RESTAURATION DES BOURBONS (1814 À
Après toute cette période de guerres et de révolutions qui avaient interrompu les relations avec l'étranger, un besoin de reprise se fit sentir dans les affaires. La paix générale rassura les esprits. La première locomotive avait fait son apparition, l’on commençait à utiliser la houille comme force motrice. Les premières lignes de bateaux à vapeur venaient d’être montées, grâce au génie de Fulton. L'on réarma les navires marchands. La navigation au long cours se faisait au début surtout avec les Antilles, les marchandises de pacotille telles que bijouterie, quincaillerie, objets de mode de Paris y trouvaient des débouchés très avantageux. On construisit des navires de proportions considérables, mais on dût reconnaître les mauvaises conditions à la mer de ces énormes bâtiments. L’engouement des grands navires gagna en France. Les sociétés par actions commençaient à se former. On utilisa ce mode de financement pour la construction et l’utilisation des grands navires.
Cherbourg faisait à cette époque un commerce important d’eaux-de-vie avec l’Angleterre. L'on exportait également des produits agricoles : bestiaux, produits de basse-cour, du beurre et des œufs.
Le Nord de l’Europe, principalement la Russie, la Prusse, la Suède et la Norvège importaient des bois, goudrons, chanvres et suifs qui étaient un aliment très fructueux pour le grand cabotage. L'importation des bois de sapin se faisait par des navires de très fort tonnage. La réexportation se faisait de Cherbourg sur les ports du voisinage, d’un accès difficile pour les navires de grand tirant d’eau. Cette navigation utilisait le petit cabotage. Des quantités importantes de bois de pin et de chêne, mâtures et chanvre furent importées pour reconstruire les bâtiments de la Marine militaire.
Un autre commerce important était celui des salaisons de porc. Elles étaient très estimées à l'étranger et certaines marques jouissaient d’une prime de 10 à 15 % en raison de leur qualité.
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En 1818, le port de Cherbourg fut réservé au commerce. Depuis 1813, le port militaire occupait la partie occidentale de la, rade, depuis plusieurs années déjà la digue fermait le port de Cherbourg.
L'on exécuta à cette époque la partie Nord de la grande jetée, la jetée de l’Ouest, le quai et la place Napoléon, la moitié sud du bassin à flot, avec au fond deux cales de construction et une cale de carénage, aujourd’hui surmontées par un appontement en béton armé et un terre-plein. On approfondissait en même temps à la marée : bassin, avant-port et chenal.
En 1830, Charles X, banni du territoire français, s’embarquait à Cherbourg, mais cette secousse politique n’eut qu’un retentissement lointain à Cherbourg ; les travaux continuèrent comme auparavant. On prolongea le bassin du Commerce et fit creuser des cales de construction et de carénage.
$ 3 — MONARCHIE DE JUILLET (1830 à 1848)
En ce qui concerne les travaux du port, de 1832 à 1853, la digue fut couronnée d’une maçonnerie sur la proposition de M. Cachin. L’on poursuivit les ouvrages du port militaire.
Par ordonnance du 15 décembre 1836, fut créée à Cherbourg une Chambre de Commerce. A cette occasion, et pour soutenir la cause de Cherbourg, un rapport fut présenté par M. Eugène Liais, juge titulaire du tribunal de Commerce; dans ce rapport l’on trouve des renseignements précis sur la situation du port à cette époque.
« Le port de Cherbourg compte aujourd’hui 15 navires de 300 tonneaux et au-dessus, jaugeant ensemble 4.750 tonneaux appartenant à des Maisons de la place qui arment pour les mers de l’Inde et pour les Antilles où ils transportent un nombre considérable de mules, de salaisons de porc confectionnées à Cherbourg, dont la qualité rivalise avantageusement avec celles d’'Irlandeet des Etats-Unis,en outre nombre d’autres marchandises et pacotilles. Quatorze bâtiments de moindre importance jaugeant ensemble 1.650 tonneaux font le cabotage avec la Méditerranée, pour le transport des vins, spiritueux et autres provenant du Midi de la France, avec la Baltique pour le transport des chanvres, bois, suifs, etc... Enfin 90 bâtiments jaugeant ensemble 3.019 tonneaux sont employés au petit cabotage avec les ports de Guernesey, Jersey et Aurigny (Iles Anglaises), où ils trans-
portent de fortes quantités de bestiaux, fruits, soieries et d’autres produits de manufactures françaises, avec les ports de Londres, Portsmouth et Southampton, sur lesquels on expédie annuellement pour plus de 600.000 francs d'œufs, de volailles, avec les ports de France et principalement Le Havre, Rouen et Dunkerque, puis Isigny, Carentan, Caen à l’Est et les petits ports inclusivement jusqu’à Granville à l'Ouest, sur lesquels: il se réexporte d'importantes quantités de marchandises venant directement du Nord par navires étrangers, telles que bois, fers, chanvres, etc..., importations qui ont lieu à Cherbourg avec bien plus de succès que dans n'importe quel port du voisinage, sans en excepter Le Havre où les frais de port sont considérables. Il en résulte que Cherbourg, avec l’avantage de son bassin à flot et l’économie des frais en général qu’il présente, obtient le fret de la Baltique par navires de 400 à 500 tonneaux à un taux qui laisse marge à la réexportation sur les ports ci-dessus indiqués. A en juger par cet exemple, quel accroissement ne prendrait pas cette branche de navigation si le transbordement des denrées coloniales jouissait des mêmes avantages qu'au Havre.
« Beaucoup de ces caboteurs fréquentent aussi les ports de Bayonne, Bordeaux, La Rochelle, ete..., d’où ils rapportent des matières résineuses, des vins, des spiritueux et diverses autres marchandises. La réunion des navires au long cours, grand et petit cabotage, donne un total de 119 navires, jaugeant ensemble 9.447 tonneaux.
« Cherbourg, comme port de relâche, est sans contredit le plus important du royaume. Sa position heureuse et avancée dans la Manche, sa rade, qui devient tous les jours de plus en plus sûre, le rendent le point unique que cherchent à atteindre les nombreux navires contrariés par les vents. Le chiffre des navires qui y relâchent dans le cours d’une année s'élève à plus de 2.000 et sont l’occasion d’une quantité d’affaires, dont certaines, pour cause d’avaries, sont très délicates à traiter et demandent des hommes spéciaux.
« Comme port militaire, Cherbourg offre aussi une source féconde de profits et d’affaires : les approvisionnements généraux en toutes espèces de marchandises que l’administration de la Marine fait tous les ans, s'élèvent à plus de deux millions et donnent lieu à des transactions qui se font par le commerce de Cherbourg ou son entremise. Vient encore, outre cela, le chapitre des subsistances de la Marine qui se monte de 500.000 à 600.000 francs dans lesquels les porcs salés, produits du sol local, entrent pour
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400.000 francs environ. Le chapitre des hôpitaux de la Marine s'élève pour ses approvisionnements de 50.000 à 55.000 francs.
« Le chiffre des dépenses pour les employés de l'Administration des différents corps de la Marine attachés au port de Cherbourg se monte à plus de 1.200.000 francs dont une majeure partie se consomme en ville.
« La classe ouvrière trouve aussi, dans les grands travaux publics qui s’exécutent, des ressources qui rejaillissent en presque totalité sur le commerce de consommation de la place, ce qui ne laisse pas d’être important, les salaires des ouvriers employés aux travaux, dans les arsenaux de la Marine s’élevant à plus de 1.500.000 francs.
« Il existe, dans les environs de Cherbourg, trois filatures considérables de coton, une au Vast, une à Gonneville et une à Négreville. La commune du Vast possède aussi une papeterie et la commune de Valcanville un laminoir de zinc. Il y à deux filatures hydrauliques de laine, l’une à Martinvast, Pautre à Eculleville. Une belle usine est établie dans Cherbourg même pour raffiner les soudes de varech fabriquées par les habitants de la côte, desquelles soudes sont extraits plusieurs produits chimiques tels que iode, idriodate, ete... De forts débouchés favorisent cette industrie toute locale.
« Parmi les productions du commerce de Cherbourg, les salaisons de porc sont au premier plan : elles sont expédiées sur les Colonies et fournissent aux besoins de la Marine Royale presque dans tous les ports de France. Il se sale annuellement environ 800.000 kilogs de porc qui forment une valeur de 720.000 francs. Cherbourg a ses établissements de corderies, forges, tisseranderies, tanneries, imprimeries, une belle manufacture de dentelles blondes renommées et quantités d’autres industries ». (1)
Ce rapport très documenté nous montre bien ce qu'était en 1836 Cherbourg et son port, Cherbourg présentait une grande activité industrielle et surtout agricole.
En 1837, fut inauguré le Chemin de fer de Saint-Germain, premier pas de celui de Paris à Cherbourg. L'on sait qu’une vive opposition salua la nouvelle invention et il fallut toute la persévérance des génies qui avaient conçu une entreprise qui semblait très hardie pour triompher des difficultés
‘qui se dressèrent devant eux. Cette même année fut créée en Amérique la
première ligne télégraphique. L'invention pénétra en Angleterre en 1838.
(1) Eugène Liais.
C’est à cette époque que fut établie la première ligne de paquebots transatlantiques en Angleterre.
En 1840, l’hélice est appliquée aux navires de l'Etat. Cette même année, l’on projette de créer à Cherbourg un port transatlantique. C’est là l’origine de Cherbourg port transatlantique. C’est la première fois que l’on parle de Cherbourg pour une semblable fonction, mais ce ne fut en 1840 qu’un projet qui n’aboutit pas.