorde des facilités d’entrée aux extra-quota, le contingent établi étant le quota. Ces extra-quota sont les diplomates et leurs familles, les prêtres, les professeurs, les femmes, les enfants de moins de 18 ans dont le mari ou le père est citoyen américain.
La Confédération des Etats-Unis s’est déclarée satisfaite de la nouvelle loi de 1924. Un très grand nombre de demandes d’entrée ont été refusées. Du 1er Janvier au 17 Juillet 1925, on a enregistré 164.000 entrées. Voici, suivant les pays, le rapport des admissions aux demandes.
Demandes d'admission Admissions fe mme HAE EME 300.000 3.845 RUSSICR SAUT ES EN Fe 160.000 2.248 Hongrie RS ue 60.000 473 AUTTICRES CERN MON 16.000 785 Allemagne EL es 100.000 51.227 Angleterre et Nord de Lirlande rte 80.000 34.007 (2)
(1) et (2) Paul Moulin.
L’on remarque que l’Allemagne à été le pays le plus favorisé.
Cette limitation des entrées à eu des répercussions appréciables sur les recettes des compagnies, dont les émigrants constituaient un élément important, élément plus stable que les passagers de luxe. Les ports en ont souffert également et ont vu les péages perçus sur les émigrants diminuer de façon sensible.
Ces règlements ont eu aussi une conséquence curieuse, les navires ont fait la course pour arriver le plus vite à New-York et autres ports de l’Amérique du Nord et débarquer leur chargement d’émigrants, ne sachant pas où en était le contingent d'admission. j
Les lignes Sud-Américaines ont vu leur trafic augmenter, la nouvelle réglementation dirigeant en grande partie les émigrants vers l'Amérique du Sud.
Les transports d’émigrants se faisaient autrefois dans des conditions très dures : entrepôts sombres, mal aérés. Ces conditions ont été très améliorées. Certaines compagnies ont même fait construire des navires spéciaux pour émigrants ou en ont aménagé d'anciens, la White Star Line : le Cedric, l'United American Line : le Mount Clay, la Cunard Line : l’Albania.
En 1924, une conférence internationale pour l’émigration a eu lieu à Rome, et a étudié les questions des embarquements clandestins, des transports des émigrants, de leur hygiène, du service sanitaire sur les paquebots, etc.
Le monde entier s'intéresse maintenant au sort des émigrants.