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CHAPITRE PREMIER

Description du Port avant les Grands Travaux

Le port de Cherbourg est délimité au Nord, du côté de la pleine mer, par la digue dont nous avons déjà parlé. A l’abri de cette digue de quatre kilomètres de longueur, la rade développe son vaste plan d’eau sur une superficie de près de 1500 hectares. Elle communique avec la mer par deux passes, celle de l'Ouest ménagée entre la jetée de Querqueville et l’extrémité Ouest de la digue, large de 1.000 mètres, celle de l’Est entre l’Ile Pelée et l’extrémité Est de la digue, large de 700 mètres. La passe de l’Ouest est la plus employée par les navires, particulièrement par les navires de gros tonnage. Cette passe est en effet plus profonde que la passe de l’Est, elle présente 12 mètres de hauteur d’eau, alors que la passe de l’Est n’a que 8 mètres. Pour fermer complètement la rade à l’Est, l’on trouve la jetée de Tourlaville, que coupe en son milieu la trouée du Becquet, large de 70 mètres et profonde de 8 mètres. Les fonds extrêmes de la rade sont aux cotes —12 et —13.

La partie la plus au nord de la rade constitue ce qu’on appelle la grande rade. C’est aussi la partie la plus profonde.

Au sud, on trouve la petite rade, séparée de la grande par la jetée du Homet et depuis les grands travaux par la jetée des Flamands. Une passe de 500 mètres sépare ces deux ouvrages. Dans sa plus grande partie, la petite rade a de 6 à 9 mètres de profondeur, dans sa partie orientale elle offre, sur une largeur de 1.300 mètres environ, un mouillage où les navires trouvent, avec des fonds de 8 et 10 mètres, un abri contre les vents de Nord- Est et de Nord-Ouest.

Au sud de la pointe du Homet, sur le bord occidental de la petite rade, s'ouvre le port militaire. Sur un emplacement choisi par Louis XVI, l’on construisit trois bassins : le premier fut achevé en 1813, ie second en 1829, le troisième en 1858. Une enceinte fortifiée entoure les bassins, formes de l’arsenal, cales de construction, bâtiments de l’arsenal et casernes. Revenons au port de commerce.

Au cours du XIXE siècle, on l’agrandit et on l’améliora. Baude, en 1859, écrivait dans une de ses études sur les ports et côtes de la Manche :

« On admirerait beaucoup les jetées, l’avant-port, le bassin à flot sans le tort que leur fait le voisinage du port militaire ». Aujourd’hui, plus personne n’admire un port dont tous ont proclamé l'insuffisance.

Avant les grands travaux, le port était constitué par un avant-port et un bassin à flot, le port en eau profonde du Homet, le port pétrolier de Querqueville.

Le bassin à flot et l’avant-port, orientés du Nord au Sud, présentent les dispositions suivantes :

Un chenal long de 200 mètres, large de 50, fait communiquer la rade et l’avant-port entre deux jetées de granit mesurant celle de l’Est 440 mètres, celle de l'Ouest 200 mètres. Le chenal a une profondeur de 3 mètres.

L’avant-port offre une longueur de 360 mètres, 170 mètres de large et une superficie d'environ 6 hectares. La hauteur d’eau atteint 1050 aux pleines mers de vive eau ordinaires et 7M50 aux pleines mers de morte eau ordinaires.

Le long du quai Est sont disposés des appontements pour les paquebots du London and South Western Railway qui assurent la ligne Cherbourg- Southampton et, avant la construction du nouveau port, pour les transbordeurs qui faisaient le service entre les transatlantiques mouillés en rade et la gare maritime.

Cette gare maritime présente une longueur de 225 mètres, elle est desservie du côté de la terre par trois voies ferrées. Une voie charretière est établie sur l’appontement Est.

Cette gare comprend une partie centrale en maçonnerie où étaient installés la salle des pas perdus et les services, et deux tentes abritant les salles de visite de douane et des services annexes.

Depuis la mise en service de la nouvelle gare, celle-ci ne sert plus au trafic transatlantique, les tentes ont été louées à une maison de transports, la partie maçonnée est inutilisée.

Au quai Ouest de l’avant-port accostent les bateaux de pêche et chalutiers à vapeur.

L’avant-port et le bassin à flot communiquent par deux écluses accolées sous un pont tournant. Le radier du bassin à flot est à la cote + 0m60, celui de l’avant-port à la cote — 1M20. La largeur de l’écluse utilisée est de 16 mètres.

Le bassin à flot présente une superficie de 5 hectares 15 ares, une longueur de 406 mètres, une largeur de 127 mètres. Le plafond en est arasé à 1250 au-dessous du 0 jusqu’à une distance de 10 mètres du pied des murs de quai. Il peut recevoir, en morte eau ordinaire, des navires d’un tirant d’eau de 5M50 et, en vive eau moyenne, d’un tirant d’eau de 7M2(. Seuls des navires de 2.000 tonnes de portée en lourd maximum peuvent donc y entrer.

A signaler l’existence d'un bassin de retenue, destiné à recevoir pendant la marée haute les eaux de la Divette et du Trottebecq qui sont ensuite reversées dans l’avant-port pendant la marée basse. Une écluse fermée à marée montante et ouverte à marée descendante assure ce mouvement. On régularise ainsi la hauteur d’eau dans l’avant-port.

La jetée du Homet, dont nous avons déjà dit un mot, mérite qu’on s’y attarde un peu, étant donné le rôle important qu’elle a joué pendant la guerre. Cette jetée constitue à elle seule un véritable port ; elle fut en son principe, comme autrefois la digue, un ouvrage essentiellement militaire ; elle fut construite par la Marine en vue d’assurer son ravitaillement en charbon, en fonte, en acier. Commencée en 1908, elle fut achevée en 1914 à la veille de la guerre. Son aménagement fut effectué pendant la guerre.

Elle s’enracine à la pointe du Homet et se dirige vers l’Est parallèlement à la digue, séparant ainsi le grande rade et la petite. Sa longueur est de 1050 mètres, sa largeur de 20 mètres. A toute heure de marée, au quai Sud, les navires d’un tirant d’eau de 8 mètres peuvent accoster. A 10 mè-

tres de distance, les fonds atteignent la cote —11 mètres. Les marchandises y débarquées peuvent être stockées dans les parcs d’Equeurdreville. Une voie ferrée assure le raccordement avec la gare Etat.

Etabli en bordure de la rade et pouvant laisser accoster des bâtiments jusqu’à 11 mètres de tirant d’eau et d’une jauge de 10.000 à 15.000 tonneaux se trouve le port pétrolier de Querqueville. Il est relié par pipe-line aux réservoirs d'Hainneville au nombre de 4, dont 2 d’une contenance de 30.000 hectolitres et 2 de 20.000, reliés eux-mêmes par un autre pipe-line au centre d’embidonnage établi en bordure de la gare d’Equeurdreville, comportant 2 autres réservoirs de 5.000 hectolitres chacun, et une usine d’embidonnage pour le chargement des wagons-citernes. Ces travaux ont été achevés en Janvier 1921.

Les quais du port offraient, avant les grandstravaux, un développement de 1.823 mètres avec une largeur moyenne de 18 mètres. Deux terre-pleins les complétaient, l’un de 9.800 mètres carrés au Sud du bassin à flot, l’autre de 4.800 mètres carrés au Nord-Est de l’avant-port. L'ensemble présentait une surface totale de 25.000 mètres carrés.

En somme, des améliorations importantes avaient été faites au port durant les trente dernières années qui précédèrent la guerre. Maïs étant donnés les besoins de la navigation maritime, même pour un port de moyenne importance, Cherbourg était loin d'offrir la profondeur, les aménagements et l’outillage nécessaires.

Aussi la Chambre de Commerce réclamait-elle l’approfondissement du chenal, de l’avant-port et du bassin, l’agrandissement des terre-pleins et des quais, le renouvellement de l'outillage. Un programme de travaux avait été établi avant la guerre. Aujourd’hui, la question est liée à celle du port en eau profonde, qui nous occupera maintenant.

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